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Une survivance de l’inspiration Japoniste chez Edgar Brandt

Edgar Brandt, "Cigognes", circa 1927 :

une survivance de l’inspiration Japoniste chez Edgar Brandt

 

"D’une inspiration analogue était un troisième écran qui présentait un vol de cigognes sur un fond de fine résille métallique (…) ce motif se détachait sur des arabesques et volutes de ferronneries."[1]

 

 

Nous sommes aux environs de 1927, soit deux après que le style Art Déco ne triomphe à l’exposition de 1925. Et pourtant cette grille n’est pas sans évoquer les débuts d’Edgar Brandt au tournant du Xxe siècle, par un décor où semble survivre sa prime inspiration Japoniste. On peut ainsi y lire en filigrane un des fondements de son art : se réinventer sans se renier.

 

 

                          

 

 

Dans cette œuvre de métal, le dur et puissant médium est adouci par la poésie aérienne de cigognes en vol parmi des nuages stylisés. C’est d’ailleurs un motif que l’artiste a déjà décliné dans une grille exposée en 1922 au Salon des Artistes Français : "Les Cigognes d'Alsace". Si notre grille s’en éloigne par l’absence de patines colorées, elle partage avec elle le rapport délicat entre les lignes droites des cadres et les courbes du décor, des motifs en volutes stylisant les nuages et des cigognes en vol comme motif principal[2]. On y devine une même inspiration nippone, celle qui marqua sans doute le jeune ferronnier d’Art alors que triomphait l’Art Nouveau à l’Exposition Universelle de 1900, deux ans avant qu’il n’ouvre son premier atelier.

 

Cette grille est en effet d’une manière que n’auraient pas renié les ciseleurs Japonais du XIxe.

Comme eux, Brandt y évite savamment la monotonie d’une répétition du motif décoratif en faisant adopter à ses cigognes des poses diverses (comme sur les tsubas ou les décos d’acier où figurent des oiseaux échassiers). Le paysage en arrière-plan est lui aussi asymétrique et permet à la composition du décor de s’alléger du bas vers le haut, depuis les masses pleines des montagnes aux oiseaux se découpant en courbes sur un fond de nuages de plus en plus ajourés.

L’envol des cigognes est ainsi admirablement rendu.

 

Symboliquement, on pourrait lire dans ce motif décoratif l’évocation de l’Alsace par l’oiseau qui lui est traditionnellement associé. Plus avant même, on peut imaginer un discret hommage aux combattants Français de la "Grande Guerre" qui adoptèrent l’oiseau comme symbole du territoire à reconquérir[3]. Il faut rappeler que Brandt était d’ascendance Alsacienne par son père et qu’il participa aux combats de la première Guerre Mondiale. Cette même guerre qui lui valut sa fortune par l’invention d’une arme d’artillerie. On devine alors des sentiments contradictoires à l’heure de travailler sur des oiseaux symboliques et dont l’envol évoque la Liberté.

 

 

[1] Gabriel Henriot in "Ferronneries Nouvelles d’Edgar Brandt", Mobilier & Décoration, avril 1927, page 113-114, très vraisemblablement à propos d’un écran au modèle du notre.

[2] Encore que celles-ci sont plus stylisées et essentialisées qu’en 1922

 

[3] et notamment "L’Escadrille des Cigognes" menée par l’aviateur Georges Guynemer qui adopta l’échassier comme emblème à la fin du printemps 1916

 

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