La maison Millon présente un rare ensemble d’œuvres de Nadia Khodossievitch Léger (1904–1982), figure de l’avant-garde russe devenue compagne, muse et collaboratrice de Fernand Léger. Ces œuvres retracent un demi-siècle de création où se mêlent son engagement, ses expérimentations au côté de Fernand Léger et leur intimité tant personnelle que professionnelle.
De Moscou à Paris, une avant-gardiste en marche
Formée auprès des disciples de Kasimir Malevitch, Nadia Khodossievitch s’imprègne du suprématisme avant de rejoindre Paris dans les années 1920. À l’Académie Moderne, fondée en 1924 par Fernand Léger et Amédée Ozenfant, elle rencontre Fernand Léger, dont elle devient l’élève puis l’assistante.
L’Académie propose les enseignements de Marie Laurencin, Othon Friez et bien d’autres et attire notamment un grand nombre de femmes.
Fernand et Nadia : un dialogue créatif
Dans les décennies suivantes, Nadia ne cessera d’échanger avec Fernand Léger. Ensemble, ils partagent l’idée d’un art pour tous : clair, lisible, tourné vers la modernité industrielle et la vie quotidienne. Chez Nadia, on lit également une critique engagée : les gouaches Les jeux américains et L’Amérique s’amuse (estimées 5 000 à 7 000 €) en témoignent.

Ce dialogue se prolonge dans un Portrait de Fernand Léger (64 × 50 cm), où s’exprime autant l’affection que l’admiration d’une artiste qui partage l’élan créatif de son mari. Nadia Léger fut sa partenaire de travail la plus proche, son relais dans l’atelier et l’une des principales artisanes de la diffusion de son œuvre.
Plus tard, elle poursuivra seule leur idéal communiste et humaniste avec le Portrait de Lénine pour l’Aeroflot (1974), gouache et collage suprématiste, symbole d’un art engagé dans son époque.
Wanda Grabowska, la continuité du geste

La vente réunit également plusieurs œuvres de Wanda Grabowska (1927–1998), fille de Nadia et peintre à son tour. Formée dans l’entourage de l’Atelier Léger, elle prolonge avec une sensibilité propre l’héritage familial. Ses huiles – Jeune fille au vase (73 × 60 cm, estimée 1 000–1 500 €) et L’oiseau blanc et le chat noir (50 × 61 cm, estimée 600–800 €) – évoquent, dans leur équilibre et leur clarté, la leçon maternelle.
L’ensemble traverse toutes les périodes de Nadia Léger et révèle une personnalité complexe : créatrice avant-gardiste, compagne d’un maître et passeuse d’un idéal artistique. Ces œuvres, réunies offrent un regard renouvelé sur une artiste longtemps restée dans l’ombre mais essentielle à la compréhension de l’univers de Fernand Léger.