Affirmer son rang : l’art martial comme insigne de pouvoir
La maison Millon présentera le 20 mai à Paris une vente exceptionnelle dédiée aux arts d’Orient, rassemblant armes anciennes, manuscrits impériaux et objets précieux. Réunis autour d’un même fil narratif — celui de l’expression du pouvoir à travers la guerre, l’apparat et le savoir — ces ensembles, issus de collections privées prestigieuses, témoignent de la manière dont les élites des empires moghol, qajar ou almohade ont su conjuguer autorité, esthétique et héritage.
Au cœur de la vacation, une collection parisienne d’armes et armures offre un aperçu rare de l’univers des élites militaires d’Orient, constitué avec exigence auprès de marchands de référence : Robert Hales, Jean-Michel Guéneau, Hirshen Horn Gallery (New York), entre autres.
La guerre comme art : casques, katars et mailles d’Orient
Cette collection, construite avec discernement, met en lumière la diversité et la richesse de l’armement d’apparat indo-persan.
Un impressionnant casque iranien kulah-khud, daté de 1800 environ (Art Qajar – est. 12 000 – 18 000 €), présente un décor ciselé et damasquiné d’or, peuplé de cavaliers et d’animaux, typique des productions fastueuses destinées à la cour.

Les katars, poignards emblématiques de l’Inde moghole, incarnent à la fois l’audace formelle et la virtuosité technique. Avec leur poignée transversale et leur lame effilée à double tranchant, ils étaient pensés pour la perforation des côtes. Un modèle du XVIIIe siècle (est. 5 000 – 6 000 €) présente une lame en acier wootz — célèbre pour ses motifs ondulés — et une décoration au koftgari, technique d’incrustation d’or particulièrement prisée dans les ateliers de cour.
Deux côtes de mailles du XVIIe siècle, en provenance de Bijapur (est. 3 000 – 4 000 €), complètent cet ensemble guerrier. L’une d’elles est gravée d’inscriptions en devanagari et en arabe, identifiant son propriétaire.
Constituées d’un savant agencement de plaques rivetées et d’anneaux de métal, elles offrent un parfait équilibre entre protection et mobilité, et incarnent une forme d’ingénierie textile militaire aujourd’hui disparue.
Gouverner par le verbe : deux manuscrits impériaux
À cette dimension martiale répond une autre forme de pouvoir : celle de la plume, du texte et de l’organisation politique.
Deux manuscrits orientaux, présentés séparément, viennent enrichir la vente. Le premier, un Maqāmāt al-Harīrī copié à la fin du XIIIe siècle (est. 100 000 – 150 000 €), en Al-Andalus, illustre la place centrale de la littérature dans les cours islamiques. Le second, un Ain-i-Akbari illustré réalisé à Lahore en 1848–49 (est. 50 000 – 60 000 €), décrit avec minutie l’organisation de l’empire moghol sous Akbar. Ce traité fondamental, à la fois inventaire administratif et manifeste politique, incarne une vision impériale fondée sur l’ordre, la tolérance et l’unité.
Entre art de la chasse et affirmation de statut : la poire à poudre moghole
Objet d’apparat autant que pièce utilitaire, une poire à poudre moghole en ivoire sculpté, Inde, vers 1650–1680 (est. 25 000 – 35 000 €), figure parmi les lots phares de la vente.
De forme arquée, elle est finement taillée dans une seule pièce d’ivoire. Sa surface présente un décor en haut-relief très dense, composé de félins, de têtes de gazelles et de feuillages stylisés, dans une mise en scène d’une grande vigueur. La bouche de l’objet est formée de quatre têtes animales jaillissantes, tandis qu’une monture en argent permettait son port lors des chasses impériales.
Bien plus qu’un simple accessoire de tir, cet objet était un marqueur de rang, utilisé dans des contextes cérémoniels ou diplomatiques.
Infos pratiques :
Vente aux enchères le 20 mai 2025 à 14h30, aux Salons du Trocadéro, 5, avenue d’Eylau 75016 PARIS.
Expert : Anne Sophie Joncoux Pilorget asjoncoux@millon.com +33 (0)1 47 27 76 71 - Département : Raya Jebali - orient@millon.com / Killian Lecuyer - mena@millon.com +33 (0)1 47 27 56 51