Livre d'heures manuscrit XVe siècle. Heures...

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Livre d'heures manuscrit XVe siècle. Heures...

Livre d'heures manuscrit XVe siècle. Heures à l’usage de Quimper. Poitiers, [vers 1460].

Manuscrit sur parchemin, IV + 129 ff. + IV, 179 x 130 mm., 90 x 62 mm., écriture textura sur 13 longues lignes, réclames aux ff. 20v, 25v, 75v, 83v, 91v, 99v, 107v, 115v. Reliure moderne en vélin blanc c. 1900, dos lisse orné de fleurs et d’acanthes peintes.

TEXTE

Lacune du calendrier

Ff. 1-5v : Prime des Heures de la Vierge à l’usage de Quimper, lacune de Matines et Laudes, incomplet du début manque l’Annonciation et la Visitation et la Nativité ;

Ff. 6-8 : Tierce des Heures de la Vierge, incomplet du début, manque l’Annonce aux bergers ;

Ff. 9-11v : Sexte des Heures de la Vierge, incomplet du début, manque l’Adoration des mages ;

Ff. 12-16 : None des heures de la Vierge, incomplet du début, manque la Présentation au Temple ;

Ff. 16v-20v : Vêpres des Heures de la Vierge, la fin se trouve au f. 22 ;

Ff. 21-27v : Complies des heures de la Vierge, mal relié le f. 22 devait se trouver après le f. 20v ;

Ff. 28-34v : Heures de la Croix incomplet du début, manque la Crucifixion ;

Ff.35-38v : Heures du Saint-Esprit, lacune du début, manque la Pentecôte ;

Ff. 39-42 : Obsecro te, incomplet du début ;

Ff. 42v-44v : Oratio Beata Maria beatissima Virgo, suffrages de Sainte Marie-Madeleine et Sainte Marguerite ;

Ff. 45-66v : Psaumes de la pénitence suivis des litanies avec Saint Gratien de Tours, Saint Julien du Mans, Saint Maurille évêque d’Angers, Saint Arnulphe évêque de Tours, Saint Hilaire évêque de Poitiers, Saint Guillaume évêque de Bourges, Sainte Radegonde reine de France honorée à Poitiers ;

Ff. 67-117v : Office des morts à l’usage de Quimper, lacune du début ;

Ff. 118-125 : Heures de sainte Catherine ;

Ff. 125-129v : Suffrages de Saint Jean-Baptiste, des apôtres Pierre et Paul, de Saint Michel, de Saint Sébastien, de Saint Laurent, de Saint Etienne, de Saint Martin, de Saint Eutrope, incomplet de la fin.

MINIATURES : 4 grandes miniatures et 7 initiales ornées :

F. 16v : La Fuite en Égypte ;

F. 21 : Couronnement de la Vierge ;

F. 28v : Initiale ornée du Christ devant Pilate ;

F. 30 : Initiale ornée du portement de la Croix ;

F. 31 : Initiale ornée de la Mise en Croix ;

F. 32 : Initiale ornée de la Crucifixion ;

F. 33v : Initiale ornée de la descente de la Croix ;

F. 34v : Initiale ornée de la Mise au Tombeau ;

F. 45 : David en prière et à l’arrière-plan David vainqueur de Goliath ;

F. 118 : Sainte Catherine dans un intérieur avec sa roue et une épée ;

F. 126 : Initiale ornée de Saint Michel tuant le dragon.

Initiales vignetées et champies.

Bordure en prolongement des psaumes et autour des peintures à rinceau de feuillette d’or et acanthes avec singes aux ff. 16 et 21, singes et chimères au f. 118 et une iconographie plus élaborée et originale, sur fond d’or, au f. 45 avec COUPLE JOUANT AUX CARTES et TROIS PERSONNAGES DANSANT ACCOMPAGNÉS D’UN MUSICIEN JOUANT DU GALOUBET ET DU TAMBOURIN. D’origine orientale, les cartes à jouer font leur apparition en Europe au XIVe siècle et vont se développer aux siècles suivants grâce au développement des techniques de gravure, sur bois dans un premier temps. Le jeu de tarot, reconnaissable à ses 4 couleurs composées chacune de 10 cartes numérales et de 4 figures sans oublier les 22 « triomphes » (qui deviendront les atouts), est mentionné pour la première fois dans les années 1440 en Italie du Nord.

Selon les précieuses informations aimablement transmises par M. Thierry Depaulis (historien spécialiste des cartes à jouer, qui prépare d’ailleurs actuellement une exposition sur les « tarots enluminés » du XVe siècle pour le Musée français de la carte à jouer), il est toutefois difficile d’affirmer qu’il s’agirait bien ici, de façon précoce, d’un jeu de tarot à proprement parler dans la mesure où les enseignes sont méconnaissables. Mais la spécificité intéressante de ces cartes résiderait dans leur forme ovale, que l’on peut retrouver dans les cartes, bien réelles, conservées au Cloisters Museum (MET New York). Longtemps considérées comme des faux réalisés au XIXe siècle, les rares cartes ovales du Cloisters ont bien été entre temps authentifiées par des examens en laboratoire et leur usage éclairci par leur représentation dans deux manuscrits dont celui de l’ancienne collection Burrus aujourd’hui conservé à la Yale Beinecke Library : on retrouve en effet des joueurs de cartes au f. 102 de ce riche manuscrit due au Maître de Dunois, enlumineur parisien. La miniature illustre « La belle Dame à mercy » d’Othon de Grandson. Au registre supérieur à droite, un seigneur et la Dame à mercy sont assis jouant aux cartes. Le Maître d’Adélaïde de Savoie semble avoir fréquenté un moment les ateliers parisiens.

L’artiste est clairement un satellite du Maître d’Adelaïde de Savoie, d’après le livre d’heures conservé à Chantilly qui a appartenu à cette princesse tardivement (alias Maître du Poitiers 30) et pour lequel il collabore avec Jean Fouquet. Contemporain de Jean Fouquet, il débute à Angers un peu avant 1450 auprès du Maître de Jouvenel des Ursins. On retrouve l’artiste quelques années plus tard peut-être installé à Poitiers. Il enlumine un Missel à l’usage de Poitiers et essentiellement des livres d’heures. La qualité faiblit à la fin de sa carrière dans les années 1470 (Fr. Avril, Les manuscrits à peintures en France 1440-1520, cat. expo. 1993, p. 123-126). L’artiste de ce manuscrit interprète le style de façon plus rustique et brutale. Il conserve son goût pour la netteté de la mise en page, la simplification géométrique des formes et des volumes et les beaux ovoïdes des visages féminins, comme un autre de ses épigones (qui est distinct du présent Maître), le Maître des Heures de Madrid (étudiées par Samuel Gras « Les Heures de Madrid. Un exceptionnel manuscrit inspiré par Jean Fouquet et le Maître de Jouvenel », Art de l’enluminure n° 50, nov. 2014, fig.) et qui collabore aux Heures LA 135 du Musée Gulbenkian. La comparaison des Fuites en Egypte avec le voile de la Vierge dans ces différents manuscrits est très parlante.

La Sainte Catherine dérive directement de celle peinte par le Maître du Boccace de Genève, artiste angevin dans les Heures dites abusivement de Marie Stuart qui figuraient à la vente Arcana de Christie’s Londres, 1988, lot 206 qui fut acheté par H. Tenschert (E. König, catalogue Tenschert 1988, Fr. Avril, Jean Fouquet peintre et enlumineur du XVe siècle, cat. d’expo. BnF. 2003, notice 56). Ce manuscrit complexe (dont une autre partie est conservée à la BnF lat. 1405) est dû à la collaboration de trois artistes : le Maître de Jeanne de France (un tourangeau baptisé ainsi par Samuel Gras dans sa thèse lilloise), le Maître d’Adélaïde de Savoie et le Maître du Boccace de Genève. On voit bien par quel canal l’artiste de ce manuscrit en a eu connaissance : le Maître d’Adelaïde en avait sans doute pris un dessin et l’artiste de ce livre d’heures, son disciple, en a fait son profit.

Provenance : ff. 38v et 66v inscriptions illisibles ; f. I « hérité de Christiane de Parcevaux né Gouail ma mère estimé à Drouot en 1997, 60 000 fr », f. II à la fin Ph. Loiseleur des Lomgchamps, 1974.

Intéressant manuscrit qui témoigne parfaitement des riches échanges et influences réciproques entre les grands ateliers d’enluminures de la seconde moitié du XVe siècle.

Expert : Elvire Poulain assistée de Madame Isabelle Delaunay, spécialiste en manuscrit 
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