"Ce qui me touche en elle, c’est d’avoir su réunir dans la même exigence l’artisanat et la poésie. Ses belles mains de sculptrice semblent écarter les brumes du mystère pour atteindre les rivages de l’art." [1]
Née Claude Dupeux le 28 novembre 1925, Claude Lalanne étudie l'architecture à l'École des Beaux-Arts de Paris avant de rejoindre l'École Nationale des Arts Décoratifs pour y étudier la sculpture. C’est là qu’elle fera la rencontre de son futur époux, François-Xavier avec qui elle formera le duo de sculpteurs qu’on appellera rapidement "Les Lalannes" (même si chacun réalise également des œuvres autonomes et aux styles distincts).
En 1956, Claude Lalanne apprend (du sculpteur américain James Metcalf) la technique de la galvanoplastie. Ce processus, qui consiste à utiliser l’électrodéposition pour recouvrir un objet d’une fine couche de métal, la sculptrice s’en empare pour figer des éléments naturels dans le métal.
"J'emprunte au végétal pour m'inspirer dans mes créations. J'assemble le végétal et le minéral. J'ai un procédé très spécial, je fais de la galvanoplastie : les feuilles que je prends, je les mets dans un bain et le métal se dépose dessus, j'ai donc l'empreinte d'une vraie feuille." [2]
La sculptrice déclinera cette méthode pour "habiller" ses sculptures où l’évidence formelle sert de prétexte à des glissements sémantiques espiègles qui rappellent le mariage surréaliste "de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité" [3]. Claude Lalanne, en effet, fait cohabiter formes et empreintes, plantes, hommes et animaux, dans un travail en forme de "cadavre exquis" où les lapins revêtent des collerettes de choux, les choux se voient pousser des pattes et les pommes des bouches.
En 1964 a lieu "Zoophites", la première exposition personnelle des Lalanne à la Galerie J de Jeanine Restany. François-Xavier y présente son "Rhinocrétaire" (une sculpture de rhinocéros en laiton formant bureau), Claude d’insolites "Choupattes", sculptures mi-chou mi-animal. C’est ensuite le coup d’éclat du couple au Salon de la Jeune Peinture de 1966 où ils présentent un troupeau de sculptures de moutons pouvant également faire office de banquette. Un pied de nez absolu quand ni l’art animalier ni la figuration ne sont à la mode.
Cet iconoclasme ainsi que les créations empreintes d’humour et de poésie de Claude Lalanne séduira notamment Yves Saint-Laurent, qui lui commande en 1965 un bar en métal et cristal orné d’une corne d'abondance et d'un œuf à mécanisme formant casier à bouteilles. Devenu ami de la sculptrice, le couturier lui demandera en 1969 de dessiner des accessoires baroques pour sa collection Haute couture automne-hiver. Claude Lalanne imagine alors une fantasmagorie de bijoux-sculptures en cuivre galvanique, parmi lesquels une "cuirasse" moulée sur le buste du mannequin Veruschka, qui la portera par-dessus une vaporeuse robe de mousseline bleue et noire.
La sculptrice réitèrera pour le défilé Dior haute couture printemps-été 2017 de Maria Grazia Chiuri, réalisant à nouveaux de spectaculaires bijoux-sculptures en cuivre galvanique inspirés du monde végétal.
Cet amour de la Nature vaut également à la sculptrice l’opportunité d’imaginer le "Jardin Lalanne" [4], un espace d'aventures pour enfants situé aux Halles de Paris et inauguré en 1986. Claude Lalanne évoquait ainsi cette création :
"C'était mon grand projet. C'était interdit aux adultes, et c'est important, car tout est à échelle enfantine. Le thème de ce jardin, c'est qu'il y a six mondes différents. Le dernier monde, c'est la ville morte, une ruine (…) Ce qui me fait plaisir, c'est que les enfants adorent ce jardin." [5]
Nature et sculpture toujours, Claude Lalanne exposera en 2009 une pomme monumentale sur Park Avenue, à New York, avant qu’une partie du bestiaire facétieux imaginé avec son époux n’envahisse à titre posthume les jardins du Château de Versailles, en 2021.
Décédée en 2019, Claude Lalanne laisse derrière elle tout un imaginaire de sculptures ludiques et poétiquement évocatrices. Une œuvre à l’image de sa vie : fantasque, audacieuse et pleine d’une joie manifeste.
"Elle avait la simplicité des artistes qui “font” les choses de leurs mains et construisent un monde poétique à eux, sans se préoccuper d’autre chose. Elle aimait la nature et savait la faire vivre à travers ses sculptures, mobilières et bijoux, dans le bronze ou le cuivre, avec magie. Son art est l’accomplissement de l’harmonie de sa relation mystérieuse à la nature dont elle comprenait et traduisait la vie et la beauté." [6]
[1] Yves Saint Laurent (traduit de l’anglais : "What touches me about her is her ability to combine craftsmanship and poetry in the same requirement. Her fine sculptor’s hands seem to disperse the fog of mystery to reach the shores of art.") in "My friend Claude" ("Mon amie Claude"), Vogue, numéro 747, juin-juillet 1994, page 162.
[2] Claude Lalanne sur France Culture le 26 juillet 1993 in "Les îles de France : jardins d’artistes".
[3] André Breton dans son Manifeste du surréalisme, 1924.
[4] détruit en 2011.
[5] in "Les îles de France : jardins d’artistes", op.cit.
[6] Jean-Gabriel Mitterrand cité par Valérie Duponchelle dans sa nécrologie de l’artiste "Mort de Claude Lalanne, artiste de cœur et de bronze" in Le Figaro du 10 avril 2019.
Oeuvres de Claude LALANNE
La maison de ventes aux enchères MILLON vend régulièrement des œuvres de Claude Lalanne.
Florian Douceron, clerc spécialiste du département département Arts Décoratifs du XXe siècle, vous décrypte une œuvre phare de l'artiste, adjugée 15.000 euros lors de la vente aux enchères "Masters" organisée par le département Arts Décoratifs du XXe siècle :

"Une pomme par jour éloigne le médecin … à condition de savoir bien viser !"
Cette traduction du dicton gallois "An apple a day keeps the doctor away"[1] (et de son ajout ironique que l’on attribue à Winston Churchill) est un clin d’œil. En choisissant l’humour en effet, l’on rend hommage à la vision iconoclaste et parfois nonchalante de Claude Lalanne. Et sous cet angle, que cette boutade soit lue comme l’expression d’un sourire de bonne compagnie qu’on s’attendrait à voir naître sur les lèvres de cette sculpture iconique : la "Pomme-Bouche".
Imaginée en 1975 en cuivre galvanisé, l’œuvre est ainsi définie dans le "Thésaurus"[2] des Lalannes :
"Pomme Bouche : le baiser d’une pomme." Incarnant la nature fantasmagorique chère à Claude Lalanne, ce design fera plus tard l’objet d’éditions en bronze doré par ArtCurial.

Pourtant, et si elle est aujourd’hui emblématique de la manière de l’artiste, la "Pomme-Bouche" garde en elle sa part de mystère en défiant toute catégorisation. À la fois classique dans ses évocations, surréaliste dans son approche, contemporaine par sa vision fantaisiste, l’œuvre participe tant des beaux-arts que des arts décoratifs. C’est en cela qu’elle synthétise l’art de Claude Lalanne, qui est éminemment transversal.
Les formes de la sculptrice trouvent en effet leur ancrage dans une vision propre à l’artiste... à laquelle elles échappent sitôt qu'elles nous sont délivrées et que nous lui attachons nos références personnelles.

C’est ainsi que cette "Pomme-Bouche" nous évoquera à l’envie les fruits surréalistes de René Magritte, les Nature-Mortes de Paul Cézanne ou la symbolique du pêché et de tentation tel un Apollinaire suppliant[3] :
"Vous dont la bouche est faite à l'image de celle de Dieu
Bouche qui est l'ordre même
Soyez indulgents quand vous nous comparez
À ceux qui furent la perfection de l'ordre."
[1] dont les premières occurrences seraient à chercher dans le comté du Pembrokeshire en 1866 d’après le Oxford Dictionary of Proverbs, 6e édition, Oxford University Press, 2015, page 7.
[2] traduit de l’anglais de The lalannes sculptured language: a thesaurus de François-Xavier Lalanne et Igor Agisheff, 4 avril 2008, Ury (France), tel que cité in Daniel Abadie : Lalanne(s), Flammarion, Paris, 2008, page 350.
[3] Guillaume Apollinaire, extrait de "La Jolie Rousse" in Poèmes retrouvés, Poésie-Gallimard, 1970.
Cote et Marché de l’Art
Les œuvres de Claude Lalanne sont très prisées sur le marché de l'art, atteignant des records lors des ventes aux enchères.
| Type d’œuvre | Prix bas estimé | Prix haut estimé |
|---|---|---|
| Sculpture (bronze) | 700 € | 4 100 000 € |
| Mobilier (bronze doré) | 45 000 € | 1 550 000 € |
| Bijoux (colliers, broches) | 600 € | 55 000 € |
Records de vente
Très grand Choupatte (2008) : adjugé à 4 100 000 € en 2022
Bureau Crocodile (2009) : vendu 1,53 million d’euros en 2017
Miroir et branchages : adjugé à 1,6 million d’euros en 2009
Analyse de la cote
La cote de Claude Lalanne a connu une progression significative ces dernières années, portée par un intérêt croissant pour l'art décoratif et les œuvres mêlant nature et sculpture. Ses créations sont particulièrement prisées en France et aux États-Unis, avec une demande soutenue pour ses pièces emblématiques telles que les Choupatte, les meubles en forme de feuilles et les bijoux inspirés de la flore.
Comment estimer une œuvre ?
L’estimation d’une œuvre de Claude Lalanne repose sur plusieurs critères :
Authenticité : Présence de signature, numéro d'édition et certificat d'authenticité.
Technique et matériaux : Les œuvres en bronze doré ou galvanoplastie sont particulièrement recherchées.
Dimensions : Les grands formats, tels que les meubles ou sculptures monumentales, atteignent des prix plus élevés.
Provenance : Une provenance prestigieuse ou une inclusion dans des expositions majeures augmente la valeur.
État de conservation : Les œuvres en excellent état ou restaurées professionnellement sont privilégiées.
Sujet : Les pièces emblématiques, comme les Choupatte ou les bijoux en forme de feuilles, sont particulièrement prisées.
Estimation & Vente
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