Un bracelet ayant appartenu à Mistinguett (1875–1956) sera présenté aux enchères. Chanteuse, danseuse et actrice, partenaire de scène de Maurice Chevalier, elle incarne l’âge d’or du music-hall parisien, des Folies Bergère au Moulin Rouge. Son allure, son humour et son sens du spectacle construisent une figure immédiatement reconnaissable. Les bijoux qu’elle porte, à la ville comme lors de ses apparitions publiques, participent à cette image. Le bracelet proposé aujourd’hui s’inscrit dans cet ensemble de pièces qui façonnent son style et sa silhouette. Il est estimé 25 000 à 35 000 euros.
Un bracelet hors norme dominé par une émeraude majeure
Large et construit pour un fort impact visuel, le bracelet attire le regard par la présence d’une émeraude cabochon de dimensions exceptionnelles, placée au centre d’un pavage serré de diamants. La structure est large, ajourée et articulée, organisée selon des motifs géométriques propres à l’esthétique Art déco. La monture épouse le bras tout en conservant la souplesse nécessaire au mouvement. Au centre, une émeraude naturelle cabochon, ovale, d’un vert lumineux, transparente, d’origine colombienne, d’un poids estimé d’environ soixante-dix carats, forme une surface colorée stable qui contraste avec le scintillement des diamants.
Un bracelet porté haut sur le bras, élément clé de son allure
Ses dimensions ont d’abord interrogé les experts. L’iconographie apporte rapidement la réponse : ce bracelet était porté sur l’avant-bras, au-dessus de deux ou trois autres bracelets du même type. Cette position est la seule possibilité, compte tenu de ses dimensions ; et c’est celle que l’on observe de façon constante chez l’artiste.
Les photographies montrent Mistinguett accumulant de larges bracelets manchettes placés au-dessus du poignet, presque à mi-bras. Cette façon de porter les bijoux dépasse l’usage ponctuel du costume : elle devient une constante de son apparence, visible dans différents contextes. Le bijou agit comme un prolongement de sa silhouette.

De Mistinguett à Drouot : des bijoux documentés
À la mort de l’artiste en 1956, ses bijoux sont vendus à Drouot lors d’une vente dirigée par Maître Pescheteau. Le catalogue mentionne plusieurs bracelets larges entièrement pavés de diamants, correspondant au type de manchettes visibles sur les portraits photographiques de Mistinguett. Cette dispersion permet d’identifier un ensemble cohérent de parures associées à son image.
Le bracelet présenté aujourd’hui se rattache à ce corpus stylistique : grandes surfaces de diamants, motifs géométriques de l’entre-deux-guerres et présence marquée d’une pierre de couleur centrale. Il témoigne de cette manière spécifique d’associer volume, éclat et visibilité.

Ce bracelet réunit ainsi plusieurs dimensions rarement réunies : une gemme de premier plan, un dessin caractéristique de l’Art déco et une appartenance directe à une figure majeure du spectacle parisien. À la croisée de la joaillerie, de l’histoire du goût et de la mémoire du music-hall, il dépasse le statut d’ornement pour devenir un objet lié à une personnalité dont l’image a marqué son époque.