Le 16 juin, la maison MILLON proposera à la vente Ville blanche (1966), toile de grand format signée Antonio Bandeira. Peinte un an avant sa mort, cette œuvre rare d’un des maîtres de l’abstraction brésilienne était conservée en collection privée. Elle sera présentée aux enchères à Paris — un événement notable tant l’artiste est peu représenté sur le marché français.
Une œuvre tardive et singulière
Peinte en 1966, Ville blanche marque un moment particulier dans le parcours de Bandeira : celui d’un retour à Paris après plusieurs séjours majeurs dans la capitale française (1948–1951, 1956–1957, puis 1965 jusqu’à sa mort en 1967). Ce dernier séjour, plus posé, le voit renouer avec ses repères montparnassiens, mais dans une recherche plus intérieure. Il y retrouve les galeries, ses amis de l’École de Paris, et participe notamment à l’exposition Artistes brésiliens de Paris à la Galerie Debret. À ce moment de sa vie, Bandeira ne peint plus des lieux : il les évoque. Ville blanche est une condensation de mémoire et de lumière. La toile est structurée par une trame noire vibrante, suspendue sur un fond laiteux. Aucun motif n’est figuratif, mais tout parle de la ville : ses rythmes, ses traces, ses silences.
« Une transposition d’êtres, de choses, de goûts, d’odeurs que je vis dans le présent, le passé et le futur. »
C’est ainsi que Bandeira définissait sa peinture. Ville blanche s’inscrit pleinement dans cette logique de transposition poétique et mentale.
Une abstraction habitée
Antonio Bandeira, né à Fortaleza en 1922, est l’une des figures centrales de l’art moderne brésilien. Après avoir cofondé le groupe de peintres expressionnistes du Ceará, il s’installe à Paris en 1948, où il développe un langage abstrait très personnel, nourri de rencontres avec Hartung, Bryen, Atlan ou Soulages. Son œuvre échappe aux écoles : rattaché à l’abstraction lyrique, il reste indépendant, fidèle à une peinture de la sensation. Chez Bandeira, la ligne devient souffle, la couleur vibration. Moins conceptuel que Klee, plus organique que Vieira da Silva, il cultive une peinture intuitive, dense, presque musicale. Pietro Maria Bardi parlait de lui comme d’un “peintre de l’énigme formelle”, entre cartographie intérieure et poème visuel. Ville blanche en est l’un des exemples les plus méditatifs.
Une œuvre rare sur le marché français.
Ville blanche est une œuvre tardive, peu connue du grand public, mais bien documentée : elle a été exposée à la Galerie Debret en 1971, et figure dans la thèse universitaire de Maria de Fátima Coutot (Université Paris 1), consacrée à l’artiste. Depuis sa création, l’œuvre a appartenu au sculpteur Albert Féraud, ami proche de Bandeira. Ce lien personnel témoigne d’une circulation restreinte, hors marché, entre artistes. Elle est aujourd’hui l’une des rares toiles de cette importance de Bandeira encore conservées en France. À ce jour, seule une encre est recensée dans les collections publiques françaises (Centre Pompidou).
Infos pratiques :
Vente aux enchères le 16 juin à 14h30, en salle VV, quartier Drouot, 3 rue Rossini 75009 PARIS.
Exposition publique le samedi 14 Juin 2025, 11h-18h Exposition privée des lots sur rendez-vous à partir du 1er Juin : artcontemporain@milon.com
Département Art Contemporain : Brune Dumoncel d’Argence – bdumoncel@millon.com – +33 1 87 03 04 71