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PICASSO céramiste (1947 – 1971) MADOURA

​​​"Vous devriez faire de la céramique. C'est magnifique !"   (1)


De son enfance à Málaga, ville aux nombreux ateliers de poteries hispano-mauresques, Pablo Picasso aura peut-être conservé des réminiscences évocatrices. Par la suite, il s’intéresse aux céramiques de Paul Gauguin découvertes chez le sculpteur Francisco Durrio de Madrón, envisage en 1923 une collaboration avec le céramiste catalan Josep Llorens Artigas  (2) et peint en 1929 sur deux vases (3) de Jean Van Dongen.

S’il délaisse ce medium par la suite, c’est en tant que peintre et sculpteur déjà immensément connu que Picasso revient à la céramique, à l’âge de 65 ans. Nous sommes en 1946 et l’artiste – alors installé dans le Sud de la France - visite l’exposition "Poteries, fleurs, parfums" organisée chaque année à Vallauris.  
Là, Picasso rencontre Suzanne Ramié et son mari, Georges, éditeurs de céramiques artistiques sous le nom de Madoura (4) . Ces derniers l’invitent sur leur stand à s’essayer au modelage de l’argile et Picasso tire de la glaise une petite tête de faune et deux taureaux. Puis s’en va. De retour à Vallauris en 1947, il rend visite au couple et découvre que ses modelages ont été cuits. Le résultat l’enchante et Picasso décide de travailler la céramique à Vallauris, chez Madoura. 

L’artiste sait cependant qu’il doit s’approprier les techniques qui lui font défaut pour être libre de créer avec elles. Il apprend donc. Le façonnage, l’émaillage, la cuisson, tout entier tourné vers les nouvelles perspectives de création que lui ouvrent la plasticité de la terre et la magie aléatoire de la cuisson au four.
"Les pots, les cruches, les compotiers et les assiettes qui avaient été jusqu’ici le sujet de ses peintures de natures mortes, il allait maintenant les fabriquer non pas comme des trésors rares, mais comme des choses qui pouvaient être d’une utilité quotidienne ou jouer le rôle d’objets familiers dans la maison "  (5) . Une telle démarche ressemble à Picasso qui s’intéressa toute sa vie aux techniques artistiques, sans jugement de valeur. Pour autant, il n’aura jamais tourné lui-même ses supports céramiques. C’est un des tout meilleurs potiers de l’atelier, Jules Agard, qui modèlera sur son tour les objets que Picasso retravaillera et décorera. Le maître dessinera également ses propres formes, que le potier s’efforce de transcrire dans la pâte. 

Ce faisant, entre 1947 et 1971, Picasso créa à l’atelier Madoura  (6)  plus de 3 000 céramiques originales uniques, ainsi que 633 séries d’éditions céramiques (avec des tirages allant de 25 à 500 exemplaires).
La démarche artistique de l’artiste fait ici cœur avec ses convictions socio-politiques, la céramique permettant des éditions en grand nombre qui diminuent le coût d’acquisition. Membre du Parti Communiste, on imagine fort bien que Picasso souhaitait également par cette pratique créer des pièces accessibles au plus grand nombre.

A présenter sous le feu des enchères  un "Pichet gravé gris" réalisé à Madoura, on est ému et l'on entend comme un écho :

"Non, non, tout n'est pas dit, vers la beauté fragile
Quand un charme invincible emporte le désir,
Sous le feu d'un baiser quand notre pauvre argile
A frémi de plaisir"
.  (7)

 

 

Ce "Pichet gravé gris"  réalisé par PABLO PICASSO À MADOURA a été adjugé  16 000 € sous le marteau de MILLON 

Circa 1954
Pichet à anse et bec pincé en terre de faïence blanche, noir et patine grise.
Décor gravé au couteau et émaillé noir figurant deux profils et une chouette .
Signé sous la base des cachets en creux "Madoura" , "Edition Picasso" et "Edition Picasso Madoura" à l'émail noir.
Tiré à 500 exemplaires.
H : 28 cm

 

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Pablo PICASSO (1881 - 1973) à MADOURA "Corrida Soleil"  adjugé  14 000 €

 

Pablo PICASSO (1881 - 1973) "Nature morte "  adjugé  14 000 €

  

 

 (1) Pablo Picasso au sculpteur Henri Laurens, en 1948.

 (2) comme le montrent des lettres conservées aux archives du Musée Picasso-Paris, datées à partir de mars 1920.

  (3) conservés au Musée Picasso-Paris, un "Vase globulaire décoré de mains tenant des poissons" (n° d'inventaire MP3674) et un "Vase décoré de baigneuses" (n° d'inventaire MP3673)

  (4) contraction de "mas, Douly, Ramié" (Douly étant le nom de naissance de Suzanne Ramié).

  (5) in Roland Penrose : "Picasso", éditions Flammarion, 1982 (trad. J.Chavy et P. Peyrelevade).

  (6)  institué par l’artiste éditeur exclusif de son œuvre céramique par un contrat de 1967.

  (7) Louise Ackermann in "L’Amour et la Mort", dans "Poésies philosophiques", 1871.