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Pierre-Adrien DALPAYRAT- 1844-1910

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"Des poteries où s’embrasent des rouges, des bleus, des violets (…) mille étincelles éternisées"[1]

 

Pierre Adrian Dalpayrat naît à Limoges en 1844, d’un père typographe. Il y étudie le dessin puis la peinture sur porcelaine avant d’entreprendre un véritable tour de France : Bordeaux dans l’atelier du faïencier Jules Vieillard, Limoges chez Léon Sazerat, aux ateliers d’Ashwin à Valentine et chez Fouquet à Toulouse. Dalpayrat s’installe ensuite à Menton vers 1878, dirige l’atelier de décoration de la fabrique de François Blanc à Monaco et découvre le travail du grès utilisé non loin (à Vallauris) avec un succès grandissant.

Contraint de quitter le Sud suite au tremblement de terre du 23 février 1887, Dalpayrat retourne chez Sazerat à Limoges, le temps de réunir assez d’argent pour ouvrir un nouvel atelier à Bourg-la-Reine, ville de région parisienne où il s’installe définitivement en 1889. Là, le peintre sur porcelaine de 45 ans se consacre définitivement à la production de grès artistique, un matériau porté par la mode du Japonisme et le succès des céramistes Ernest Chaplet et Auguste Delaherche à l'Exposition Universelle de Paris de 1889. Deux ans plus tard, Dalpayrat rencontre Alphonse Voisin-Delacroix avec qui il s’associe, le sculpteur créant les formes que le céramiste réalise en terre, émaille et cuit. S’ils collaborent moins d’un an (Voisin-Delacroix meurt en avril 1893) leurs séries dites "Zoomorphes", "Anatomiques" ou "Viscérales" rencontreront un vif succès lors de leur exposition en décembre 1892 à la Galerie Georges Petit. Un critique d’art notamment s’exclamera[2] : "Ah ! que le grès est donc une matière superbe ! Imaginez un alchimiste qui réaliserait cette chose impossible de mélanger dans quelque féerique creuset les plus splendides couleurs de la nature, les bruns, les rouges, les verts (…) semblent animer d’une vie miraculeuse et splendide les vases, les figures d’animaux, les crabes (…) que la main capricieuse du potier a modelés avec le grès”.

Sur cette même période, Dalpayrat finalise sa technique d’un émaillage couleur rouge sang-de-bœuf, à base d’oxydes de cuivre. Trois ans après Verlaine affirmant "moi, je vois la vie en rouge"[3], c’est en 1892 que le céramiste finalise cette teinte qui fera sa renommée, si particulière qu’on l’appellera parfois "Rouge Dalpayrat". Obtenu par une cuisson à température et durée maîtrisées, ce rouge distinctif vire parfois au vert, au violet, à l'ambre ou au gris de plomb, parfois tous à la fois sur une même pièce.

A la mort de Voisin-Delacroix en 1893, Dalpayrat collabore un court instant avec la sculptrice suédoise Agnès de Frumerie avant de s’associer à Adèle Lesbros. Le style du céramiste revient alors à des vases plus classiques quoi que marqués par le Japonisme et ses formes végétales et animales. Il participe la même année à l'Exposition Universelle de Chicago et l’année suivante, en 1894, débute une collaboration avec le sculpteur Jean Coulon. Si Dalpayrat connaît un beau succès avec ses grès flammés estampillés "à la grenade éclatée" qu’il vend dans des lieux de renom[4], son entreprise reste financièrement fragile. Le céramiste s'adjoint donc la collaboration des orfèvres Ernest Cardeilhac et Keller pour réaliser des pièces montées en bronze doré à la mode de l’époque. 

En 1900 Dalpayrat est médaillé d’or de l’Exposition Universelle et nommé Chevalier de la Légion d’Honneur … ce qui n’empêche pas sa nouvelle société Dalpayrat & Cie, fondée avec Paul Petit, d’échouer en 1903. La production du céramiste portera désormais la marque "Les Grands feux de Dalpayrat" puis "Dalpayrat Frères & Cie".  Malgré une participation remarquée au Salon du Grand Palais de 1905, les fours de l’entreprise cessent de fonctionner en 1906 et Dalpayrat la dissout en avril 1907.

Retiré dans sa ville natale de Limoges, Dalpayrat se consacre à la peinture jusqu’à sa mort en août 1910. Contrairement à d'autres maîtres potiers de son époque, il ne fît pas école et on ne lui connaît pas d’élève. 


[1] L. de Fourcaud in "Les Arts Décoratifs au Salon de 1898", Revue des Arts Décoratifs, 1898, page 244.

[2] in Revue des Arts Décoratifs, 13e année, 1892/1983, page 220.

[3] dans sa "Ballade de la vie en rouge" du recueil "Parallèlement" de 1889.

[4] "L'Art Nouveau" de Bing, "La Maison Moderne", chez "Tiffany" à New York ou "O'Brien & Son" à Chicago

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