Née en 1905, Jane Graverol grandit auprès d’un père écrivain et peintre symboliste ; Alexandre Graverol. C’est probablement cette proximité, depuis très jeune, avec le milieu artistique que Jane Graverol s’est orientée vers des études à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, où elle a pour professeurs Montald Constant et Jean Delville.
Dès les années 1930, elle oriente sa peinture vers les codes du mouvement surréaliste qu’elle finit par intégrer en 1940. Elle évolue aux côtés d’artistes déjà connus au sein du surréalisme, tels que René Magritte qui s’impose comme la figure majeure du groupe dit « de Bruxelles ». Peu connue du grand public, elle tient toutefois une place importante dans l’histoire de ce mouvement pour lequel elle voue un véritable engagement. En effet, elle fonde avec André Blavier la revue Temps mêlés en 1952, puis elle anime avec Marien, son mari, et Paul Nougé Les Lèvres nues à partir de 1954 dont le but est de défendre les engagements révolutionnaires du surréalisme. Parallèlement, elle obtient le soutien de René Magritte qui lui organise une exposition en 1950 et d’autres rétrospectives lui sont consacrées de manière posthume comme au Centre d’Art de Rouge-Cloître.
« Mes toiles sont des rêves éveillés, des rêves conscients » - Jane Graverol
Résolument poétique, les œuvres de Jane Graverol sont davantage ancrées dans un univers onirique et surnaturel par rapport à Magritte ou De Chirico avec qui elle est souvent comparée. Par le biais d’une technique lisse et précise, elle bouleverse les perceptions du réel en répondant tant au domaine de l’étrange et de la poésie. Attachée au monde nature, animal et végétal, elle réussit à donner à ces éléments du quotidien un caractère surnaturel. En témoigne Le grand siècle représentant un rhinocéros, placé debout au centre de la composition et vêtu d’un drap rouge léger. L’utilisation du rouge contraste avec l’ensemble de la composition aux teintes froides, allant du gris au bleu, en passant par le marron. L’animal emble apparaître comme un mirage au cœur d’un paysage quasi désertique. En témoigne également La capture, symbolisant un soleil couchant, comme capturé dans une bouteille, et dont la couleur ardente se reflète dans le verre de sa nouvelle prison. Il s’agit d’une image tant éphémère que lyrique. Les couleurs utilisées se complètent les unes aux autres et initient un dialogue sensible avec le spectateur.