"Il y a un style Printz, cela est incontestable, un style grave dont la pureté se tempère de la transparence du cristal ou de la matité de métal utilisé dans l'ornementation, de l'animation que lui apporte l'association des laques et des bronzes." [1]
Né à Paris en 1889, Eugène Printz apprend le métier d’ébéniste en reproduisant des meubles anciens dans l’atelier de son père. Copiant avec minutie et goût du beau travail les œuvres des plus célèbres créateurs des grands styles, le jeune ébéniste se les approprie. Son œuvre future se nourrira de cette tradition artisanale et de son amour pour le bois, de la somptuosité du placage de violette à la splendeur sévère des essences exotiques comme l’ébène ou le palmier. C’est à partir des Années 1920 que Printz commence à imaginer du mobilier original pour ses contemporains. Il quitte alors les Faubourgs (encore qu’il y conserve ses ateliers) pour ouvrir une galerie rue Saint-Honoré où recevoir sa nouvelle clientèle.
Son travail est définitivement remarqué lors de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925, où il est crédité comme "exécutant de l’ébénisterie" du "Bureau-bibliothèque" de Pierre Chareau.
L’année suivante, Eugène Printz présente au Salon des Artistes Décorateurs son premier ensemble à titre personnel.
Il participera à toutes les éditions suivantes ainsi qu’à celles du Salon d’Automne, recevant à chaque fois des critiques élogieuses pour ses meubles jouant habilement des couleurs et des matières comme d’un apport ornemental discret à leur perfection formelle. Printz, en effet, aime manier les contrastes, et notamment dans les lignes de son mobilier, qui s'opposent et se répondent en autant de mariages imprévus entre courbes et droites. Là est sa manière [2] :
"J'ai toujours été ému par la mystérieuse beauté qui se dégage des conjugaisons de la courbe et de la droite.
Au temps où la mode était au style purement rectiligne, je suis, chaque fois que je l'ai pu, resté fidèle à cette tendance de mes goûts que j'ai élevée à la dignité d'un principe."
Désormais courtisé par une clientèle bourgeoise des quatre coins du monde, ainsi que par l’Etat français ou des institutions privées, Printz embrassera leur volonté de luxe jusqu’à l’arrivée de la 2nde Guerre Mondiale. Parmi ses réalisations notables on peut citer l’aménagement du Musée des Colonies de la Porte-Dorée pour l’Exposition coloniale de 1931, ou ceux des appartements de la princesse de La Tour d'Auvergne au Château de Grosbois et des bureaux parisiens de la couturière Jeanne Lanvin en 1932. A l’instar des ébénistes du passé, encore, Eugène Printz conçoit minutieusement chacun des meubles de ses projets d’aménagements en débutant par la réalisation d’une maquette à l’échelle. Une fois modifiée et adaptée jusqu’à atteindre sa vision, ce projet est ensuite confié aux artisans spécialisés de son atelier, qu’il a rigoureusement sélectionné et qu’il chéri comme des compagnons.
Au grès des aménagements d’apparat qui lui sont confiés, le décorateur déclinera pour ses créations tout une grammaire de matériaux précieux. C’est ainsi, notamment, que Printz est le seul de son temps à maitriser le travail du bois de palmier dont il a su dompter au rabot la dureté jusqu’à obtenir des feuilles de placage d’une grande finesse. Devenu une de ses signatures, le veinage sombre du bois exotique est le plus souvent accompagné d’éléments de bronze doré ou patiné à l’éponge. Recherchant la perfection artisanale, Eugène Printz fera parfois appel à Jean Dunand pour réaliser avec lui des trésors de meubles décorés de laques du maître.
S’il fût le favori d’une clientèle fortunée, Printz n’en était pas moins sensible au rôle social du beau. Persuadé que "le public, pour une dépense égale, choisirait plutôt les belles choses. Mais il faut lui en présenter !" [3], il proposera également à partir de 1933 quelques collections limitées destinées à un public plus modeste. L’ébéniste choisira pour ce faire de recourir à des matériaux moins nobles comme le palissandre ou le noyer, mais sans sacrifier le travail et l’élégance des formes. Alors même que son activité s'est exercée au ralenti durant l'occupation, le décorateur reste fidèle à ce volet plus démocratique de son œuvre dans la reprise de l’après-guerre. En atteste l’exposition au Salon des Artistes Décorateurs de 1946 d’une salle à manger en chêne clair destinée à être exécutée en série.
Plus encore que pour son esthétique, Eugène Printz fût célébré pour les nombreuses trouvailles fonctionnelles qu’il applique à ses meubles pour en faciliter l’usage dans les appartements exigus du monde moderne. "Aucun ne fût autant que lui soucieux d'une modification de détail, d'une adaptation de plus en plus subtile aux besoins à satisfaire" [4] Ainsi par exemple de ses iconiques tables à multiples éléments losanges pouvant tant se juxtaposer étroitement que se séparer en une ligne droite, brisée ou circulaire au hasard des places occupées par les convives. Citons également sa bibliothèque à deux corps mobiles s'ouvrant pour dégager les rayonnages d’un troisième corps, ou ses bureaux à double dessus pouvant se développer en coulissant.
Printz se piqua également de luminaires, considérant à l’instar de son camarade Pierre Chareau qu’ils étaient la condition sine qua non d’un aménagement harmonieux. Il imagine ainsi quelques exemplaires de lustres et de plafonniers à systèmes d’éclairages indirects pour ne pas noyer de reflets les teintes sombres et les effets de brillance de ses meubles. On retrouve dans cette quête ingénieuse de l'utile un peu de la préciosité des ébénistes du XVIIIe chers à Printz, qui comme eux double son artisanat d’une approche de mécanicien charmant.
Le génial ébéniste et décorateur s’éteint en 1948. Il laisse derrière lui une œuvre caractéristique et intemporelle qui incarne cet hommage que lui fit un de ses contemporains[5] :
"Eugène Printz possède d'instinct le sens de la noblesse et de la beauté. Et le beau ne souffre point des atteintes de la mode."
[1] R. Jean in Mobilier et Décoration, mai 1946, page 4.
[2] ainsi qu’il l’expliqua à à B. Champigneule dans le cadre de son enquête "Avons-nous un style d'ameublement ?" in Mobilier et décoration, 1936, page 157.
[3] B. Champigneule dans son "Entretien avec Eugène Printz" in Mobilier et décoration, 1936, page 167.
[4] R. Jean in Mobilier et Décoration, septembre 1948, page 15.
[5] ibid, page 176.
Eugène Printz : estimation, prix et cote de ses œuvres
Vous possédez un meuble d’Eugène Printz ? Nos experts en mobilier Art déco vous accompagnent pour en déterminer la valeur. Découvrez la cote actuelle de cet ébéniste emblématique du XXᵉ siècle, ses records aux enchères et les critères clés pour estimer ses créations.
Qui est Eugène Printz ?
Ébéniste et décorateur né à Paris en 1889, Eugène Printz s’impose dès les années 1920 comme l’un des grands noms du mobilier Art déco. Formé dans l’atelier de son père, il développe rapidement son propre style, entre rigueur architecturale et raffinement des matériaux. Il affectionne le bois de palmier, qu’il marie à des éléments en bronze, laque ou marqueterie. Sa collaboration avec Pierre Chareau et sa participation aux grandes expositions internationales lui assurent une reconnaissance durable. Son mobilier, à la fois luxueux et fonctionnel, incarne parfaitement l’élégance du design français de l’entre-deux-guerres.
Aujourd’hui, les meubles de Printz sont rares, très recherchés et considérés comme des chefs-d’œuvre de l’Art déco.
Cote et prix d’Eugène Printz sur le marché de l’art
Le marché des œuvres d’Eugène Printz est international et haut de gamme. En 2024, ses pièces totalisent plus de 16 millions d’euros de ventes, confirmant son statut de référence dans les ventes de design historique.
Les meubles restent la typologie la plus recherchée, avec des prix qui varient selon la rareté, les matériaux utilisés et la provenance. Certaines pièces exceptionnelles, issues de commandes particulières ou de collections prestigieuses, peuvent atteindre plusieurs millions d’euros.
Exemples de prix constatés en ventes publiques (2017–2025) :
Catégorie | Prix bas | Prix moyen | Prix haut |
Mobilier | 6 000 € | 6 098 € | 15 245 € |
Luminaire | 300 € | 23 000 € | 3 244 008 € |
Sculpture / Volume | 350 € | 22 500 € | 208 186 € |
Tapisserie | 4 000 € | 22 735 € | 41 157 € |
Quels critères influencent le prix d’un meuble d’Eugène Printz ?
Plusieurs éléments peuvent faire considérablement varier la valeur d’une œuvre de Printz :
- Typologie : Les commodes, bureaux, enfilades ou consoles signés sont particulièrement cotés.
- Matériaux : Le bois de palmier, les laques précieuses, le bronze ou les marqueteries fines renforcent l’attrait de la pièce.
- Provenance : Un meuble provenant d’un ensemble décoratif commandé par un mécène ou une institution prestigieuse augmente en valeur.
- Signature ou estampille : L’authenticité joue un rôle clé dans la valorisation.
- Rareté : Les pièces uniques ou en édition très limitée atteignent des sommets.
- État de conservation : Les meubles dans leur état d’origine sont plus recherchés que ceux ayant subi des restaurations importantes.
- Expositions & publications : Une pièce documentée dans un catalogue raisonné ou exposée dans une grande institution bénéficie d’une meilleure cote.
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