"Ce qui plaît aux vrais amateurs, dans le travail de Mme Colinet, c'est la perfection de sa science anatomique et le mouvement qu'elle donne à ses figurines."[1]
De Claire Jeanne Roberte Colinet on sait peu de choses hors sa naissance à Bruxelles en 1880 et qu’elle fit son apprentissage de la sculpture auprès de Jef Lambeaux et des sculptrices Berthe Girardet et Suzanne Bizard[2]. Ce qu’on sait, par contre, c’est que la sculptrice revendiquait résolument son statut d’artiste femme, jusque dans le choix d’une signature ne laissant rien apparaître de son statut marital [3] (Colinet étant son nom patronymique). Son image publique en atteste également, avec cette diffusion d’une photographie [4] de l’artiste en tenue de travail et outils à la main, dans son atelier de Bruxelles.

Rapidement installée en France à la faveur d’une affectation de son mari (le consul Georges Godchaux), la sculptrice participe à son premier Salon des Artistes Français en 1912, Salon où elle reçoit la mention "honorable". Ces expositions et succès critiques lui valent d’être sollicité par plusieurs éditeurs d’art[5], ce qui lui assure des revenus réguliers et une diffusion plus vaste de son œuvre.
La manière de l’artiste n’est cependant pas du goût de tous ses contemporains. En témoigne le refus par la Commission des Beaux-Arts d’Asnières-sur-Seine (où elle résidait) d’une sculpture "République" que Colinet souhaitait offrir à la ville. Cette douloureuse affaire sera cependant l’occasion pour l’artiste de faire étalage d’une verve réjouissante en fustigeant comme suit un journaliste[6] qui s’était permis de critiquer sa sculpture sans l’avoir vue :
"je ne lui veux nul mal, au contraire. (Quel bon petit cœur !) On lui dicte des bêtises et le pauvre... il écrit".
Farouche et déterminée, Claire Colinet mènera cependant une carrière autarcique, où les portraits et les corps féminins sont omniprésents et objets de recherches constantes. Parmi sa statuaire, conformément au goût de l’époque, on retrouve ainsi de nombreuses danseuses et artistes de cabaret, émaillées de références à l’Orient et l’Antiquité. Plus encore que son confrère en sculpture chryséléphantines Demeter Haralamb Chiparus, Colinet recherche des poses compliquées et d’un équilibre délicat, comme pour mieux souligner le caractère agonistique de la danse ou le point culminant d'une anecdote biblique ou historique.
Élue membre permanente du Salon des Artistes Indépendants en 1929, Colinet obtient la même année la nationalité française. Par la suite, dans les Années 1930, l’artiste réalisera suite plusieurs commandes publiques. Citons notamment pour son goût de revanche son "Allégorie de la Musique" de 1935 placée au fronton du centre administratif et social … d’Asnières-sur-Seine.
De 1937 à 1940, elle expose au Salon des Indépendants de Paris et rejoint l'Union des Femmes Peintres et Sculpteurs. Invariablement féminines, ses figures poursuivent le propos artistique rare d’UNE artiste dans un domaine essentiellement masculin. Claire Jeanne Roberte Colinet s’éteint en sa propriété d’Asnières, en 1950. Ses œuvres ont été exposées à titre posthume au Salon de Peinture et de Sculpture pendant près de 30 ans.
[1] Extrait d’un entrefilet sur l’artiste dans l'hebdomadaire Ça et là du 12 juillet 1914, page 14.
[2] si l'on en croit le numéro de l'Aurore du 8 février 1913.
[3] une décision que ses contemporains eurent à cœur de ne pas respecter aussi on ne trouve que peu d’écrits où l’artiste n’est pas nommée "Colinet-Godchaux".
[4] que son premier époux utilisa comme carte de vœux pour l’année 1910.
[5] notamment Les Neveux de J. Lehmann Arthur Goldscheider, Edmond Etling ou Gustave Barbedienne.
[6] Auguste Demeuré qui, décidemment bien nommé, n’eut rien de plus pressé que de rapporter les propos de l’artiste dans un entrefilet in La Fédération de la Seine du 10 janvier 1914.
Oeuvres de Claire Jeanne Roberte COLINET
La maison de ventes aux enchères MILLON vend régulièrement des œuvres Claire Jeanne Roberte Colinet.
Florian Douceron, clerc spécialiste du département département Arts Décoratifs du XXe siècle, vous décrypte une œuvre phares de l'artiste :

"Rien n'est plus dangereux qu'une femme qui danse"[1]
On l’a vu dans sa biographie : Claire Jeanne Roberte Colinet était une artiste impétueuse et résolument féministe.
Ce progressisme et cette volonté émancipatrice, on les retrouve exprimés avec force dans ses sculptures, où les figures et les corps féminins s’affranchissent des poses essentialistes.
Il n’est pas anodin à cet égard que sa "Danseuse d'Ankara" soit (vraisemblablement) inspirée par une autre artiste féministe et libertaire : la danseuse Isadora Duncan. L’artiste américaine, en effet, stupéfia son temps par ses chorégraphies innovantes dont les mouvements d’apparence erratiques donnaient l’impression d’une transe. Sautant, se pliant, roulant, courant sur scène, Duncan donnait à voir sur scène un jaillissement d’énergie vitale et une féminité triomphante, loin des personnages en constant pâmoison des opéra et ballets classiques.
Dans le même sens, Isadora dansait pieds nus. "Quant aux pieds d'Isadora Duncan, ils prenaient largement et massivement leur point d'appui au sol, sans aucune des reptations par lesquelles progressent ceux du danseur ou de la danseuse."[2]
Ce faisant, la danseuse s’émancipait encore des stéréotypes genrés. Affranchis du carcan des chaussons et de l’obligation de se tenir sur la pointe des pieds, ses pieds nus devenaient le lien entre elle et les énergies telluriques qu’elle transcendait par ses mouvements.
Enfin, Isadora Duncan exprimait par sa danse une grande spiritualité car le corps en mouvement recouvrait pour elle une vérité primitive. C’est pourquoi, à l’instar des danseuses antiques, elle osait se présenter sur scène dans une demi-nudité qui révélait son intention : retrouver dans le mouvement une émotion originelle.

Un auteur [3] écrivit à propos de la danse d’Isadora Duncan : "Le geste qui revenait le plus souvent dans sa danse était celui des bras ramenés en arrière, puis projetés en avant avec violence, en même temps qu'une jambe, puis l'autre, alternativement, se levait en pliant le genou." C’est précisément dans ce mouvement que Claire Colinet semble avoir immortalisé son modèle pour cette œuvre. Saisie au milieu de l'exécution d'un ensemble de pas de danse, cette pose est d’une intensité non pas dramatique mais agonistique. Loin de la vision misogyne d’un Baudelaire qui écrivit[4] : "la femme ne sait pas séparer l'âme du corps, elle est simpliste comme les animaux, un satirique dirait que c'est parce qu'elle n'a que le corps", la sculpture de Colinet inspiré par Isadora Duncan nous donne à voir toute la puissance d'un corps féminin qui spiritualise ses mouvements.
Evocatrice et hiératique, cette œuvre témoigne de l’acmé de l’art de Colinet en conjuguant des survivances de Symbolisme, une maitrise rare du portrait sculpté et un rendu réaliste et non essentialisé du corps féminin en mouvement. L’eurythmie de sa "Danseuse d'Ankara" semble ainsi incarner l’extase dionysiaque énoncée par Nietzsche[5] :
"Par le chant et la danse, l’homme manifeste son appartenance à une communauté supérieure : il a désappris de marcher et de parler et, dansant, il est sur le point de s’envoler dans les airs. Ses gestes disent son ensorcellement. [...] il se sent dieu, il circule lui-même extasié, soulevé, ainsi qu’il a vu dans ses rêves marcher les dieux."
[1] Anathème prononcé par l’inquisiteur Rostegui in "Les Sorcières d'Akelarre" ("Akelarre" en VO) de Pablo Agüero, 2021.
[2] Léandre Vaillat, L'invitation à la danse, Albin Michel, Paris, 1953, pages 190-191. [3] Ibid.
[4] dans "Mon cœur mis à nu, recueil de fragments inachevés publiés à titre posthume en 1887.
[5] In Ainsi parlait Zarathoustra / Also sprach Zarathustra: Ein Buch für Alle und Keinen », 1883-1891.
Claire Jeanne Colinet : Prix et Côte
Claire Jeanne Roberte Colinet (1880-1950) est l’une des sculptrices les plus importantes du début du XXᵉ siècle. Originaire de Bruxelles, elle s'est installée à Paris en 1910, où elle a rapidement gagné en reconnaissance. Si vous possédez une œuvre de Claire Colinet et souhaitez en connaître l’histoire et sa valeur actuelle, nos experts sont à votre disposition pour vous fournir une estimation gratuite dans un délai de 48h. Nous organisons également chaque année des ventes spécialisées consacrées à l'art déco et à la sculpture, dont certaines incluent des œuvres de Claire Colinet. Notre équipe de commissaires-priseurs et d'experts est prête à répondre à toutes vos questions et à vous guider.
Prix et cotation des œuvres de Claire Jeanne Colinet
Les œuvres de Claire Jeanne Colinet connaissent un véritable succès sur le marché de l’art, notamment dans les catégories de la sculpture et de l’art déco. Ses sculptures, notamment celles en bronze et en chryséléphantine, attirent l’attention des collectionneurs. Les prix varient fortement selon la taille, la rareté et la technique de chaque œuvre.
Exemples de prix par catégorie pour les œuvres de Claire Jeanne Colinet :
| Catégorie | Estimation Basse | Estimation Haute |
|---|---|---|
| Sculpture en bronze | 1 000 € | 30 000 € |
| Sculpture chryséléphantine (bronze + ivoire) | 5 000 € | 100 000 € |
| Petites sculptures et éditions limitées | 500 € | 5 000 € |
| Objets décoratifs en bronze | 2 000 € | 10 000 € |
Claire Colinet est particulièrement reconnue pour ses sculptures dynamiques et élégantes, inspirées de l'Art Déco et de l'Orientalisme, représentant souvent des danseuses exotiques, des figures féminines et des personnages historiques. Certaines de ses œuvres peuvent atteindre des prix impressionnants. Par exemple, sa sculpture Danseuse d'Ankara, réalisée en 1930, a été vendue pour un montant record de 234 000 € lors d’une vente chez Christie's en 2007.
Critères pour estimer le prix d’une œuvre de Claire Jeanne Colinet
Les experts du département de sculpture de notre maison de ventes aux enchères vous partagent quelques critères essentiels pour estimer une œuvre de Claire Colinet. Toutefois, pour une estimation fiable et précise, il est toujours recommandé de faire appel à un expert ou un commissaire-priseur.
- Authenticité : La première étape pour estimer une œuvre de Claire Colinet consiste à vérifier son authenticité. Cela peut être confirmé grâce à la provenance, les marques de fonderie, la signature de l’artiste ou l’avis d’un expert.
- État de conservation : L'état de l'œuvre joue un rôle majeur dans sa valeur. Une sculpture bien conservée, sans réparations importantes ou altérations, verra sa valeur augmenter.
- Taille et matériaux : Les sculptures de grande taille, surtout celles en bronze ou en chryséléphantine, peuvent se vendre à des prix plus élevés en raison de la qualité des matériaux et du travail plus complexe qu'elles impliquent. Les sculptures plus petites ou les éditions limitées sont généralement vendues à des prix plus modérés.
- Rareté : Certaines sculptures de Claire Colinet, notamment les pièces uniques ou les éditions limitées, sont plus rares et donc plus chères que celles produites en plus grand nombre.
- Provenance : Si l'œuvre provient d'une collection prestigieuse ou a une histoire intéressante, cela peut considérablement augmenter sa valeur. Vous pouvez tenter de vous renseigner sur l’origine de l’œuvre : provient-elle d’une galerie renommée, d’une collection privée ou a-t-elle été transmise en héritage ? Disposez-vous d’un certificat ou d’une facture d’achat ?
- Demande sur le marché : La demande pour les sculptures de Claire Colinet ou pour l’art déco en général peut fluctuer selon les tendances du marché. Les experts et commissaires-priseurs peuvent vous conseiller sur ces évolutions.
- Expertise professionnelle : Pour une estimation précise et actualisée, nous vous conseillons vivement de consulter un expert en art ou un spécialiste des œuvres de Claire Colinet. La maison de ventes aux enchères MILLON propose des services d’estimation gratuits.
Les belles enchères de la Maison MILLON :
Faire estimer mon œuvre de Claire Jeanne Colinet
Si vous possédez une sculpture de Claire Colinet et souhaitez en connaître la valeur, nos experts sont là pour vous fournir une estimation gratuite. En remplissant notre formulaire en ligne, un membre de notre équipe prendra contact avec vous pour analyser votre œuvre et vous fournir une estimation précise en tenant compte de tous les critères mentionnés ci-dessus.
De plus, notre équipe de spécialistes vous conseillera sur les meilleures options pour vendre votre œuvre, que ce soit par vente aux enchères ou vente privée. Nous intervenons également dans le cadre de successions, de partages ou pour des besoins d’assurance.