Vico MAGISTRETTI

Vico MAGISTRETTI

Ludovico "Vico" Magistretti naît à Milan en octobre 1920, dans une famille d’architectes.
Inscrit à l’automne 1939 à la faculté d’architecture de l’Ecole Polytechnique Royale de Milan, le jeune homme doit quitter l’Italie en guerre pour se réfugier en Suisse en 1943. Il poursuit toutefois ses études d’architecture au Champ Universitaire Italien de Lausanne avant de revenir à Milan après l’Armistice pour terminer ses études au Politecnico. Diplômé en 1945, Vico Magistretti reprend alors le studio de son père pour participer à ses premiers projets.
Marqué par les enseignements reçus d’Ernesto Rogers lors de ses études helvétiques, les premières réalisations de Vico Magistretti obéissent aux préceptes du Modernisme. Ainsi de la bibliothèque et de la chaise longue en métal tubulaire présentées en 1946 à l’exposition du RIMA (Riunione Italiana per le Mostre di Arredamento).

Dans les Années 50, Magistretti se consacre essentiellement à l’architecture, obtenant au fil de ses projets - et pour son langage plastique extrêmement expressif - une réputation d’avant-gardiste.
En 1956, il est l’un des membres fondateurs de l’ADI et, en 1959 il fait partie du jury du Compasso d’Oro.
La même année, le designer imagine la chaise paillée "Carimate", qui réconcilie ruralité et urbanité entre une assise traditionnelle – qui contrevient à l’esthétique du Modernisme - et les coloris vibrant de la structure. Cette association conceptuelle est à l’image de Vico Magistretti, qui voyait dans l’industrialisation grandissante une opportunité pour produire du mobilier abordable et fonctionnelle. C’est en ce sens qu’il s’associe à Cassina pour l’édition des chaises "Carimate" en 1962, une première qui marquera le début d’une longue collaboration.

C’est cependant avec un autre éditeur, Artemide, que Magistretti connaît son premier grand succès de designer pour la lampe "Eclisse", qu’il dessine en 1965. Composé de deux demi-sphères s’ouvrant pour évoquer une éclipse de soleil, ce luminaire est typique de la manière de Vico Magistretti : révéler le côté pratique de l’objet en l’habillant de formes ludiques et de matières innovantes.
Fort de cette réussite, le designer persistera dans l’emploi du plastique pour ses projets ultérieurs comme la collection Reglar® en polyester fortifié de fibres de verre qu’il débute en 1966, toujours avec Artemide. Première née de cette collection, la table "Demetrio" séduit le public par ses lignes minimalistes et fluides et son caractère fonctionnaliste (les tables étant empilables entre-elles). Par suite, la rechercher de réponses contemporaines mais durables à des conditions changeantes deviendra la marque de fabrique de Magistretti. Ses meubles seront toujours légers, faciles à démonter et ranger dans les espaces d’habitation.

Puis, en 1968, Magistretti succède à Joe Colombo au poste de Directeur Artistique de l’éditeur de luminaire Oluce. Il occupera cette fonction plus de vingt ans durant lesquels seront produits de grands classiques du luminaire contemporain comme la lampe "Atollo" de 1977, chef-d’œuvre de minimalisme conceptuel dont le pied cylindrique se termine en un cône au-dessus duquel l’abat-jour hémisphérique semble en lévitation.

Dans chacune de ses créations, le designer a pour constante la recherche du juste équilibre entre fonction et forme, seule à même selon lui d’aboutir à la création de designs intemporels. Magistretti aime effet le durable et nourrit une profonde aversion pour la culture du jetable. Il sera également imperméable aux sirènes Pop des Années 80 qui voient le groupe Memphis (autour d’Ettore Sottsass et Michel de Lucchi) sacrifier la fonctionnalité à toutes les audaces formelles. Là n’est pas la vision de Magistretti qui peu de temps avant sa mort répondait dans une interview :
"Je déteste le style, je m'en fous, je m'intéresse à d'autres choses (…) La seule chose qui m'intéresse, c'est le concept design. Je crois que, parmi les caractéristiques du design italien, ce qui m'a le plus frappé, c'est sa simplicité conceptuelle. S'ils me demandent ce que j'aurais aimé dessiner, j'aimerais dire : le parapluie. Je pense que c'est un exemple extraordinaire de design, aussi parce qu'il ne se réfère à aucun style mais à un usage."

Cette démarche rigoureuse sera récompensée par de nombreux prix , tandis que Magitretti fût également professeur à la Domus Academu de Milan et professeur honoraire du Royal College of Art de Londres.
Il s’éteint en 2006 après une vie passée à bousculer le design et l’architecture, à qui il a offert nombre de silhouettes iconiques mais également des avancées théoriques toujours d’actualité. On se souviendra notamment de cette idée : "Pour moi, dessiner, ce n’est pas reproduire l’objet dans tous ses détails morphologiques et techniques. C’est un moyen de creuser plus en profondeur, pour trouver et exprimer l’âme, l’essence de l’objet, ou mieux définir cette autre réalité possible qui existe derrière la réalité visible."