Depuis le 12 mai 2025, l’Hôtel de Ville de Troyes accueille Le Noir Lumière, une exposition imaginée par la maison MILLON et dédiée à Pierre Soulages. Dix-huit œuvres graphiques y dévoilent la force expressive du noir, fil conducteur de toute carrière de l’artiste.
Fêtons l'ouverture de l'exposition Soulages à Troyes
Tout d’abord un grand merci à notre inoxydable maire et son équipe d’accueillir cette exposition sous les Ors républicain de notre Troyes culturel.
Finalement, cette exposition existe parce qu’il ne faut jamais perdre une occasion de montrer que notre belle ville est un formidable creuset du génie artistique européen à travers les siècles et dire et redire le MAM peut rivaliser en trésors avec bien des musées de capitales mondiales. Alors oui, ne perdons pas une occasion de faire parler de Troyes.
Cela faisait déjà quelques années que nous l’avions envisagé cette exposition d’un Soulages Graveur sans trouver le bon moment. Je crois même qu’à l’époque une peinture de Soulages atteignait avec peine 1 Million d’euros au marteau. Un temps, nous avons évoqué l’écrin de la Cathédrale pour que ce noir et cet outrenoir, inventé par Soulages, ce noir sans temporalité ni espace, ce noir qui, selon lui, est à l’origine de toute lumière et donc antérieur à elle, puisse créer l’évènement jusqu’à sublimer les couleurs des vitraux nés, eux, grâce et pour la lumière elle-même. Le Noir, comme une ronde de vie et de néant. De L’Outrenoir à l’au-delà. Comme à Sainte Foy de Conque. Chouette idée.
Et le temps passe… hélas, enfin pas pour la cote de l’artiste qui entre temps a frôlé les 10 Millions d’euros. Grâce à la détermination de François Baroin et au détour d’un jury de Salon animalier que nous co-présidions par hasard en octobre dernier, nous avons pu relancer le projet que Klara Malgras a mené brillamment à bien… jusqu’à ce soir. Plusieurs centaines de visiteurs sont venus. Klara qui, et je ne sais pas si ce sera son but, a décidément toutes les qualités pour devenir une formidable Commissaire-priseur. Elle voudra peut-être faire mieux… mais. Elle serait Une nouvelle consœur auboise, rendez-vous compte… dans ce marché de l’Art si intense, aux côtés des légendaires Maitres Boisseau et Pomez qui portent hauts et fiers les couleurs et les enchères de notre département de génération en génération. Et je n’oublie pas Maitre Mayeul de la Hamayde avec qui je chemine depuis 20 ans et qui m’a fait la joie de devenir mon associé. Ce que je veux dire, c’est que l’Aube regorge de talents dans de nombreux métiers de l’Art, que ces talents peuvent et doivent s’entraider et Que nous avons la matière culturelle, la légitimité artistique sur des siècles, des infrastructures parfaites et que nous avons les femmes et les hommes pour faire bouillir tout cela.
Restent les idées, des programmations, de l’énergie et quelques deniers privés et publics à rassembler.
Rien d’insurmontable pour qui veut se bouger.
Et répétons-le, nous avons ce MAM qui est une bénédiction
Et Soulages se retournerait dans son Outre-tombe
En ce qui concerne l’exposition qui nous rassemble aujourd’hui, d’aucuns pourraient dire : « Bon, ce ne sont que quelques gravures alignées sur un mur ».
Pas si simple à réunir quand même.
ET Soulages se retournerait dans son Outre-tombe d’entendre cela, lui qui plaçait la morsure spontanée de l’Acide sur la plaque de métal à graver au-delà de toute autre forme d’exploration artistique.
Vous avez vu comme cela crée un relief… presque une profondeur, presque des nuances dans des aplats. Ça tient du miracle de réussir cela dans une non-couleur.
Le graveur part de cette obscurité, cherche les failles et trouve en chemin la lumière. Le hasard devient un paramètre à maitriser. Surtout avec l’eau-forte. L’artiste n’a aucune certitude de la trouver. Cela devient une profession de foi que d’être chercheur en lumière.
ET Le graveur Soulages, tout vêtu qu’il est de son habit de noir, sans doute encore plus que le Soulages peintre car contrairement à l’huile, vous ne pouvez pas deviner à coup sûr le résultat.
Chaque tirage est un coup de dé, une peur et une dépense d’énergie considérable. Des milliers d’essais. Ces gravures ont beau être des multiples, elles sont uniques par essence. C’est pour cela que sur une carrière de 80 ans, et 1200 peintures (c’est peu) , seules 120 estampes sont nées. 10 fois moins que son œuvre peint. Cette exposition de multiples en devient d’autant plus singulière. UN singulier pluriel.
L’art abstrait n’est pas forcément beau mais il aura été nécessaire. Il a fleuri partout dans le monde après guerre, comme une pulsion collective née des décombres d’une Europe fracassée et exangue. Estève, Hartung, Mathieu, Pollock, Zao Wou Ki, Lam, Bissière, Atlan, Cette pulsion disait par la forme et la couleur (ou la non-couleur) ce que les mots et la figuration ne pouvaient plus décrire face à une réalité souillée. Tellement de noms d’artistes sont sortis de cette fracture de l’après guerre. Alors qu’on peine à en voir émerger quelques uns de valables du confort de ces 20 dernières années.
C’est il y a 80 ans, que surgit l’abstraction brutalement existentielle de Soulages. Extrême. A l’opposé du décoratif,Non pas comme une fin mais comme un commencement. Non pas comme un caprice d’intellectuel parisien mais un acte d’homme déterminé 100 ans durant. Comme un cri muet qui ne cherche pas à plaire. Et pourtant, nous voilà ce soir, et je vous espère ravis de graviter dans l’univers si intense de ces 17 astres de ténèbres éclatants.
J’ai trop parlé,
Permettez-moi de donner la parole à Monsieur Chiron que nous avons le privilège d’avoir parmi nous. Il est l’un des grands collectionneurs et ami de Pierre Soulages et prêteurs de plusieurs gravures aujourd’hui.
Alexandre Millon
La presse en parle !
L'Est Eclair : Troyes met en lumière les œuvres de Soulages
Liberation Champagne : Troyes met en lumière les œuvres de Soulages
France 3 Grand Est : Pierre Soulages : l'art du noir s'expose pour la première fois dans cette ville