Florent Guérif, historien du bijou et spécialiste de la période Art Nouveau
À l’occasion de sa prochaine vente joaillerie, qui se tiendra le 14 avril à 13h en salle VV, la maison Millon met en lumière deux pièces exceptionnelles signées René Lalique, figure emblématique de l’Art Nouveau. Pour comprendre l’importance de ces créations, Florent Guérif, historien de l’art et spécialiste de la période Art Nouveau, revient sur l’évolution de la joaillerie à cette époque et sur l’apport fondamental de René Lalique. Collaborateur à la rédaction du catalogue de l’exposition 2024 de l’École des Arts Joailliers, il apporte son éclairage sur le contexte artistique et technique dans lequel ces pièces ont été créées, soulignant le rôle visionnaire de Lalique dans l’histoire du bijou. L’entretien est mené par Cécile Simon Léppée, commissaire-priseur et experte en joaillerie au sein de la maison Millon.
Une révolution du bijou au tournant du XXe siècle
Cécile Simon Lépée : La période Art Nouveau est au cœur de vos recherches. Pourquoi ces années autour de 1900 sont-elles si marquantes dans l’histoire de la joaillerie ?
Florent Guérif : L’Art Nouveau marque une rupture avec la joaillerie traditionnelle du XIXe siècle, dominée par les diamants et un académisme rigide. Ce mouvement s’adresse à un public d’initiés et de collectionneurs avertis, séduits par une joaillerie pensée comme un art à part entière. René Lalique, mais aussi Georges Fouquet et les frères Vever, s’illustrent par une approche audacieuse qui allie inspirations naturalistes, lignes sinueuses et expérimentations sur les matières. L’Exposition universelle de 1900 consacrera cette nouvelle esthétique, tout en choquant une partie du public.
L’innovation technique au service de la création
CSL : L’Art Nouveau se distingue aussi par ses avancées techniques. Quels procédés ont marqué cette période ?
FG : Ce qui est fascinant avec les bijoux Art Nouveau, c’est qu’ils s’appuient sur des savoir-faire anciens tout en les réinterprétant. L’émail plique-à-jour, par exemple, connaît un véritable renouveau grâce à des fours permettant une cuisson plus précise. René Lalique joue avec la lumière et les matériaux, reléguant le diamant au second plan au profit de pierres aux nuances subtiles : opales, améthystes, chrysoprases, ou encore le verre sculpté. Il ose également l’usage de matières organiques comme l’ivoire et la corne, illustrant cette quête de diversité chromatique et texturale.
Deux chefs-d’œuvre de Lalique aux enchères
CSL : À l’occasion de la prochaine vente Millon, nous présentons deux bijoux emblématiques du travail de Lalique. Qu’est-ce qui vous séduit particulièrement dans le pendentif aux œillets ?
FG : Ce bijou réunit tous les codes de l’Art Nouveau : un motif floral délicat, une asymétrie maîtrisée et une juxtaposition des plans. Les pétales en pâte de verre et en émail plique-à-jour captent la lumière, offrant un effet de transparence fascinant. Les tiges en or jaune sont ponctuées de diamants taille rose, qui viennent souligner les courbes naturelles du motif. Ce pendentif, accompagné d’une chaîne émaillée sur ses quatre faces, est une démonstration éclatante du génie de Lalique. Estimé entre 40 000 et 60 000 euros, il constitue un témoignage rare de cette période créative.
Autre pièce phare, un pendentif figurant une sylphide, où une jeune femme ailée retient une perle baroque. "À cette époque, la figure féminine est omniprésente dans les arts décoratifs. Elle est tantôt chrysalide, tantôt papillon, incarnant un idéal de sensualité et de mystère", analyse Florent Guérif. Ce bijou, en or jaune 18k, présente des ailes finement émaillées dans une palette de verts. Estimé entre 15 000 et 20 000 euros, il illustre parfaitement cette fascination de Lalique pour la fusion entre la nature et le corps féminin
Une vente à ne pas manquer !
La maison Millon, forte de son expertise en haute joaillerie, met régulièrement en avant des bijoux d’exception signés René Lalique. Cette nouvelle vente confirme une fois de plus la place privilégiée de la maison dans le marché de l’Art Nouveau. Les pièces de Lalique ont déjà brillé aux enchères chez Millon, avec des adjudications remarquables qui témoignent de l’intérêt des collectionneurs pour son travail.
Parmi les précédentes ventes marquantes, une bague Art Nouveau en or jaune 18 carats, ornée d’un péridot navette et de feuillage émaillé, signée Lalique et datée des années 1900, a été adjugée 16 000 euros. Un pendentif Lalique en or jaune, représentant deux félins en relief avec un décor feuillagé émaillé plique-à-jour, a atteint 29 000 euros, confirmant l’attrait des collectionneurs pour ses créations uniques. De même, une paire de boutons de col en or jaune, ornés de visages féminins stylisés dans un style symboliste, a été vendue 4 400 euros.
Cette nouvelle vacation s’inscrit donc dans la lignée de ces résultats prestigieux et propose à son tour des pièces majeures du maître de l’Art Nouveau.
Informations pratiques
La vente aux enchères offrira aux passionnés l’opportunité de découvrir une riche sélection de diamants, saphirs et autres pierres d’exception, ainsi que des bijoux signés intemporels. La diversité des pièces proposées ravira tous les amateurs de joaillerie.
- Exposition publique :
- Samedi 12 avril de 11h à 18h
- Dimanche 13 avril de 14h à 18h
- Salle VV, 3 rue Rossini, 75009 Paris
- Vente aux enchères : Lundi 14 avril à 13h, Salle VV
- Contact : joaillerie@millon.com