Vente aux enchères en duplex Paris – Hanoï | Dimanche 1er juin 2025 à 12h
Alors que l’exposition du musée Cernuschi revient sur l’École des Beaux-Arts de l’Indochine (EBAI), la maison
Millon lui consacre une vente hommage inédite. Baptisée « Les Légendes », cette vacation se déroulera en d plex entre Paris (Trocadéro) et Hanoï le 1er juin à 12h, ouvrant la Semaine asiatique et célébrant un siècle de création entre deux mondes. Fondée en 1925 par Victor Tardieu et Nguyễn Nam Sơn, l’EBAI n’a jamais cherché à occidentaliser l’art vietnamien. Elle a créé un terrain d’échanges, un espace d’expérimentation où les techniques occidentales ont rencontré les savoir-faire vietnamiens – dessin académique, peinture à l’huile, soie, laque – sans jamais les absorber. Il en est né un langage hybride, profondément vietnamien, moderne, et libre de toute dépendance culturelle.
« L’EBAI ne fut jamais une école de compromis. C’est un creuset, un style, unmanifeste. » — Alexandre Millon
Tardieu : un regard avant l’école
En tête de vente, "Les Dockers à Gênes"de Victor Tardieu (150 000 – 200 000 €) constitue un jalon fondateur. Réalisée avant son arrivée en Indochine, cette toile monumentale ne parle pas encore d’Asie, mais tout y est déjà : le regard sur l’humain, la noblesse des gestes simples, la lumière franche, la structure. Ce n’est pas un art professoral : c’est une vision sincère, qu’il partagera bientôt avec les premiers artistes de l’école.
À travers cette œuvre, on comprend que l’EBAI n’a pas été pensée comme un centre de diffusion esthétique, mais comme un lieu de rencontre des regards. Tardieu n’impose rien. Il propose une méthode, une exigence, et ouvre un espace de circulation entre deux cultures.
Héritiers d’une méthode, créateurs d’un style
Cette vision s’incarne dans plusieurs œuvres maîtresses du catalogue.
De son côté, Vũ Cao Đàm, formé à l’EBAI et arrivé à Paris en 1931, réalise vers 1933 "La femme en bleu"; (150 000 – 200 000 €). Ce portrait sur soie, épuré, frontal, silencieux, mêle codes ancestraux vietnamiens et stylisation issue de l’académisme français. Rien n’est démonstratif. Tout est suggéré. Le regard, le vêtement, le sceau rouge : l’artiste affirme son identité vietnamienne dans un langage visuel intime et universel.
Mai Trung Thứ, quant à lui, offre avec "Nu allongé"; (80 000 – 120 000 €) une vision délicate et poétique. Le format panoramique, la palette feutrée, la simplicité du trait prolongent cette tradition de la retenue. À travers ces œuvres, on ne voit pas une école imposée, mais des individualités artistiques fortes, nées d’un socle partagé, et affirmées dans des écritures distinctes.

La vente présentera également des œuvres Nguyen van Thi, Le Pho, Ton That Dao, Alix Aymé et Nguyen Khang.
Une reconnaissance à la hauteur de l’héritage
À travers cette vente, la maison Millon entend rappeler que l’EBAI fut bien plus qu’une école d’art : un catalyseur, un point de bascule, un révélateur d’artistes. Longtemps sous-évalués sur le marché, ces créateurs retrouvent aujourd’hui leur juste place dans l’histoire de l’art moderne.
Pour prolonger cette dynamique, le Prix Victor Tardieu sera lancé en 2025. Décerné chaque année à un jeune artiste vietnamien, il donnera lieu à une exposition à Hanoï et à Paris, dans l’esprit de dialogue qui animait l’EBAI dès sa création.
Une reconnaissance éclatante pour les artistes de l’École des Beaux-Arts de l’Indochine
La vente « Les Légendes » a rencontré un vif succès, saluée par une série d’enchères soutenues pour les artistes emblématiques de l’École des Beaux-Arts de l’Indochine. Maternité de Le Pho a marqué la vacation en franchissant le cap des 300 000 €, confirmant l’aura internationale de l’artiste. Vu Cao Dam, avec La femme en bleu, a également suscité une forte compétition entre enchérisseurs, atteignant les 210 000 €. Dans le même élan, Nu allongé de Mai Trung Thu a dépassé les 200 000 €, soulignant l’attachement du marché à cette écriture délicate et poétique.
Plusieurs œuvres ont dépassé la barre symbolique des 100 000 €, à l’image du triptyque en laque Chevaux sauvages de Nguyen Khang ou encore du paravent La baie d’Halong de Nguyen Van Ty. Des figures plus rares comme Tran Binh Loc ou Ton That Dao ont également été remarquées, avec des adjudications à six chiffres.
Par l’ampleur des résultats et la qualité des œuvres présentées, cette vente confirme l’intérêt croissant pour les artistes formés à l’EBAI, et leur place désormais incontournable sur la scène de l’art moderne.