Freddy Battino, directeur du département d’Art moderne et contemporain chez Il Ponte, raconte une carrière audacieuse façonnée par les galeries, les enchères et une vision à long terme.
Une vision dès le départ
Freddy Battino débute son parcours dans le monde de l’art avec un pied dans le monde académique et l’autre déjà ancré dans les galeries. Diplômé en économie politique à l’Université « Statale » de Milan, il oriente très tôt sa formation vers le marché de l’art moderne, avec un intérêt particulier pour le commissariat d’exposition. Dès ses débuts, galeries, musées et maisons de vente deviennent son terrain de recherche et d’action. De Milan à Londres, Paris, Amsterdam ou New York, Battino trace un parcours alliant sensibilité esthétique et précision analytique.
De la Galleria Blu à Sotheby’s : les années de formation
En 1987, il prend la direction artistique de la Galleria Blu, lieu emblématique de l’art moderne à Milan. Avec elle, il participe aux grandes foires internationales telles que Art Basel, Arte Fiera Bologna ou Art Chicago. Deux ans plus tard, il rejoint Sotheby’s Italie, où il restera jusqu’en 1995 en tant que directeur et consultant senior pour le département d’art moderne. Parallèlement, il poursuit ses activités de commissaire d’exposition et de recherche, signant des catalogues et des expositions consacrés à Klee, Kandinsky, Manzoni, Burri, Fontana ou Tancredi. Il est également co-auteur du catalogue raisonné de Piero Manzoni, publié par Vanni Scheiwiller en 1998.
Il Ponte : un « petit miracle milanais »
En 2011, il rejoint Il Ponte Casa d’Aste comme directeur du département d’art moderne et contemporain. C’est là qu’il réalise ce que d’aucuns qualifient de « petit miracle milanais » : en trois ans seulement, il fait passer le chiffre d’affaires du département de 400 000 € à près de 6 millions, avec un taux de vente de 94 %, dont 64 % à l’international.
Un tel succès repose sur une vision stratégique du marché. « Le premier ingrédient, c’est la connaissance des marchés, locaux et internationaux. Pour bien vendre, il faut savoir à qui on s’adresse, que ce soit en Inde, en Amérique du Sud, en Allemagne ou en Italie », explique-t-il. Mais son approche va plus loin. Il met aussi en lumière des artistes oubliés ou sous-estimés, en les recontextualisant intelligemment grâce à l’histoire de l’art, au marketing et à une vraie exigence curatoriale. « Mes catalogues ne se contentent pas des grands noms attendus. J’y glisse toujours quelques ‘provocations’ : des artistes négligés ailleurs, faute de budget ou de connaissance. Mon travail, c’est de construire de la valeur, de A à Z. »
Vision, méthode… et provocation
Freddy Battino allie l’œil du commissaire à des stratégies de prix prudentes, pensées pour éveiller l’intérêt et stimuler la participation des collectionneurs. Mais ce qui l’anime surtout, c’est une mission culturelle : il ne prétend pas inventer, mais réhabiliter. Il rend visibilité, reconnaissance historique et valeur économique à des artistes longtemps restés dans l’ombre des effets de mode ou de la spéculation.
« Le vrai prix d’une œuvre n’est pas celui affiché dans une galerie, c’est celui payé aux enchères. Les ventes publiques construisent le marché, et aujourd’hui, les résultats sont transparents. Notre rôle, c’est de faire émerger ces dynamiques. » Pour lui, la rareté n’est pas toujours un atout : « Si un artiste est invisible sur le marché, sa cote ne peut pas progresser. Les œuvres doivent circuler, être vues, échangées. C’est comme ça qu’on crée de la valeur. »
Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 26 records du monde ont été enregistrés sous sa direction.
Quelques ventes phares
Lucio Fontana, Concetto spaziale, Attese, 1966 – vendu 640 000 €
Piero Manzoni, Merda d’Artista n.069, 1961 – vendu 275 000 € (record mondial)
Alighiero Boetti, La metà e il doppio, 1979 – vendu 600 000 €
Bruno Munari, Macchina inutile, 1945 – vendu 190 000 € (record mondial)

Un homme d’art… et de passions
En dehors des salles de vente, Freddy Battino garde le même esprit curieux et audacieux dans ses passions personnelles. Père de Filippo et Giulia, et tout récemment grand-père de la petite Margherita, il cultive un amour sincère pour le sport (notamment le VTT et la canoë), la lecture, les voyages… et les musées, où il aime se perdre seul. La musique, enfin, reste sa compagne quotidienne et indéfectible.
Un homme complet, instinctif et engagé, qui conjugue exigence et intuition, regard cosmopolite et sens profond de la beauté. Vente après vente, artiste après artiste, il continue de redessiner la carte du marché de l’art moderne.
Freddy Battino
Head of Department
Modern and Contemporary Art