Le 27 septembre 2023, lors d’une vente organisée par la maison de vente Millon à Crémone, deux œuvres majeures de la peinture italienne ont été adjugées avant d’être préemptées par l’État italien. Toutes deux redécouvertes, restaurées et étudiées récemment, elles sont désormais conservées dans de prestigieuses institutions muséales. Une double reconnaissance qui témoigne de la capacité de notre maison à faire émerger des œuvres oubliées et à les faire entrer dans l’histoire par la grande porte : celle des musées.
Pietro Bellotti (XVIIIᵉ siècle) : un sommet de la peinture populaire du Settecento
Monumental par son format (215 × 153 cm), ce tableau de Pietro Bellotti impressionne par l’expressivité brute de ses figures, saisies en gros plan, à hauteur d’homme. Une femme au regard perçant, aux traits marqués par le temps, domine la scène. Les visages, réalistes et rugueux, portent une vérité humaine et sociale rare dans la peinture vénitienne du XVIIIᵉ siècle.
Le clair-obscur incisif renforce l’intensité dramatique de cette scène silencieuse, empreinte d’une atmosphère de labeur, proche de la tradition caravagesque — bien loin des effets décoratifs en vogue à l’époque.
Initialement proposée sous une attribution générique, l’œuvre a été attribuée à Bellotti par le Dr Francesco Ceretti (Université de Padoue) après restauration. Préemptée par les Galeries de l’Académie de Venise, elle y occupe désormais une place centrale dans la rétrospective consacrée à l’artiste.

Boccaccio Boccaccino (1467–1525) : un fragment retrouvé d’un grand retable Renaissance
Présenté sous le lot 31, ce panneau sur bois restauré montre saint Pierre présentant le donateur Benedetto Fodri, encadré par saint Paul et un évêque non identifié. Les figures, hiératiques, se détachent avec solennité sur un fond architectural sobre, baigné d’une lumière douce et équilibrée.
Signée de Boccaccio Boccaccino, figure majeure de l’école crémonaise, l’œuvre est un fragment d’un retable commandé entre 1523 et 1524 pour les héritiers Fodri. Le style mêle encore des influences gothiques à une Renaissance lombarde élégante, marquée par le soin du détail, dans les broderies, les gestes et les visages individualisés.
Restée invendue lors de la vente, l’œuvre a finalement été acquise en after sale par les Musées diocésains de Crémone, où elle est exposée jusqu’au 11 janvier 2025. Elle retrouve ainsi la ville de sa commande d’origine — un retour symbolique, salué par les institutions, qui renforce son ancrage patrimonial.

Des œuvres passées sous le marteau Millon prennent le chemin des musées
Ces deux cas exemplaires soulignent le rôle fondamental des ventes aux enchères dans la redécouverte et la préservation du patrimoine artistique. En révélant des œuvres oubliées, en les soumettant à l’œil d’experts et d’institutions, notre maison de vente agit comme un vecteur de reconnaissance, de transmission et de valorisation.
Avec ces deux préemptions, Millon confirme son engagement envers la peinture italienne ancienne et sa capacité à accompagner les œuvres depuis l’anonymat jusqu’à leur entrée dans les collections nationales. Une double consécration qui honore autant les œuvres que le travail de recherche et d’expertise mené en amont.