Une vente patrimoniale d’exception, du XVIIIᵉ siècle à nos jours
Le 10 juin prochain, une vente aux enchères exceptionnelle mettra à l’honneur Château d’Yquem, icône inco-ntestée du Sauternais. 95 bouteilles seront proposées, réunies avec passion pendant plus de 60 ans par un collectionneur éclairé, puis son fils. De 1786 à 2005, cette collection unique retrace plus de deux siècles d’histoire du vin — un voyage rare à travers les âges et les millésimes.
« Les étés d’autrefois brûlent dans les bouteilles d’Yquem. » – François Mauriac
Une collection construite sur deux générations
Dès les années 1960, alors que le marché des vieux vins était encore confidentiel, un amateur passionné se lance dans une quête patiente : rassembler les plus beaux flacons de Château d’Yquem. Son fils poursuit l’œuvre avec la même exigence, enrichissant peu à peu cette collection hors norme. Aujourd’hui, cette transmission donne lieu à une vacation exceptionnelle, entre pièces de musée et raretés encore accessibles.
Des millésimes de légende
Une bouteille de 1786, estimée entre 40 000 et 60 000 €, s’inscrit dans les toutes dernières années de l’Ancien Régime. Le domaine est alors dirigé par Françoise-Joséphine de Sauvage d’Yquem, âgée de 18 ans, qui vient d’épouser le comte Louis-Amédée de Lur-Saluces, filleul du roi Louis XV. Ensemble, ils amorcent une stratégie de diffusion ambitieuse en présentant leur vin à la cour de Versailles et aux visiteurs de passage. Cette bouteille figure parmi les très rares
témoins liquides encore conservés de cette époque. Elle a été adjugée 45 000 €, confirmant son caractère historique et exceptionnel.
Une demi-bouteille de 1787, estimée entre 30 000 et 40 000 €, renvoie à l’année où Thomas Jefferson, ambassadeur des États-Unis en France, visite les grands crus du Bordelais. Séduit par
Yquem, il le qualifie de « meilleur vin blanc de France » et en commande pour sa cave personnelle ainsi que pour le président George Washington. Ce flacon, symbole d’une histoire transatlantique, a trouvé preneur à 21 000 €.
Une bouteille de 1811, estimée entre 60 000 et 80 000 €, provient d’une année restée célèbre pour le passage d’une grande comète visible en Europe. Les conditions climatiques furent exceptionnelles : été long, automne sec, vendanges précoces dès le 14 septembre. Considéré comme l’un des plus grands millésimes produits par Yquem, ce flacon suscitera un intérêt certain chez les collectionneurs du monde entier. Il s’est imposé comme le sommet de la vente, avec une adjudication à 60 000 €.
Une bouteille de 1889, estimée entre 6 500 et 7 000 €, coïncide avec l’Exposition universelle de Paris et l’inauguration de la Tour Eiffel. Ce millésime témoigne du rayonnement international d’Yquem à une époque où la France affirme sa modernité et son excellence culturelle. Elle a été acquise pour 11 000 €, illustrant l’intérêt croissant pour les grands millésimes du XIXᵉ siècle.
Flacons du XVIIIème siècle : quand la science se met au service de l’expertise
Deux pièces maîtresses – la bouteille de 1786 et la demi-bouteille de 1787 – portent l’empreinte
d’une époque où Yquem séduisait déjà les cours européennes. Avant toute analyse scientifique, ces flacons ont été rigoureusement étudiés par Aymeric de Clouet, expert en vins, qui a examiné chaque élément : bouteille, capsule, bouchon, niveau, étiquette… Ce travail d’expertise du laboratoire LP2i a permis d’authentifier la cohérence de l’ensemble, avant de faire intervenir des laboratoires spécialisés. Grâce à un accélérateur de particules, une micro-bille prélevée sur le verre permet d’établir une datation avant ou après 1900. Le vin, quant à lui, a été analysé à travers le verre pour déterminer une période de mise en bouteille antérieure ou postérieure aux essais nucléaires de 1954. Ces données viennent conforter l’ancienneté de ces témoins liquides d’un autre siècle.
« Cette collection est unique : certaines bouteilles ici n’ont simplement pas d’équivalent sur le marché. » — Aymeric de Clouet, expert
Une vacation pour collectionneurs et amateurs passionnés
La vente comprend aussi des millésimes plus accessibles, estimés dès 600 €, comme 1939 ou 1941, jusqu’aux plus anciens, pouvant atteindre 60 000 €. Un lot inédit regroupe neuf bouteilles issues d’années volontairement non commercialisées par le domaine : une rareté témoignant de l’intégrité du château. Vides mais signées par le marquis Alexandre de Lur Saluces, ces bouteilles ont suscité une vive compétition entre collectionneurs et institutions, séduits par leur valeur symbolique.
Infos pratiques :
Vente aux enchères le 10 juin à 11h, au Corner, 1, rue Rossini 75009 Paris
Département Grands vins et spiritueux : Vincent ETTER et Guillaume de LUSIGNY - 06 35 15 41 32.
grandsvins@millon.com
Expert : Aymeric de CLOUET
Commissaire-priseur : Mayeul de la HAMAYDE