Yukultji Napangardi incarne un cas exceptionnel dans l'histoire de l'art aborigène contemporain : elle appartient au dernier groupe familial à avoir vécu de manière totalement isolée, en suivant un mode de vie traditionnel de l'âge de pierre, avant d'entrer en contact avec la société occidentale en 1984. Cette rencontre tardive fait d'elle une artiste-témoin, porteuse d'une mémoire directe et intacte d'un monde en voie de disparition.
Née vers 1971, Yukultji garde des souvenirs vivaces de son existence nomade dans le désert. Parmi ces réminiscences figure l'image saisissante des nuits passées aux côtés des dingos, dont la chaleur corporelle permettait de survivre au froid nocturne du bush. Cette pratique illustre l'adaptation remarquable des peuples du désert à un environnement hostile, où la frontière entre humain et animal relevait d'une écologie de survie quotidienne.
Son parcours artistique débute en 1996, lorsque la coopérative d'art commence à confier des toiles aux femmes de la communauté. Cette initiative s'inscrit dans le mouvement plus large de valorisation de l'expression féminine au sein de l'art aborigène, domaine longtemps dominé par les représentations masculines. Yukultji saisit cette opportunité pour transposer visuellement les récits et savoirs qui structurent sa vision du monde.
Son répertoire thématique s'articule autour de plusieurs sites sacrés dont elle détient les histoires : Marrapinti, Malaluka, Walkankarra et Ngaminya. Chacun de ces lieux constitue un nœud narratif dans la géographie mythologique du Rêve, porteur de significations cosmologiques et ancestrales spécifiques. À travers sa peinture, Yukultji ne représente pas simplement des paysages, mais actualise des relations complexes entre territoire, mémoire collective et identité culturelle.
La mort de son mari, Charlie Ward Tjakamarra, marque un tournant dans son engagement artistique. Elle intensifie alors sa production picturale, comme si la création devenait un espace privilégié pour négocier le deuil et maintenir vivants les liens avec les récits partagés. Cette période témoigne également d'une prise d'autonomie et d'une affirmation personnelle à travers l'art.
Yukultji participe activement aux expositions organisées par la coopérative et ses partenaires, contribuant ainsi à la circulation et à la reconnaissance de l'art aborigène sur la scène nationale et internationale. Son parcours singulier – du nomadisme traditionnel à la scène artistique contemporaine en l'espace d'une génération – fait d'elle une figure exceptionnelle, pont vivant entre deux mondes radicalement différents.
L’œuvre de Yukultji Napangardi a été largement exposée en Australie et à l’étranger. Parmi ses expositions notables, citons ses expositions individuelles, Yukultji Napangardi : Shimmer (2020), Utopia Art Sydney, NSW, (Australie), et Yukultji Napangardi (2019), Salon 94, New York, (États-Unis) ; ainsi que sa participation aux expositions collectives Desert + Coast : Seven Elder Aboriginal Painters, Salon 94, New York, (États-Unis) ; Ever Present : First Peoples Art of Australia, National Gallery of Australia, Parkes, ACT, AU – qui a ensuite été présentée à l’Art Gallery of Western Australia, WA, AU ; à la National Gallery Singapore ; à l’Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki, NZ (2022-2023) ; et à l’exposition phare Marking the Infinite : Contemporary Women Artists from Aboriginal Australia (2016-2019), présentée au Newcomb Art Museum, Tulane University, New Orleans ; au Patricia & Phillip Frost Art Museum, Florida International University, Miami ; et au Nevada Museum of Art, Reno. La Phillips Collection, Washington DC (États-Unis) ; le Musée d’anthropologie de l’Université de Colombie-Britannique, Vancouver (Canada) ; et l’exposition « Peintres du désert d’Australie » (2019-2020), Gagosian, Hong Kong (Chine), New York et Los Angeles (États-Unis).
En 2018, Yukultji Napangati a reçu le prestigieux prix Wynne décerné par l’Art Gallery of NSW. Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections privées et publiques, tant au niveau national qu’international, notamment au Musée d’art de Harvard, Cambridge (États-Unis) ; au Musée d’art Hood, Dartmouth College, Hanover (États-Unis) ; au Metropolitan Museum of Art, New York (États-Unis) ; au Musée d’art de Milwaukee, Wisconsin (États-Unis) ; et au Musée d’art de Toledo, Ohio, à la National Gallery of Australia, et l’Art Gallery of New South Wales.
Collections :
Artbank,
Art Gallery of New South Wales, Sydney, AU
Art Gallery of South Australia, Adelaide, AU
Griffith University Art Collection, Brisbane, QLD, AU
Harvard Art Museum, Cambridge, MA
Hood Museum of Art, Hanover, NH
The Metropolitan Museum of Art, New York, NY
Milwaukee Art Museum, WI
Museum of Contemporary Art, The Rocks, NSW, AU
National Gallery of Australia, Parkes, ACT, AU
National Gallery of Victoria, Melbourne, AU
Queensland Art Gallery, Brisbane, QLD, AU
Toledo Museum of Art, Toledo, OH