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Serge MOUILLE- 1922-1988

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"Ce créateur avait le sens de l’emploi du métal, du tube d’acier, avec lequel il réalisait des luminaires d’une finesse extrême dont les silhouettes confinaient au graphisme."[1]

 

Serge Mouille naît à Paris en 1922 et entre à l’Ecole des Arts appliqués alors qu’il n’a que 13 ans. Plus jeune élève de l’institution, il se dirige vers l’orfèvrerie, spécialité dont il sortira diplômé en 1941 après qu’un diagnostic de tuberculose l’a contraint à un an de soins. Le jeune homme rentre alors chez Hénin Orfèvre, qu’il quitte pour prendre le maquis en 1944 afin d’échapper au Service du travail obligatoire (STO). De retour à Paris, Mouille s’installe à son compte et travaillera pour diverses maisons d’orfèvrerie, assurant en parallèle l’enseignement du dessin d’orfèvrerie à l’Ecole des Arts Appliqués.

Serge Mouille débute la réalisation de luminaires de manière inopinée, copiant en 1951 pour le stand d’un ami décorateur des lampadaires italiens. C’est à cette occasion qu’il rencontre Jacques Adnet, qui lui commandera un luminaire original pour sa clientèle de La Compagnie des Arts Français. Mouille met prêt d’un an à concevoir le "Lampadaire trois bras", qu’il livre en 1952 à un Adnet ravi par les réflecteurs "en formes de nichons"[2]. Les canons du style de Mouille sont présents dès cette prime réalisation dans la forme de ses réflecteurs et rotules, l’emploi du tube d’acier et la couleur noire. L’année suivante, le décorateur présente différents luminaires de Mouille à l’exposition "La Demeure Joyeuse " au Musée des Arts Décoratifs, qui sont très remarquée. Critiques et décorateurs ne s’y trompent pas : Serges Mouille est "un créateur des formes d'aujourd’hui"[3] et le designer tout juste trentenaire créera désormais des luminaires.

Pour ce faire, Mouille continue à collaborer avec Adnet et la Compagnie des Arts Français, mais aussi avec le décorateur et membre de l’UAM Louis Sognot, dont il conçoit l’éclairage des stands dès le Salon des Arts Ménagers de 1954. Ces années marqueront entre autres l’aboutissement du travail de Mouille sur ses célèbres rotules, dont il parfait la forme et la fonction jusqu’à pouvoir les adapter à toutes ses formes de réflecteurs. Cette reprise d’éléments d’un modèle à l’autre s’impose comme le canon de son style. Elle lui permet par ailleurs d’assurer son économie en abaissant les coûts d’achats de ses fournitures par effet d’échelle. Farouchement indépendant, Serge Mouille travaille avec une équipe restreinte : l’artisan Henri Depierre qui l’assiste pour découper, emboutir et souder les luminaires, le décolleteur Ferou-Setruk qui fabrique les iconiques rotules et des élèves des Arts Appliqués qui aident au montage et à l’électrification.

Autre promoteur des luminaires de Serge Mouille, la Galerie Steph Simon jouera un grand rôle dans sa carrière. Le designer conçoit en effet les projecteurs "Tuyaux" de l’espace d’exposition et participe via le bureau d’étude de la Galerie à de nombreuses commandes sur concours pour lesquels il travaillera notamment Charlotte Perriand et Jean Prouvé. Enfin, les luminaires du designer seront présentés et diffusés par la Galerie. Tout sourit à Serge Mouille dont le succès est couronné en 1958 par le diplôme d'honneur lors de l'Exposition Universelle de Bruxelles.

L'année suivante est moins faste car une récidive de la tuberculose l’éloigne de Paris pour suivre des soins. De retour en novembre 60, Mouille découvre que Depierre a pris la liberté de rogner sur les fournitures au point de contredire l’esthétique de ses luminaires. Furieux, il se sépare de l’artisan.  La déroute se poursuit du côté de la Galerie Steph Simon qui a créé une lampe hybride en montant un "Tuyau" de Mouille sur un pied de Noguchi. A la colère du designer s’ajoutent des retards de paiements de la part de la Galerie.

En réaction, l’artiste reprend son indépendance et créé la SCM (Société de Création de Modèles), embauche Philippe Rogier (un de ses anciens élèves) pour l’assister. Il renouvelle alors son vocabulaire formel en imaginant en 1961 la série des "Colonnes" à l’esthétique industrielle, aux lignes droites et qui utilisent comme source lumineuse le tube fluorescent. Suivront les formes "Totems" et "Signals" qui poursuivent l’esthétique de la verticalité et une vision architecturale et cinétique de la lumière. Le succès est au rendez-vous au Salon des Arts Ménagers de 1962 où Serge Mouille se présente seul pour la première fois en tant que fabricant de luminaires.

S’il reçoit en 1963 la Médaille d'argent de la Société d'encouragement à l'art et l'industrie, Serge Mouille cesse la même année son aventure luminaire. En effet, suite à une ultime collaboration avec les éditions Sinma pour qui il imagine une gamme de luminaire "Dallux", le designer constate l’impossibilité de concilier la production commerciale avec son éthique personnelle. Il vend alors à Sinma ses machines et son stock ainsi que les droits d'exploitation de ses modèles … dont la production est définitivement stoppée en 1966 faute de clients.

Ainsi se termine l'aventure des luminaires Serge Mouille, qui s’éteint en décembre 1988. Créateur d’une cinquantaine de modèles de "Formes noires" parmi tant d’autres luminaires iconiques, le créateur occupe par la cohérence de sa démarche fonctionnelle et esthétique une place à part dans l’histoire du design français. 
 


[1] Jean Prouvé dans le catalogue de l’exposition "Serge Mouille" qu’organise Alan Grizot à Paris en 1983.

[2] in Pierre Emile Pralus, Serge Mouille un classique français, éditions du Mont Thou, 2006, page 45

[3] selon le titre de l’article que lui consacre Madeleine Fuchs dans le n° 85 de Le Décor d’Aujourd’hui, février 1954, page 160.

 

Oeuvres de Serge MOUILLE

La maison de ventes aux enchères MILLON vend régulièrement des sculptures de Serge Mouille. Florian Douceron, clerc spécialiste du département département Art Déco - Design, vous décrypte une lampe de l'artiste :

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"Fiat lux elle n’est plus"[1]

 

Ce sous-titre à valeur d’épitaphe entérine a posteriori la coïncidence entre la fin de la collaboration de Mouille avec Sinma et l’arrêt de l’aventure luminaire pour le designer. 
 

Tout commençait bien pourtant tandis qu’au Salon des Arts Ménagers de 1962, Serge Mouille a pour voisins de stand les éditions Sinma, qui exposent un nouveau matériau qui stimulera la créativité de Mouille : le Dallux.  Composé de dalles de polyester dont la surface a été éclatée à la gouge pour évoquer le cristal massif, la matière séduit le designer qui imagine autour d’elle une gamme de luminaires pour la maison d’édition.

Notre lampe est issue de cette collaboration où les plaques de Dallux diffusent une lumière tendre et vivante, dans approche cinétique typique du designer. Autour de ce matériau nouveau comme pierre angulaire, Mouille poursuit l’esthétique résolument industrielle de sa lampe "Signal" de 1962, dont il réemploi le pieds d’acier patiné. 

Dans le même sens, il laisse visibles les vis maintenant les plaques, fidèle à son parti-pris esthétique[2] selon lequel : 

"une vis appartient à l’objet, il n’y a pas de raison de tout camoufler, il ne faut ni en avoir honte, ni en faire une décoration". 

Ce faisant, sa lampe joue du contraste entre la pesanteur verticale de son design et la douceur de la lumière qu’il abrite, mais aussi de celui entre les matières qui la compose et leurs couleurs.

Exclusivement distribuée par Sinma, la gamme de luminaires "Dallux" fait aujourd’hui figure de chant du cygne du travail de designer de Serge Mouille. En effet, la collaboration tourne court lorsque la maison d’édition décide unilatéralement d’ajouter à la gamme des modèles de son cru sans consulter ni aviser son collaborateur. Ce coup de poignard dans le dos sera la déception de trop pour Mouille, qui avait toujours jusqu’alors refusé d’être assujetti à un éditeur, précisément par peur de perdre le contrôle de sa production. Définitivement close en 1966[3], la collaboration avec Sinma marque donc la fin de l’aventure luminaire Mouille abandonnera en effet la création pour se consacrer à l’enseignement et la recherche. 
 


[1] MC Solaar in "Sauvez Le Monde", 14e morceau de son album Mach 6, East West Records, 2003.

[2] cité in Pierre Emile Pralus, Serge Mouille un classique français, éditions du Mont Thou, 2006, page 218.

[3]Sinma ne présente plus aucun luminaire du designer sur son stand au Salon des Arts Ménager de février

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