Jean Baptiste Apuatimi, également connue sous son nom traditionnel Pulukatu, compte parmi les artistes aborigènes importants. Née en 1940 à Pirlangimpi sur l'île Melville, dans la mer de Timor, elle s'est imposée comme l'une des principales représentantes de l'esthétique tiwi, contribuant de manière décisive à la reconnaissance nationale et internationale de l'art de cette région insulaire.
Son parcours artistique s'inscrit dans une trajectoire personnelle marquée par la transmission culturelle et la réinvention créative. Éduquée dans le système missionnaire catholique de l'île Bathurst, elle épousa à quatorze ans le sculpteur renommé Declan Apuatimi, figure centrale de l'art tiwi de son époque. Cette union, qui dura jusqu'au décès de son époux en 1985, constitua pour elle une période d'apprentissage essentielle durant laquelle elle maîtrisa les techniques traditionnelles et assimila les récits cosmologiques de son peuple.
C'est paradoxalement après la disparition de son mari que Jean Baptiste Apuatimi émergea pleinement en tant qu'artiste à part entière. Initialement sculptrice, elle se tourna vers la peinture sur toile et sur écorce au début des années 1990, lorsque le travail du bois de fer (un bois très dense) devint trop éprouvant physiquement. Cette transition marqua le début d'une carrière prolifique et novatrice. Dès 1991, ses premières peintures se distinguèrent par leur originalité, présentant une imagerie figurative qui tranchait avec les productions contemporaines des îles Tiwi.
L'œuvre d'Apuatimi se caractérise avant tout par sa maîtrise du « jilamara », terme désignant les motifs géométriques traditionnellement peints sur les corps lors des cérémonies. Elle s'appropria particulièrement les designs allongés et géométriques ornant le corps des veuves avant la purification rituelle, transposant ces patterns corporels éphémères sur des supports permanents. Cette démarche témoigne d'une volonté de préservation culturelle tout en opérant une transformation profonde du médium et du contexte de ces formes ancestrales.
Sa palette chromatique, fidèle à la tradition tiwi, mobilise les ocres naturels – rouges, jaunes, blancs et noirs – appliqués selon des techniques de hachures croisées et de motifs géométriques. Mais au-delà de cette continuité formelle, Apuatimi développa un langage visuel personnel, explorant des thèmes variés allant des récits de création comme l'histoire de Purrukuparli aux représentations animales stylisées, notamment ses célèbres crocodiles et poissons-scies.
La reconnaissance institutionnelle de son travail fut rapide et substantielle. En 1992, l'intégralité de l'exposition collective du centre d'art Jilamara, dont elle fut l'une des fondatrices en 1989 avec Kitty Kantilla et Freda Warlapinni, fut acquise par la National Gallery of Victoria. Cette acquisition témoignait de l'intérêt croissant des institutions australiennes pour l'art des îles Tiwi et consacrait Apuatimi comme figure de proue de ce mouvement artistique.
Son implication dans la création du centre d'art Jilamara à Milikapiti revêt une importance considérable pour comprendre son rôle au sein de la communauté artistique tiwi. Au-delà de sa pratique individuelle, elle participa activement à la structuration d'un espace collectif permettant la transmission des savoirs traditionnels et la création d'une économie artistique locale. Cette dimension communautaire de son engagement illustre la fonction sociale de l'artiste dans le contexte aborigène, où la création artistique demeure indissociable de la perpétuation culturelle.
L'année 2007 marqua un tournant dans sa carrière internationale avec sa participation à l'inauguration de la National Indigenous Art Triennial au sein de la National Gallery of Australia. L'exposition, intitulée "Culture Warriors", itinéra jusqu'à Washington en 2009, où Apuatimi assista personnellement au vernissage. Cette consécration officielle plaçait son œuvre au cœur des débats contemporains sur l'art aborigène et sa place dans le patrimoine artistique australien.
Les dernières années de sa carrière furent marquées par une productivité soutenue et une visibilité accrue. Son exposition personnelle à la Rebecca Hossack Gallery de Londres en 2009, intitulée "Tapalinga", ainsi que sa participation à l'exposition "Maternal Lines" lors du Darwin Festival en 2012, attestent de son rayonnement international. En 2020, soit plusieurs années après son décès survenu en 2013, ses œuvres figurèrent en bonne place dans l'exposition majeure "TIWI" de la National Gallery of Victoria, confirmant son statut d'artiste majeure dont l'héritage continue de nourrir les réflexions sur l'art aborigène contemporain.
L'exposition "Know my name: Australian women artists 1900 to now", présentée à la National Gallery of Australia, inclut son œuvre "Jikapayinga", soulignant ainsi sa contribution à l'histoire de l'art féminin australien. Cette reconnaissance posthume témoigne de la double dimension de son héritage : en tant qu'artiste tiwi perpétuant et réinventant les traditions ancestrales, et en tant que femme artiste ayant conquis une légitimité dans le champ de l'art contemporain australien.
L'analyse de sa production révèle une tension féconde entre fidélité aux conventions esthétiques tiwi et innovation formelle. Si ses peintures respectent les deux axes principaux de l'art tiwi – la représentation d'objets cérémoniels et les motifs de peintures corporelles –, elles témoignent également d'une recherche constante de nouveaux thèmes et de nouvelles compositions. Cette capacité à renouveler le répertoire visuel tout en maintenant l'ancrage culturel constitue sans doute l'une des clés de son succès critique.
Membre du groupe totémique March Fly et gardienne de la cérémonie du Buffalo Dance, Apuatimi incarna jusqu'à sa disparition l'alliance entre autorité traditionnelle et innovation artistique. Mère de onze enfants, dont l'artiste Maria Josette Orsto, elle assura également la transmission générationnelle de ces pratiques, formant par son exemple une nouvelle génération d'artistes tiwi.
Son décès en 2013 marqua la fin d'une génération d'artistes ayant vécu la transition entre l'art traditionnel produit pour les cérémonies locales et l'art destiné au marché continental et international.
Collections :
National Gallery of Australia (Canberra) – Dix-huit œuvres
National Gallery of Victoria (Melbourne) – Vingt œuvres
Art Gallery of New South Wales (Sydney)
Queensland Art Gallery | Gallery of Modern Art (Brisbane)
Art Gallery of South Australia (Adélaïde)
Art Gallery of Western Australia (Perth)
Charles Darwin University Art Collection and Art Gallery (Darwin)
British Museum (Londres)
National Museum of Women in the Arts (Washington)
Kluge-Ruhe Aboriginal Art Collection of the University of Virginia (Charlottesville)
Seattle Art Museum (Seattle)
Kelton Foundation (Californie)