MANUSCRITS & AUTOGRAPHES : collection de Madame V.
le 1er décembre 2022 à 14h00

Manuscrits et vieux papier
Alexis BOYER

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Vente terminée

Estimation : 2 500 € - 3 000 €

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Descriptif

Alexis BOYER

(Uzerche 1757-1833) chirurgien ; nommé premier chirurgien de Napoléon (1804), il accompagna l’Empereur durant les campagnes de Prusse et de Pologne (1806-1807). 38 L.A.S. ou L.A., janvier 1806-juillet 1807, à son neveu Antoine VARELIAUD (Uzerche 1776-1840), chirurgien à la Charité à Paris ; 63 pages in-4 ou in-8, adresses avec marques postales, notamment de la Grande Armée ou du Service du Cabinet de l’Empereur (qqs lettres avec manques et réparations), montées grossièrement sur onglets ou collées directement sur feuille, le tout relié à l’époque en un volume in-4 demi-basane (rel. usagée).

Exceptionnelle correspondance écrite durant la Guerre de la Quatrième coalition que Boyer mène aux côtés de l’Empereur, et en particulier sur la bataille d’Eylau et la paix de Tilsitt, mais également sur son travail de chirurgien sur les champs de bataille.
Cette correspondance est écrite de Varsovie, Berlin, Osterode, Oliva, Finckenstein, Morunghen, Tilsitt et Dresde, de janvier 1806 à juillet 1807. Nous ne pouvons en donner ici qu’un aperçu ; ainsi, dans cette lettre écrite d’Osterode le 29 mars 1807, où Boyer raconte la bataille d’EYLAU. Après la bataille de Pultusk, où l’armée ennemie était presque entièrement détruite, Napoléon fit prendre à ses troupes les quartiers d’hiver, mais les Russes ayant attaqué, « l’empereur fit marcher toute son armée vers la fin de janvier. Aussitôt que l’ennemi en fut instruit, il commença sa retraite ; cependant nous l’atteignîmes, et chaque jour depuis celui où nous le rencontrâmes, jusqu’à la fameuse bataille d’Eylau, on se battit. Dans tous les combats, nous avons toujours eu l’avantage, soit du côté du nombre des tués et des blessés, soit du côté des canons et des drapeaux pris. La Bataille d’Eylau, quoi qu’elle n’ait pas été décisive et qu’elle nous ait coûté beaucoup de monde, n’en sera pas moins un monument éternel du génie militaire de notre Empereur et de la valeur de nos soldats. Comment en effet ne regarderait-on pas comme glorieuse une bataille dans laquelle malgré le nombre double des Russes, l’avantage de leur position et une attaque inattendue, nous avons perdu beaucoup moins de monde qu’eux, nous leur avons pris des drapeaux et des canons, et nous sommes restés maitres du champ de bataille. L’empereur me dit, le lendemain de cette bataille, que si la neige lui eut permis d’observer et de voir le mouvement de ses colonnes, et que le corps d’armée du maréchal NEY fut arrivé à temps, il aurait pris la moitié de l’armée Russe. Accoutumée à vaincre aisément et à faire vingt ou trente mille prisonniers dans une bataille, notre armée fut étourdie de la résistance des Russes et il en résulta même un peu de découragement [...] Une des causes qui a le plus contribué à ce découragement momentané, c’est la pénurie de subsistances. La marche rapide de l’armée et les mauvais chemins n’ont pas permis de faire arriver les vivres, en sorte que nos soldats ont vécu de ce qu’ils trouvaient chez les paysans et notamment de pommes de terre. Aussi ont-ils donné à la bataille d’Eylau le nom de Niema Cleba, parce que Cleba en polonais signifie pain et Niema, il n’y en a point. On m’avait tant étourdi des fatigues et des horreurs de la guerre que je les ai trouvées beaucoup au dessous de l’idée que je m’en étais formée, du moins par rapport à moi et à tous ceux qui, comme moi, ne sont pas militaires. En effet, on ne se fatigue pas beaucoup à voyager dans une voiture bien suspendue, bien formée et bien approvisionnée ; et il est vrai qu’on n’a pas toujours un bon lit, mais personne n’est moins difficile pour le coucher que moi. À l’égard des horreurs, je ne vois pas grande différence entre un champ de bataille et un amphithéâtre d’anatomie ; aussi je puis dire, sans affecter une dureté de cœur que je n’ai point, que j’ai parcouru tous les champs de bataille sans éprouver aucune émotion par la vue des corps dont ils étaient couverts. Je trouvais toujours au contraire, qu’il n’y en avait jamais assez, s’entend des corps des Russes »…
Après une série de batailles qui se termine par Friedland, les pourparlers s’engagent (7 lettres écrites de Finkenstein et Morunghen, et 10 lettres de Tilsitt entre mai et juillet 1807). Finkenstein 13 mai 1807 : « Hier, un des personnages les plus marquants de l’armée russe, le prince ou le comte de LABANOFF est venu en mission auprès de notre Empereur qui l’a fait dîner avec lui, et je sais de bonne part que le grand Napoléon a bu à la santé de l’Empereur Alexandre et des braves qui composent son armée, et que Mr de Labanoff a bu de la part de son maître à la santé de l’Empereur Napoléon. Tu juges aisément de la joie que ces symptômes précurseurs de la paix causent à tous les Français qui sont sur la rive gauche du Niémen, et à moi en particulier »... 2 juin : « l’empereur étant allé à Dantzig depuis trois jours, je ne peux pas me servir de la voie du courrier du cabinet pour te faire parvenir mes lettres [...] Je suis resté à Finckenstein avec Mr TALLEYRAND, le général Savary, Mr Tascher cousin de l’Impératrice »… 5 juin : « L’empereur revint avant hier au soir de Dantzig en bonne santé. Cette ville en sera quitte pour 15 millions. Mr le Maréchal LEFEBVRE qui en a fait le siège a reçu une récompense digne de notre auguste monarque. Sa Majesté l’a nommé Duc de Dantzig, avec une pension de 100 mille francs »... Morunghen 8 juin : « je suis parti de Finckenstein hier matin. L’empereur était parti la veille. Toute l’armée est en mouvement et probablement il y aura une grande affaire d’ici à quelques jours [FRIEDLAND 7 jours plus tard] ; à moins que l’ennemi ne se retire comme on le craint. [...] Je crains que ma lettre ne parte pas aujourd’hui parce que l’empereur est à 5 lieues d’ici et que les lettres ne peuvent partir que de l’endroit où est Sa Majesté »... 12 juin : « nous sommes au bivouac. Les deux armées sont en présence ; elles prennent position ; on fait des manœuvres, des marches, des contremarches, et tout annonce une bataille prochaine ; peut-être sera-ce aujourd’hui, il est cinq heures du matin. Les jours précédents il y a eu des combats dans lesquels nous avons toujours été victorieux. Le général GUYOT dont ton frère est aide de camp a été tué »... Tilsit 21 juin : « Nous sommes arrivés hier sur le Niémen en même temps que les Russes. L’ennemi, après avoir passé ce fleuve, a brûlé le pont. Le soir il y a eu des pourparlers et tout annonce une suspension d’armes. Il est probable que le Roi de Prusse auquel il ne reste plus rien maintenant viendra à Jubé, et qu’on fera la Paix. L’Empereur n’a point nommé encore à la place de chirurgien consultant. Mr LARREY désire beaucoup cette place, tu devineras aisément le motif qui a engagé ses amis à faire annoncer dans les journaux que Sa Majesté la lui avait accordée »… 25 juin : « les deux Empereurs ont signé une armistice : aujourd’hui ils ont eu une entrevue dans une baraque qu’on a construit sur le milieu du Niémen. On n’en connaît point encore le résultat, mais on augure bien pour une paix prochaine »... 29 juin : « La petite ville de TILSIT réunit les deux premiers empereurs du monde et le Roi de Prusse. Ces trois souverains travaillent au grand œuvre de la paix ; mais tu penses bien que Napoléon est le maître ouvrier, le premier compagnon, celui qui, comme disent les artisans, débite l’ouvrage »... 4 juillet : « Tilsit est la ville des prodiges ; et ces prodiges, c’est notre Empereur qui les opère. En moins de trois semaines il a battu les Russes et forcé leur Empereur à demander la paix. Cet Empereur de Russie a l’air franc et loyal, et je trouve qu’il y a de la grandeur d’âme dans sa conduite. Il paraît, ainsi que le Roi de Prusse, rempli d’admiration pour notre Empereur : mais qui n’en serait pas rempli en considérant tout ce qu’il a fait et ce qu’il fait chaque jour. […] L’Europe va lui devoir la paix et la tranquillité dont elle a besoin et après laquelle elle soupire depuis longtems [...] La conduite franche et loyale des deux Empereurs et le mode de négotiation qu’ils ont adopté, rendront cette conclusion facile et prompte. Le prince KOURAKIN me pria le premier jour que je le vis de dire à l’empereur Napoléon, que la seule crainte que lui donnait son indisposition était qu’elle ne l’empêchât de se livrer au travail dont son maître l’avait chargé et qu’elle n’apportât quelque retard à la négotiation. Mais heureusement cette indisposition est assez légère pour permettre au prince Kourakin de travailler tous les jours avec le Prince de Bénévent. [...] Je sors de chez le prince Kourakin ; il est le bon ami des Français et un des plus grands admirateurs de notre héros. Il m’a dit que le Prince de Bénévent et lui ne rencontraient aucune difficulté »... 6 juillet : «la Paix est faite et sera proclamée dans trois ou quatre jours »...
ON A JOINT aux lettres de Boyer 9 lettres de sa fille aînée Adélaïde (plus tard Mme Roux) à son cousin Vareliaud. À la suite ont été reliées d’autres lettres et correspondances familiales, dont des lettres révolutionnaires de l’artilleur Joseph BARRIS, et une belle correspondance d’une douzaine de lettre de Dom Raymond DESPAULX (1726.1818), bénédictin et savant, directeur du collège de Sorèze….
Double ex-libris du château de LAPLAGNE, et de la bibliothèque de M. LAPLAGNE-BARRIS.