NAYARIT

NAYARIT

Les sculptures anthropomorphes du Nayarit appartiennent à une large tradition de statuaire céramique funéraire développée dans l’aire occidentale de la Mésoamérique (100 av. J.-C. - 250 apr. J.-C.). Dite «culture des tombes à puits», cette période se distingue par l’aménagement de structures souterraines où étaient déposés les défunts, avec un riche mobilier funéraire. Les statuettes anthropomorphes et zoomorphes y occupaient une place importante, comme les scènes de genre : maquettes de maison avec ses occupants, fêtes et cérémonies collectives.

Cette culture entretenait des relations étroites avec les populations voisines de Jalisco et Colima, avec lesquelles elles partageaient de nombreux aspects de la poterie et des rituels mortuaires. Les objets appartenant à ce style sont classés selon leur degré de réalisme ou d’abstraction. Les spécificités artistiques de ces céramiques sont souvent des représentations de guerriers casqués tenant une lance, des femmes enceintes ou assises avec leur enfant, des couples enlacés aux traits caricaturaux et des maquettes figurant des constructions ou des terrains de jeu de balle avec de petits personnages très vivants.

La tradition du Nayarit se distingue par sa diversité formelle, tendant vers un certain réalisme ou, au contraire, vers un schématisme proche de l’abstraction. L’usage de la couleur y est très poussé, contrairement aux cultures Colima et Jalisco. Le style chinesco (dont l’appellation vient d’une ressemblance fortuite avec des traits propres à l’art chinois) est réputé pour la beauté de ses statues féminines, fréquemment couvertes de peintures corporelles géométriques. Parfois debout, elles sont plus conventionnellement assises sur les talons, mains sur le ventre, ou jambes tendues, mains sur les hanches ou les cuisses. Ces statues féminines sont remarquable par la qualité du modelage et les détails des parures et de la coiffure. Les formes généreuses du bas du corps et le délicat traitement en font de véritables Vénus callipyges. Très couramment, le profil met en évidence l’étirement du crâne, qui plus qu’un simple trait stylistique, évoque une déformation crânienne, pratique culturelle répandue dans toute la Mésoamérique.

Les statuettes les plus connus sont les chinescos mais aussi les joueurs de tambour de style cornudos ou zacatecas, qui portent des antennes sur la tête, des ornementations de nez et d’oreilles (grandes boucles) et des vêtements type bonnets, jupes et capes. Ils ont la particularité d’avoir des visages triangulaires ou rectangulaires, des yeux fins et allongés, des personnages assis ou couchés avec de courtes jambes effilées et des personnages filiformes aux troncs démesurément allongés. Ces figures humaines sont assez naturalistes, bien qu'elles présentent certaines déformations, telles que l'allongement et la stylisation des formes du corps, pour obtenir une silhouette plus expressive. On remarquera particulièrement certaines représentations féminines dressées tenant des vases, assises, agenouillées ou allongées. Aussi ces statues de femmes assises nommées des «parturientes», car certaines ont les mains posées sur un ventre rebondi, véritables figures de la fécondité ou leur place dans le tombeau, aux côtés des morts, suggère la croyance dans un au-delà mystérieux et insaisissable reproduisant les grandes étapes de l’existence.
Des scènes anecdotiques font ainsi revivre un monde disparu, celles de couples dansant, présentation modelée de funérailles, notamment la cérémonie rituelle du volador « Hommes volants », une danse de fertilité exécutée par plusieurs groupes pour exprimer leur respect et leur harmonie avec la nature et le monde spirituel. Ces céramiques sont ainsi l’un des rares vestiges de cette civilisation de cultivateurs, de chasseurs et de pêcheurs, ayant connu un déclin brutal, probablement dû à des bouleversements écologiques.