Jean-Michel FRANK

Jean-Michel FRANK

Jean-Michel Frank né à Paris le 28 février 1895, d’une mère fille de Rabbin et d’un père banquier.
La Première Guerre mondiale lui prendra successivement ses deux frères et son père, qui se suicide en 1915 après que ses origines allemandes aient motivées le refus de sa demande de naturalisation. Il perd ensuite sa mère en 1919, et se retrouve à la tête d’une petite fortune.
Le jeune homme voyage alors dans le monde entier et fréquente la société artistique et mondaine de l’époque, au sein de laquelle il se fait des amis pour qui il s’improvise décorateur.

C’est ainsi qu’il décore en 1921 la garçonnière de Pierre Drieu La Rochelle, avec une nudité radicale qui annonce déjà les canons de son style minimaliste : murs blancs, quelques meubles et un unique vase cubique en verre.
Puis, en 1925, Jean Michel Frank s’installe rue de Verneuil et fait de la décoration de son appartement un véritable manifeste de son style. Il met à nu les espaces (notamment en décapant les lambris XVIIIe) et leur confère des proportions singulières où s’exprime un mélange de matières luxueuses avec d’autres, plus brutes et inusitées.
La plus marquante ici est la paille organisée en motifs rayonnants, que Frank va détourner de la tabletterie à la décoration intérieure en en tapissant le plafond et les murs de son fumoir.

Cet aménagement radical lui permet d’apparaître dans la presse spécialisée et, par suite, il réalise une quinzaine de chantiers pour des clients fortunés, épris de radicalité et en quête de décors uniques éloignés des répétitions et de certaines outrances de l’Art déco.
Ainsi des deux pièces aux murs gainés de parchemin et du salon marqueté de paille dans l’hôtel du couple De Noailles en 1926, de l’appartement d’Elsa Schiaparelli en 1927 ou du penthouse de Templeton Crocker à San Francisco en 1929.

Au gré de ses aménagements d’intérieurs, Jean Michel Frank refuse systématiquement l’affectation décorative. Des harmonies sobres et subtiles de brun, de beige et de blanc rythment ses espaces où rien ne brille, où la matière est mate et jamais n’offense par son éclat.
Frank va jusqu’à faire subir des traitements « d’appauvrissement » aux matières pour servir son esprit d’ascèse. Il sable et céruse les bois qu’il travaille à la gouge ou à l’herminette et ne les vernira jamais. Il patine les bronzes. Il réduit les meubles à des formes rectilignes dont il rend charnières et montages invisibles. Les espaces sont ainsi vidés de tout superflu, en des décors où ne subsistent que les meubles véritablement utiles à la vie de tous les jours. C’est « un étrange luxe du rien » selon la formule de François Mauriac, qui confia en 1931 la décoration de son appartement parisien à Jean-Michel Frank et décrivit ainsi son nouvel intérieur tel que pensé par l’artiste : « rien sur les murs, rien sur les meubles ; pas de couleurs, hors le blanc et le beige. Aucune faute de goût ne semble plus à craindre : c’est l’esthétique de la sécurité dans le renoncement ».

En 1930, Frank s’associe avec Adolphe Chanaux (qui a alors déjà travaillé pour André Groult et Jacques Emile Ruhlman). De cette collaboration naît une gamme de meubles et de luminaires aux formes minimalistes et d’une grande originalité dans le choix des matériaux où la paille, la toile de jute ou l’ardoise côtoient le bronze, le bois ou le galuchat. Le style de Frank s’adoucit alors, et le décorateur réunit autour de lui des talents à qui il avait déjà commandé quelques créations : Serge Roche, Emilio Terry, et Alberto et Diego Giacometti pour le travail du plâtre, les selleries Hermès pour le cuir ou Christian Bérard pour les tapis.
Les objets fabriqués par Frank et Chanaux sont conçus pour être reproductibles, suivant leur succès commercial. C’est ainsi que l’on retrouve un certain nombre d’entre eux dans les différents aménagements orchestrés par Frank et ses confrères.
Cette collaboration artistique se révèle aux yeux de l’élite parisienne en 1935 avec l’ouverture d’un magasin situé au 140 de la Rue du Faubourg Saint Honoré. La boutique Frank et Chanaux se voit confier la même année l’aménagement de l’appartement de Jean-Pierre Guerlain, de sa boutique de parfumerie place Vendôme et de son institut de beauté des Champs-Elysées.
En 1936, ils décorent la luxueuse villa de Raymond Patenôtre à Nice et l’appartement de Claire Artaud. En 1938, une salle à manger pour Nelson Rockefeller, à New York.

En 1939, c’est encore la guerre qui bouleverse le destin de Frank quand les ateliers Chanaux ferment définitivement leurs portes avec la déclaration de guerre. Par suite, il quitte la France pour l’Argentine en juillet 1940, fuyant l’Europe en guerre pour reprendre là-bas ses activités de décorateur. Après quelques mois à Buenos Aires, il part pour New York où, fatigué de subir les ostracismes de son siècle, il se donne la mort le 8 mars 1941. Au cours d’une carrière fulgurante et d’une vie aussi paradoxale que mystérieuse, Jean Michel Frank aura inventé « une ruineuse pauvreté et cette étrange indigence qui n'est pas à la portée de toutes les bourses ».