Francis PICABIA

Francis PICABIA

Durant les soixante-quatorze années de sa vie, Picabia explore la plupart des mouvements artistiques de son temps. Enfant unique, Picabia est le fils d’un mariage de l’aristocratie espagnole et de la bourgeoisie française. Picabia a sept ans quand sa mère meurt de la tuberculose. Un an plus tard, sa grand-mère maternelle disparaît à son tour. L’enfant échappe à la solitude et à l’ennui de cette “maison sans femme” grâce au dessin et à la peinture.

Très tôt, il fait preuve d'une grande indépendance de caractère ; simultanément, son talent artistique s'affirme. Après une scolarité tumultueuse, Picabia commence son apprentissage en 1895 à l’Ecole des Arts décoratifs. En 1899, il fait ses débuts au Salon des Artistes Français. Ce n’est qu’après 1902 qu’on ressent dans la peinture de Picabia l’influence de Pissarro, et surtout celle de Sisley. C'est alors que commence sa période impressionniste. Il expose au Salon d’Automne et au Salon des Indépendants, ainsi qu’à la galerie d’avant-garde de Berthe Weill. Succès et notoriété ne tardent pas. Picabia signe un contrat avec la prestigieuse Galerie Haussmann.

De 1905 à 1908, Picabia séjourne deux fois à Martigues et réalise de nombreux paysages de style impressionniste de la ville et de ses canaux. En 1905, le propriétaire de la galerie, organise la première de trois expositions consacrées à Picabia, c’est le début d'une période prolifique durant laquelle il perfectionne sa technique impressionniste. L’approche de Picabia est en adéquation avec les concepts de la fin du XIXème siècle : l’art n’est pas considéré comme une reproduction de la nature mais comme l’expérience émotionnelle de l’artiste face à celle-ci.

Alors que sa réputation est bien établie après son exposition à la galerie Georges Petit en 1909, Picabia abandonne le passé et la place prestigieuse qu’il y occupe déjà pour s’embarquer dans l’aventure de l’art moderne. La même année il épouse Gabrielle Buffet, une jeune musicienne d’avant-garde, qui sera pour lui un stimulant intellectuel tout au long de sa vie. Durant toute cette période, Picabia est à la recherche de son propre langage pour transcrire son état intérieur. Il expose régulièrement dans les salons.

Son aquarelle Caoutchouc de 1909 (Musée national d'Art moderne, Paris), qui avait été antidatée de 1907, fut considérée plusieurs années plus tard, en 1930, comme une des œuvres pionnières et fondatrices de l'art abstrait et pourrait représenter des balles de caoutchouc, comme dans La Petite fille au ballon de 1908 de František Kupka. Marqué par la Broyeuse de chocolat et le concept de ready-made de Marcel Duchamp, il confectionne, dès 1913, une série d'œuvres où il reprend l'esthétique du dessin industriel, recopiant ou simplifiant des images qu'il trouvait dans le magazine scientifique La Science et la Vie.

De 1913 à 1915, l’artiste se rend plusieurs fois à New York et prend une part active dans les mouvements d'avant-garde, introduisant l'art moderne sur le continent américain. En 1916, après une série de compositions « mécanistes », où il traite les objets manufacturés avec une distante ironie, il lance à Barcelone la revue 391 et se rallie au dadaïsme. Il rencontre Tristan Tzara et le groupe dada de Zurich, en 1918 après avoir côtoyé à New York Marcel Duchamp, Man Ray, Arthur Cravan et Henri-Pierre Roché.

Il multiplie les petites toiles de nombreux genres, parfois même inspirées de magazines pornographiques. En butte à des ennuis de santé, ses derniers tableaux relèvent du minimalisme. À la fin de l'année 1951, Picabia souffre d'une athérosclérose paralysante qui l'empêche de peindre et meurt deux ans plus tard.