Bernard BOUTET DE MONVEL

Bernard BOUTET DE MONVEL

Bernard Boutet de Monvel est né en 1884 à Paris et mort en 1949 aux Açores. Il est à la fois peintre, graveur, illustrateur, sculpteur et décorateur.

Dès ses seize ans, Boutet se destine à devenir peintre. Il étudie d’abord la peinture auprès de son père, Louis-Maurice Boutet de Monvel, peintre et illustrateur pour enfants. Par la suite, il suit les cours du sculpteur Jean Dampt et du peintre et illustrateur Luc-Olivier Merson. C’est au cours de cet apprentissage qu’il rencontre le peintre américain Louis Mclellan Potter qui l’initie à l’eau-forte, médium dans lequel il se spécialise. Ses eaux-fortes font rapidement sa notoriété, notamment par la grande maîtrise technique dont fait preuve l’artiste. Il s’oriente plus particulièrement vers la pratique d’eaux-fortes en couleurs et représente essentiellement des portraits et des paysages.

Bernard Boutet de Monvel pratique aussi la peinture à l’huile. Il représente d’abord des paysages bucoliques français dans un style notamment influencé par James McNeill Whistler. Les visions champêtres des alentours de Nemours qu’il propose alors sont marquées par l’impressionnisme : sa touche est empâtée et use de couleurs vives. À la suite d’un voyage à Florence en 1904, son style se fait pointilliste, vibrante et lumineuse.

Il commence à produire des portraits qui rencontrent un certain succès jusqu’aux États-Unis où son œuvre est exposée dès 1907. En 1909, Bernard Boutet de Monvel expose un tableau intitulé Esquisse pour un portrait, daté de 1908. Cette œuvre marque un changement dans sa manière devenue alors particulièrement géométrique. Le sujet, un dandy représenté place de la Concorde à Paris, est entièrement construit à la règle et au compas. Cette peinture dite « rectiligne » est largement moquée par la critique. Néanmoins, la facture lisse de ses toiles et dessins, la grande minutie et l’attention au détail font de lui un précurseur du style Art Déco qui s’épanouit dès les années 1920 en Europe et aux États-Unis.

Les personnages particulièrement masculins de Bernard Boutet de Monvel, très élégants, se retrouvent aussi dans de nombreuses illustrations de mode diffusées par des revues telles que la Gazette du Bon Ton et Harper’s Bazar. Sa facture précisionniste est particulièrement appréciée par le public américain. Portraitiste des bourgeois et dandys, la bonne société américaine de l’époque se presse dans ses ateliers de Palm Beach et de New York. Très populaire, on compte notamment parmi ses admirateurs les familles Astor, Whitney et Rockefeller.

Boutet de Monvel expose ses œuvres au Salon des artistes Français comme au Salon d’automne dès 1903. Il rencontre alors un certain succès et participe ensuite à diverses expositions collectives.

C'est en tant que militaire que Bernard part en Macédoine en novembre 1915, il se fait affecter au Groupe de bombardement d’Orient (GBO), basé à Salonique. Après plusieurs accidents d’avion et la disparition de plusieurs de ses pilotes, Bernard Boutet de Monvel, dont le courage fut maintes fois salué, quitte la Macédoine en juin 1917, décoré de la Légion d’honneur et de cinq citations. Il demande à être affecté au Maroc et s’installe à Fez en octobre 1917. À la demande du général Lyautey, qui était alors Résident général de France au Maroc, il reprend ses pinceaux qui n’avait plus touché depuis la déclaration de guerre. De sa terrasse, il peint la ville de Fez à toutes les heures du jour, dont les murs, à la matière solide qu’il maçonne au couteau et synthétise à l’extrême, deviennent une juxtaposition de rectangles que délimitent rigoureusement des segments de droites tracés à la règle. Mais de Fez, il peint également ses ruelles vides ou animées, ses mendiants, ses porteurs d’eaux, ses esclaves noires ou ses femmes en haïks, mais toujours comme un témoin respectueux qui jamais ne cherche à forcer l’intimité, à dévoiler le regard ou le corps. Il peint également Rabat, dont il capte en des toiles fortement imprégnées d’arrangement décoratifs, les femmes voilées de blanc et assises sur les terrasses des maisons. Au vaste aplat bleuté de la façade, qui occupe l’essentiel de la composition, répond alors leurs silhouettes compactes regroupées dans la moitié supérieure du tableau. Enfin, il peint Marrakech, dont il saisit essentiellement les processions d’ânes ou de chameaux devant les murailles, et les palmiers dont les feuillages s’inscrivent dans un cercle parfait tracé au compas.
Démobilisé en mars 1919, Bernard Boutet de Monvel laisse en un an et demi une vision singulière et puissante du Maroc, loin des clichés orientalistes: une vision s’attachant à dégager les lignes de force et les valeurs de cette architecture séculaire, une vision n’ayant jusqu’alors pas d’égal et ayant, pour cette raison, profondément influencé son ami Jacques Majorelle,
Ses peintures et ses bas-reliefs marocains, que Bernard Boutet de Monvel considéra toujours comme la plus belle partie de son œuvre, furent exposés en 1925 à la galerie Henri Barbazanges31, sous le haut patronage du maréchal Lyautey. Le texte d’introduction au catalogue, que rédigèrent à cette occasion Jérôme et Jean Tharaud, s’achevait par ces mots : (« Du Maroc ») « Boutet de Monvel a fixé l’apparence d’un jour et de toujours juste au moment où cette profonde unité risque de disparaître ; à l’instant dramatique où la vieille cité d’islam commence à sentir peser sur elle la menace de notre civilisation.

Bernard Boutet de Monvel s’essaye aussi à la décoration intérieure et décore les hôtels particuliers de riches commanditaires tels que l’hôtel parisien de Jean Patou en 1923 ou la villa de Jane Renouardt à Saint-Cloud, entre 1924 et 1925.

Cet artiste protéiforme voit sa carrière s’arrêter brutalement lorsqu’il décède dans l’accident d’avion du Paris-New York d’octobre 1949.