La vente Modernités arabes, africaines et indiennes, organisée par la maison Millon, le 15 décembre 2025 a marqué un tournant dans la reconnaissance des scènes artistiques extra-occidentales à Paris. Si le marché de l’art indien reste historiquement dominé par les places anglo-saxonnes, cette vacation a démontré que Paris s’impose désormais comme un pôle crédible pour les modernités globales, porté par des provenances fortes, des acheteurs internationaux et l’engagement constant de Millon à valoriser des artistes encore peu visibles en France.
Scène indienne : des enchères records pour Laxman Pai et Sakti Burman
Deux artistes majeurs de la modernité indienne ont brillé dans cette vente. Le lot 136, une œuvre de Laxman Pai, a été adjugé à 36 000 €, largement au-dessus de son estimation (6 000 – 8 000 €). Conservée depuis 1957 dans une collection particulière parisienne, acquise directement auprès de la galerie Minet, cette œuvre était restée plus de 40 ans hors du marché. Le lot 135, une toile de Sakti Burman, provenant également d’une collection française ancienne (galerie Robert Hamoune, même période), a rencontré également un bel accueil. Dans les deux cas, les œuvres ont été acquises par des acheteurs indiens, un signal fort : ces collectionneurs, qui misaient jusqu’alors à Londres ou New York, enchérissent désormais directement à Paris. Avec cette vacation, Millon confirme son rôle pionnier dans la mise en lumière de la scène artistique indienne moderne, encore trop rarement représentée en France.
Scène algérienne : des prix records pour les œuvres des années 1980 de Baya
La scène algérienne a constitué un moment fort de la vente, portée notamment par Baya, dont les œuvres des années 1980 et 1990 ont atteint des prix records pour cette période.
Les lots 65 et 66, tous deux datés des années 1990, ont été vendus à 42 000 € chacun. Le lot 63, une œuvre des années 1980, a atteint 48 000 €, tandis que le lot 64, intitulé La Femme aux oiseaux, a signé le sommet pour Baya lors de cette vacation, avec une adjudication à 55 000 €.
Ces résultats marquent une reconnaissance sans précédent pour la production tardive de l’artiste, longtemps restée dans l’ombre de ses premières œuvres des années 1940–50. À leurs côtés, une toile de Issiakhem, peinte entre 1982 et 1983 (lot 62), s’est vendue 39 000 €, confirmant l’intérêt constant pour ce maître de l’art moderne algérien. Enfin, une œuvre de Ben Bella, figure de la génération suivante, installée en France dans les années 1970, est venue compléter cette sélection forte, aux côtés de deux artistes marocains : Chaïbia et Belkahia, également bien accueillis.
Afrique subsaharienne : une scène émergente qui s’affirme
Côté Afrique subsaharienne, la vacation a permis de mettre à l’honneur plusieurs artistes de l’École de Dakar, avec notamment une œuvre d’Amadou Seck issue d’une collection particulière. Bien que ce ne soit que la deuxième vente organisée par Millon intégrant des artistes subsahariens, la réception a été très encourageante. Ce ne sera pas la dernière : la maison s’engage à poursuivre ce travail de fond pour accompagner la structuration de ce segment de marché. Le dialogue avec les collectionneurs s’intensifie, et les provenances solides confèrent une légitimité précieuse à cette nouvelle visibilité donnée aux modernités africaines à Paris.
Millon, moteur d’un nouveau regard sur l’art moderne non occidental
Avec cette vacation, Millon confirme son rôle de pionnier dans la valorisation des scènes artistiques trop longtemps restées à la marge du marché parisien. À travers des ventes construites sur des corpus cohérents, des œuvres restées en collection privée pendant plusieurs décennies, et une vraie stratégie d’ouverture internationale, la maison de ventes s’impose comme un acteur central de la redéfinition du marché de l’art moderne à Paris. Dans un contexte d’ouverture globale, où les collectionneurs s’intéressent de plus en plus aux récits croisés de la création artistique, Millon fait figure de passerelle entre héritages, transmissions et nouvelles géographies de l’art.