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Diego GIACOMETTI- 1902-1985

Diego Giacometti, "Autruche", circa 1977
Diego dans son atelier par Martine Franck - 1978

"J'ai aimé mon frère plus que ma vie comme me l'a appris mon père."[1]

 

Diego Giacometti naît à Borgonovo (Suisse) en 1902, treize mois après son frère Alberto.Son père (Giovanni) est peintre impressionniste et son oncle (Augusto) participe des précurseurs des tachistes des Années 1950. Pourtant, le jeune Diego ne manifeste que peu d’intérêt pour les études et ne semble nourrir aucune vocation artistique. Cette attitude à rebours de la tradition familiale s’explique sans doute par le poids d’un frère ainé précoce, qui manifeste une impérieuse maîtrise artistique dès 13 ans et aura toujours les faveurs de leur père. Il suivra donc sans entrain des cours de commerce, avant de vivre d'expédients et de petits boulots. Inquiète face à ce mode de vie, sa mère l’enjoint en 1925 à retrouver son frère Alberto à Paris … où Diego commencera par courir la vie nocturne et voyager à l’étranger. Ces atermoiements le mèneront ultimement en Égypte, où il découvre le mobilier funéraire antique et les animaux votifs du Musée du Caire qui semblent avoir durablement marqué son imaginaire et sa sensibilité.

En 1927, Diego Giacometti s’installe définitivement avec son frère dans un atelier de la rue Hippolyte-Maidron et s’appliquera à être l’indispensable praticien de son géant de frère. Durant quatre décennies, c’est lui qui réalisera les moulages en plâtre, le polissage les armatures métalliques et les patines des bronzes d’Alberto qui, fraternellement, reconnait en lui son "autre paire de mains"[2]. Diego Giacometti était d’un caractère discret et effacé au point que Jean Genet disait de lui qu’il "avait fini par prendre la couleur de la poussière"[3]. Pour autant, ce dévouement taciturne à son frère et sa personnalité dévorante n’entamèrent jamais ni son naturel ni son indépendance. Davantage alter ego que suiveur effacé, Diego fût également le modèle favori d’Alberto, au point de devenir l’archétype de ses mystérieuses têtes d’hommes. Durant les Années 30, le décorateur Jean-Michel Frank fait appel aux frères Giacometti pour la création de luminaires et d’objets d’art en bronze et en plâtre. Là encore, c’est Alberto qui conçoit et Diego qui réalise. À travers cette collaboration - qui dure jusqu’au décès tragique de Jean-Michel Frank en mars 1941 – Diego Giacometti rencontrera toutefois une partie des grands couturiers, galeristes et amateurs mondains qui seront plus tard le noyau de sa propre clientèle.

Alors que la Seconde Guerre Mondiale fait rage, Alberto est retenu en Suisse à partir de 1942 et Diego reste à Paris, avec sa compagne Nelly. Séparé malgré lui de son frère, il accepte différents travaux parmi lesquels la conception de flacons de parfum et de présentoirs. Ce faisant, Diego Giacometti étend son exercice de la sculpture aux "arts décoratifs" et commence à assumer son propre génie inventif et esthétique. Alberto revient à Paris après la Libération et retrouve avec bonheur son frère, qui recommencera à l’assister mais dont il encouragera l’émancipation créatrice. Diego Giacometti commence ainsi à produire des sculptures animalières et du mobilier en métal (un domaine volontairement éloigné du travail de son frère). Son premier animal recensé est un petit oiseau, qu’il pose en 1947 sur un lustre commandé à son frère. Quelques années plus, pour les cinquante ans d'Alberto en 1951, Diego imagine un candélabre orné de deux têtes de chevaux et à cinq bras de lumière, un par décennie, où l’ardeur du modelé le dispute à la poésie décorative et à la symbolique.

C’est à compter de cette année 1951, également, qu’il commence à créer pour les époux Maeght des meubles et objets décoratifs pour leur villa. Sous les doigts de Diego Giacometti se fait alors jour un bestiaire imaginaire, poétique et gracieux. Ces animaux qu’il sculpte pour venir les poser sur les branches des lampes, sur les entretoises des meubles, séduisent rapidement d’autres amateurs. Parmi eux notamment Pierre Matisse (qui représente Alberto en Amérique), le producteur de cinéma Raoul Lévy ou le couturier Hubert de Givenchy. Des ensembles complets lui seront également confiés comme le mobilier de la Fondation Maeght à Saint-Paul de Vence dont les travaux débute en 1962. Terrain d’expression du sacerdoce fraternel, le travail de Diego Giacometti reste étroitement imbriqué avec celui d’Alberto. Ainsi et en 1964, c’est en duo qu’ils réalisent leur célèbre "Chat maître d’hôtel", serviteur inattendu des oiseaux dessiné par Alberto et sculpté par Diego.

Puis, en 1966, Alberto meurt. La perte de son frère bouleversa Diego Giacometti qui se livrera alors entièrement à son travail. Cette dernière période dans sa création est celle où s’exprime le plus sa personnalité. Ses meubles s’érigent en véritables sculptures aux ossatures de bronze comme autant de tiges feuillagées parmi lesquelles veillent des hiboux, des chiens, des cervidés, des oiseaux ou des chats. Pour sa production personnelle, Diego Giacometti travaillera presque uniquement sur commande. "Elles sont un terrain fertile pour l’imagination", confie-t-il.[4] Ses clients historiques continuent à le soutenir, rejoints par d’autres amateurs, tant en France qu’aux Etats-Unis (par le truchement de Pierre Matisse). Ils devront se montrer patient car Diego produit peu. Se définissant comme "meublier", il prend en effet le temps nécessaire à faire de chaque meuble une œuvre unique dialoguant avec le savoir-faire artisanal ancestral. Cinq ans après le départ de son frère, celui dont l’art est désormais connu, reconnu et consacré s’autorise à signer ses œuvres. Considérant qu’un "Giacometti " s’entendait d’une sculpture de son frère ou d’un tableau de son père ou de son oncle, il signera simplement "Diego". Jusque-là il n’identifiait ses créations que par un monogramme calligraphié dans le plâtre ou frappé au marteau dans le bronze. Par contre, l’artiste refusera toujours d’exposer ses œuvres, vivant en artisan parmi ses chats et son mobilier puissamment poétique et à la présence sculpturale. Humblement, il continuera à dompter le plâtre et le traduire en bronze jusqu’à être fauché par une crise cardiaque le 15 juillet 1985, peu de temps avant que le public puisse admirer sa dernière œuvre : le mobilier et les lustres créés pour le Musée Picasso.

Toujours sage et généreux face à son fatum "d'artisan-poète"[5], Diego Giacometti aura patiemment développé un vocabulaire visuel unique, où la Nature s'égaille avec humour et fantaisie. Intime des deux frères, le photographe Henri Cartier Bresson la résumait ainsi : 

"Dans son œuvre se fondaient un rythme venu du fonds des temps, une sobriété et un humour où les arbres, les oiseaux, les grenouilles venaient le rejoindre."[6] 


[1] N.O.S sur le morceau "Deux Frères" de l'album éponyme du groupe PNL, 5 avril 2019, QLF Records.

[2] in Daniel Marchesseau : Diego Giacometti, Hermann éditions, 2005, page 30.

[3] in L’Atelier d’Alberto Giacometti, 1967.

[4] dans l’une de ses rares interviews pour le numéro d’aout 1983 du mensuel américain Architectural Digest.

[5] selon la formule de Daniel Marchesseau, op. cit.

[6] op. cit. page 24

 

Oeuvres de Diego Giacometti

La Maison de ventes aux enchères MILLON vend régulièrement des œuvres de Diego Giacometti. Florian Douceron, clerc spécialiste du département Art Déco-Design, vous décrypte une œuvre de l'artiste adjugée 18 000 euros lors de la vente aux enchères "Masters" organisée par le département Arts Décoratifs du XXe siècle

Diego Giacometti : "Tête du chien Willy", circa 1980
Diego Giacometti : Tête du chien Willy, circa 1980

 

Réalisée autour de 1980, cette sculpture représente la tête du "chien favori"[2] de Madame Gruber, que Diego Giacometti dispose aux quatre coins d’une table berceau imaginée spécialement pour elle. Georges Gruber, est la femme du peintre Francis Gruber, qui se lia d’amitié avec les frères Giacometti dont l’atelier jouxtait le sien, rue Hippolyte-Maidron. En 1942, Diego réalisa d’ailleurs un petit miroir en terre vernissé pour son ami. Plus tard, sur demande de Georges, ce seront quatre sculptures d’oiseaux fantastiques qui viendront orner les quatre coins de l’atelier du peintre. Ces réalisations sont de celles qui voient Diego commencer à exercer sa sculpture hors de la pratique pour son frère (que la Seconde Guerre Mondiale retient en Suisse).

Notre "Tête du chien Willy", elle, est à replacer dans la dernière période de création d’un Diego Giacometti maître de son art, libre d’y exprimer sa personnalité et qui travaille essentiellement sur commande. Pour son amie Georges Gruber, il réalise le "portrait" d’un fidèle compagnon. Une démarche exceptionnelle dans l’œuvre d’un sculpteur qui préférait suivre son imagination et ses souvenirs. "Portraitiste" ici, Giacometti reste néanmoins le maître de l’esquisse et de l’impression formelle d’un sujet qu’il essentialise plus qu’il ne représente.

On sait de par ses différents biographes que Diego Giacometti faisait éditer à partir de ses modèles définitifs de plâtre des bronzes uniques ou des séries, qu’il se faisait livrer bruts à l’atelier. L’artiste réalisait en effet lui-même ses patines, exercice dans lequel il excellait au point que le fondeur Gianini (chez qui il travailla dans les années 40) le surnommait "l'As des patines". Témoin de cette manière, notre tête a conservé dans le bronze le modelé du plâtre et des flexions vives et puissantes imprimées à la matière par le sculpteur. Avec sa texture vibrante que vient caresser la lumière, cette tête de chien est une présence à la fois familière et mystique, qui n’est pas sans évoquer les animaux votifs du Musée du Caire découvert durant ses voyages de jeunesse. Diego Giacometti aimait les animaux. Il vivait parmi les chats, tandis que son œuvre regorge d’un bestiaire tendre et fantasque. Humble et réservé, il avait pour les animaux cette tendresse et cette connivence qu'eurent aussi saint François d'Assise ou Colette. Aussi, et face au portrait du "Willy" chéri de son amie Georges Gruber, on pensera aux mots de l’autrice[3] : 

"Loin de moi de vous oublier, chiens chaleureux, meurtris de peu, pansés de rien. Comment me passerais-je de vous ? Je vous suis si nécessaire… Vous me faites sentir le prix que je vaux."

 


[1] Jacques Prévert, premiers vers du poème "Tant pis" in Fatras, 1966.

[2] in Daniel Marchesseau : Diego Giacometti, Hermann éditions, 2005, page 82.

[3] dans sa nouvelle "Amour" in Les Vrilles de la vigne, 1908

 

Diego Giacometti, sculpteur suisse (1902-1985)

Vous souhaitez en savoir plus sur Diego Giacometti, son oeuvre et sa cote ? Né le 15 novembre 1902 à Borgonovo (Suisse) et mort le 15 juillet 1985 à Neuilly sur Seine, Diego Giacometti est un sculpteur et designer suisse célèbre auprès du grand public notamment pour ses sculptures animalières en bronze. Son travail est intimement lié à celui de son frère aîné, Alberto Giacometti.

 

Diego Giacometti : prix et cote

De nombreuses œuvres de Diego Giacometti ont atteint des records en salle des ventes. Parmi elles, ces arbres de vie en bronze, emportés pour 2 300 000 euros !

Sculptures en bronze travaillées à la cire perdue, meubles, luminaires ou divers objets en bronze comme des poignées de porte ou des candélabres, l’œuvre de celui que l’on surnommait « l’As des Patines », est riche et variée.

Les pièces de son bestiaire onirique, parmi lesquelles lAutruche, sont particulièrement recherchées et se vendent à prix d’or. La fameuse Autruche est un oeuf d’autruche, enchâssée dans du bronze, signée et monogrammée par l’artiste.

Avant de donner corps à ses œuvres, en glaise, plâtre ou bronze, Giacometti réalisait des esquisses et croquis, au crayon ou au stylo. Ces études animalières ou humaines se vendent aux enchères entre 700 et 5 000 euros.

La valeur d’une œuvre de Diego Giacometti dépend également de la fonderie dont elle est issue (Rudier, Susse, Thinon…), ainsi que du nombre d’exemplaires produits, de la taille et du matériau du sujet. 

Si vous possédez une œuvre de Diego Giacometti, restez prudent : lui qui avait pourtant souhaité que plus rien ne soit produit en son nom après sa mort, a fait le bonheur de nombre de faussaires. Nos experts et spécialistes vous permettront d’authentifier votre œuvre.

Diego Giacometti a commencé à signer ses œuvre d’un simple « Diego » quelques années après la mort de son frère. Son travail était jusqu’alors authentifié par un simple paraphe « DG ».

  1. L’Autruche, un bronze patiné et œuf d’autruche a été adjugée 380 000 euros, le 26 mai 2021 à Paris.

  2. Une autre Autruche a trouvé preneur le 25 mai 2022 à Paris,  pour 360 000 euros.

  3. Le Miracle des Roses, un bas-relief de 1970 a été adjugé, le 9 juin 2022 à New York, 300 393 euros.

  4. Le Chat Maître d’Hôtel a été vendu aux enchères, le 26 mai 2021 à Paris, 280 000 euros.

  5. Une Table Basse « aux boutons » a été vendue aux enchères 200 000 euros, le 6 octobre 2020 à Paris. 

 

Faites estimer et vendez votre œuvre de Diego Giacometti !

Forte de son expérience, notre équipe constituée d’experts et de commissaires-priseurs peut vous fournir une estimation gratuite de votre sculpture Diego Giacometti. Cette estimation prend en compte les résultats obtenus récemment en salle des ventes pour des objets similaires, ainsi que les cotes du marché actuel.

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Our sales results “Diego GIACOMETTI”

Sold to €30,000

Sold the 2013/11/27

Diego GIACOMETTI (1902 - 1985)

L'Autruche
Lot 302

Sold to €18,000

Sold the 2023/11/07

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"Tête du chien Willy avec poils"
Lot 36

Sold to €235,000

Sold the 2020/12/02

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Sold to €155,000

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