Decouvrez l'oeuvre et la vie de Léon Tutundjian, ainsi que sa cote et son prix sur le marché de l'art.
Léon Tutundjian
Biographie
Né en 1905 à Amassia (Empire ottoman), Léon Arthur Tutundjian est un artiste franco-arménien majeur du XXe siècle, reconnu pour son rôle pionnier dans l’art abstrait. Issu d’une famille intellectuelle, il est formé dès l’enfance à la musique, la peinture et la céramique. Fuyant le génocide arménien, il traverse l’Europe avant de s’établir à Paris en 1924, après des séjours en Grèce et à Venise (au monastère arménien de San Lazzaro) où il approfondit sa formation.
À Paris, il rencontre les artistes Ervand Kotchar et David Kakabadzé, qui influencent son exploration des techniques innovantes telles que l’aérographie, le tamponnage sur tissu et l’art biomorphique. En 1929, il cofonde le groupe et la revue Art Concret aux côtés de Jean Hélion, Otto Carlsund et Theo van Doesburg, avant de rejoindre Abstraction-Création. Ses œuvres de cette période, très personnelles, fusionnent géométrie rigoureuse et inspiration organique.
Dans les années 1930, Tutundjian s’oriente brièvement vers un surréalisme coloré et poétique, influencé par Magritte et De Chirico, avant de revenir à l’abstraction après la Seconde Guerre mondiale. Il se consacre jusqu’à sa mort en 1968 à une œuvre cohérente mêlant dessins, toiles et reliefs. Son exigence intérieure, sa marginalité assumée et sa sensibilité scientifique en font une figure atypique et respectée, admirée notamment par Arp, Calder, Herbin ou Van Doesburg.
Style et influences
L’œuvre de Léon Tutundjian se distingue par une étonnante richesse formelle et une constante réinvention. De l’abstraction géométrique aux expérimentations biomorphiques, en passant par le tachisme ou le surréalisme, il explore sans relâche les rapports entre matière, forme et espace.
Les reliefs muraux qu’il réalise dès 1928 – à base de matériaux pauvres (bois, fer, tubes métalliques) – incarnent sa volonté d’art total et concret. Ses œuvres sur papier (plus de 1 000 entre 1925 et 1928) révèlent une finesse d’exécution, une poésie graphique et une rigueur conceptuelle rares. Dans ses phases surréalistes, il développe un style narratif symbolique, où le tableau devient une énigme, un théâtre de l’inconscient. Après 1959, il renoue avec l’abstraction, dans un langage épuré et profondément personnel.
Tutundjian ne cherche pas à appartenir à une école mais à « révéler une essence », selon ses propres mots. Ses inspirations mêlent traditions arméniennes, science, cosmologie, art byzantin et avant-gardes européennes.
Cote et marché de l’art
Tableau des prix (2017–2025)
| Type d’œuvre | Prix bas estimé | Prix haut estimé |
|---|---|---|
| Dessin | 100 € | 50 000 € |
| Peinture | 1 000 € | 500 000 € |
| Sculpture | 1 200 € | 12 000 € |
| Estampe | 3 000 € | 20 000 € |
Des œuvres majeures ont atteint des résultats notables :
Sans titre (1928), huile sur toile, 72,5 x 91,4 cm : adjugée à 183 460 €.
Déjeuner de fruits, huile sur toile : adjugée à 70 500 € en 2011.
Nous avons vendu Composition LTG 066 (1926), gouache et encre sur papier noir, pour 18 000 €.
L’œuvre Visage, LT 261 (1925), encre de Chine sur papier, a été adjugée à 4 200 €.
Analyse de la cote
La cote de Tutundjian connaît un regain d’intérêt marqué depuis les années 2010, portée par la redécouverte des pionniers de l’abstraction non occidentaux. En 2025, sa cote reste stable avec une demande soutenue pour ses œuvres abstraites, en particulier les peintures et dessins des années 1925-1930. Les collectionneurs apprécient l’originalité et la cohérence de son univers plastique.
La répartition des ventes montre un intérêt marqué en France, Allemagne et États-Unis. Ses œuvres sont encore sous-cotées par rapport à d’autres figures de la même époque, ce qui laisse présager un fort potentiel d’évolution.
Comment estimer une œuvre de Léon Tutundjian ?
L’estimation d’une œuvre signée Léon Tutundjian repose sur plusieurs critères :
Technique : les peintures et reliefs atteignent les prix les plus élevés. Les dessins, surtout s’ils datent des années 1925–1930, sont très recherchés.
Dimensions : les grands formats abstraits ou complexes sont mieux valorisés.
Provenance : une œuvre issue d’une collection prestigieuse ou exposée historiquement augmente sa valeur.
État de conservation : les œuvres sur papier doivent être analysées avec attention.
Période de création : la période Art Concret et pré-surréaliste est la plus recherchée.
Rareté et sujet : les œuvres biomorphiques et géométriques se vendent mieux que les compositions figuratives tardives.
Il est recommandé de consulter un expert spécialisé pour une évaluation rigoureuse.
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« Quand Maître Robert parlait des artistes »
En 60 ans de carrière, Maître Robert a traversé le XXème siècle comme l’un des premiers (et des derniers) commissaires-priseurs visionnaires à prendre le risque de regarder un atelier d’artiste comme un trésor à faire découvrir au public et au marché.
Des dizaines de talents, qui, aujourd’hui, parsèment comme une évidence les salons et ventes d’Art Moderne, ont été révélés grâce aux enchères et à ce marteau précurseur.
Voici ce que Maître Claude Robert écrivait au sujet de Léon Tutudjian au moment de le révéler au monde de l’Art.
« Les subtils sédiments (linéaires) de TUTUNDJIAN vont affronter les enchères, une nouvelle fois, et renouer le dialogue avec les amateurs du Vaste Public.
Vers 1930, Jean HÉLION et TUTUNDJIAN se trouvent parmi les promoteurs du mouvement ABSTRACTION – CRÉATION. Et ce mouvement, dans moins de deux ans, fête son cinquantenaire. Où en sont les deux célèbres "éléments" tellement chers à HÉLION, MONDRIAN ou MALEVITCH. TUTUNDJIAN les connaît dans leurs moindres arguments qui l’ont conduit à réfléchir dans l’espace et selon des zones centrales des jugements historiques. L’inspiration vient ici d’une sensibilité toute cérébrale.
L’adhésion prolongée dans les conceptions intellectuelles comme les recherches de l’optimum et l’exactitude ont marqué notre temps d’une empreinte venue d’elle seule (voir entre autres l’historien Georges Pompidou). L’ingéniosité réfléchie qui pense les états ou suggère les combats, les symbolismes des cercles nous laisseraient deviner une compréhension fluente des mathématiques si ne revenait en rien à l’étrange plaisir du concret.
L’espace-temps traversé comme une éponge. N’hésitons pas, à l’occasion, à mentionner cette manipulation du concret comme un des ressorts de l’imbroglio visuel et perceptible. Il en résulte ainsi maintenant une culture dense de son talent en Europe, avec, bien qu’en Amérique, [sic] le jugement du grand Léonce ROSENBERG qui avait tenu à prendre sous contrôle certaines gouaches s’est trouvé amplement confirmé.
Les thèmes chers à TUTUNDJIAN autour des années trente ont eu un impact certain et passionnent notre génération. »