STATUE KUYU KUYU STATUE RÉPUBLIQUE DU CONGO…

Lot 45
60 000 - 80 000 €
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STATUE KUYU KUYU STATUE RÉPUBLIQUE DU CONGO…

STATUE KUYU
KUYU STATUE
RÉPUBLIQUE DU CONGO
Bois
Hauteur: 65 cm.

$ 68,000-91,000

PROVENANCE
Collectée par Aristide Courtois, avant 1938
Collection Madeleine Meunier, Paris, France, avant 1964

PUBLICATION
Bénézech A.M., So-called Kuyu Carvings, African Arts, Vol. XXII, no1, 1988, p. 55, fig.4
Bénézech A.M., L'art des Kouyou-Mbochi de la République Populaire du Congo.
Tradition Artistique et histoire, Thèse d'anthropologie de l'art, Université Paris 1 Sorbonne, 1989, tome 4, p. 569, n° 4.

Répertorié par Anne-Marie Bénézech comme de style I et provenant de la Likouala-Mossaka au Nord-Congo. Les caractéristiques: tête allongée, bouche fermée, coiffe en pointe de diamante, scarifications et points sur les tempes, boutons chéloïdes dans la nuque, bras non scarifiés, collier façon perles, jupette plissée, épaules et colonne vertébrale surlignées de blanc, et cinq anneaux de cheville.
Une grande partie de sa polychromie d'origine est intacte: le corps est ocre, le bas du visage, les scarifications du front, le nombril, les anneaux de cheville, le cerne des épaules et de la colonne vertébrale sont blancs, la bouche rouge ainsi qu'une partie des scarifications frontales; les creux entre les scarifications, la coiffe et les plis de la jupette sont bruns.
La fonction des statues dans les rituels anciens semble mal définie, sans doute était-elle liée au culte des ancêtres.
Selon un commentaire de Bénézech (p. 562) la position des bras implique un sens de communication avec les esprits s'ils sont repliés vers le haut; en revanche, les statues aux bras étendus le long du corps sont accessibles et disponibles aux autres.

L'art Kuyu
Par Anne-Marie Bénézech, Anthropologue

On sait qu'Aristide Courtois, Administrateur des Colonies au Moyen Congo, rapportait lors de ses congés pas moins de 800 kilos de marchandises1.Très tôt il fut en contact avec Paul Guillaume à qui il vendit des objets. Après la mort de Guillaume en 1934, Charles Ratton devint son acheteur principal.
A son retour définitif en France, le 1er novembre 1938, il vendit presque aussitôt une grande partie de ses objets kuyu aux deux marchands visionnaires de l'époque, Charles Ratton d'abord et Pierre Vérité ensuite vers 1944.
On sait aussi, grâce à ses états de service, les périodes où Courtois fit de longs séjours dans la région où vivent les Kuyu2 et ainsi, que sa collecte a eu lieu entre 1913 et 1934, avant que les missionnaires ne se soient installés dans le Nord Congo3. Bien qu'il n'ait laissé aucune note sur le contexte de leur emploi, les objets prenaient sens dans un même système de règles qui dictent l'organisation sociale, les conduites morales, les rituels mais aussi la vie quotidienne. Ils recèlent donc les archives de cette population d'avant la colonisation.
Les quatre objets présentés ici, deux statuettes et deux têtes ont été ramenées par Courtois comme l'ont constaté non seulement Charles Ratton mais aussi Madeleine Meunier. Les quatre pièces en question sont encore coloriées de rouge, de noir et de blanc, même si le rouge a un peu passé. Et deux d'entre elles viennent probablement de sculpteurs ayant appartenu à la même «école» car le travail est très semblable.
Le quatrième objet ou seconde statuette vient peut-être d'une autre source de Charles Ratton que l'administrateur
Courtois, car elle n'a pas l'air de correspondre à la sensibilité de ce dernier quand on la compare à l'ensemble très homogène des pièces qu'il a rapportées, beaucoup plus scarifiées et coloriées si l'on en juge par les trésors de la vente Vérité (Drouot, 17 et 18 juin 2006) et les objets kuyu du musée Dapper (Exposition Formes et couleurs, 1er avril-15 septembre 1993). Cette dernière statue est toutefois d'une grande qualité et certainement très ancienne.
Elle s'apparente à celle rapportée par le Gouverneur Georges Thomann dans les années 1910-1914, (Drouot Montaigne, 16 octobre 1989), toutes deux très scarifiées.
Les objets ci-contre, têtes et statuettes, appartiennent au style I (on a pu en répertorier trois par analyse morphologique) et se distinguent en particulier des «kébé-kébé» plus connus, et appartenant eux, au style III4.
L'homogénéité des têtes du style I provient de leur coiffure et de leur mode de rehaussement. La plupart d'entre elles ont le haut du crâne percé de trous dans lesquels on a trouvé des traces de cheveux ou de fibres. Si toutes ont la même échancrure dans la nuque, elles ne sont pas toutes bouclées car certaines ont la chevelure en «pointe de diamant» ou carrément lisse. L'embase, elle, est séparée du collier par une gorge dans laquelle venait se fixer une longue robe en raphia. Cette embase, pleine, est percée en son centre d'un trou profond mais de petit diamètre. On la qualifie de féminine car elle était destinée à accueillir une tige de bois ou de métal pour rehausser la tête, en opposition au manche des kébé-kébé, monoxyle lui aussi, dit masculin. Ces têtes du style I n'ont jamais été des kébé-kébé, c'est-àdire des marottes qui dansent. Selon les anciens sur le terrain, il s'agirait d'«Etata» qui défilaient pour annoncer la fin de cérémonies importantes.
La statuaire kuyu apparait frontale et symétrique. Le corps comme pétrifié est très équilibré mais fort peu délié. Il parait à première vue cylindrique dans la mesure où certaines pièces n'ont, de face, pas de cou. De dos par contre, la coupe des cheveux rasés haut, met en valeur cette partie de l'anatomie ornée de surcroît de deux gros boutons chéloïdes.
Les bras à peine inscrits, prolongés de doigts très souvent réduits au nombre de quatre, sont repliés vers les seins pour indiquer que le chef est en communication avec les ancêtres, ou le long du corps pour dire qu'il est disponible. Les jambes au contraire, sans forme précise de face malgré des anneaux de chevilles, présentent de profil des muscles surdéterminés au galbe incisif et nerveux.
Enfin les pieds, solides, sont eux, peu découplés. Pour cette statuaire du style I il est important de s'arrêter sur le décor des troncs.
Les zones anatomiques soulignées par les scarifications et/ou la couleur sont identiques d'un sexe à l'autre. Une jupette comme un plissé mouillé épouse la ligne souple du corps.
La physionomie des visages est la même sur les statues et les têtes: yeux ouverts avec pupille, séparés par un nez épaté sans narines, bouche lippue aux lèvres rabattues pour en rendre toute l'épaisseur, fermée quelques fois mais découvrant le plus souvent des dents à l'allure de grille. Des signes scarifiés surdéterminent le haut du visage par un bandeau qui ceint le front et par des cernes ou des points très en relief qui investissent largement les tempes et parfois une partie des joues.
Enfin, 11 têtes sur les 18 connues, ont un riche collier évoquant des cauris et sous le menton des griffes de panthère, comme sur les exemples ci-contre. Les autres ont un collier travaillé comme du métal. Par contre les statues sont pourvues de colliers à la façon des perles de traite.

Notes
1 Archives d'Aix en Provence. 7 cantines (linge et effets) pour 194 kg, 1 ballot (literie) pour 32 kg et 9 caisses (personnel, usagés) pour 575 kg Les frais étaient remboursés jusqu'à 500 kg par l'Administration. En 1930 il avait ramené 39 colis pour 1950 kg.
2 Voir l'article de Pierre Amrouche, «Aristide Courtois, le brûleur de cases», in Arts et cultures, Genève, 2006, pp. 180-189.
3 Les Pères du Saint Esprit ne s'installèrent à Makoua qu'après 1930. Pourquoi ce choix de Makoua plutôt que Fort Rousset, le chef lieu de la Likouala Mossaka (et fief des Kuyu) ? Simplement parce que jusque dans les années 1950 les Eglises catholique et protestantes n'avaient pas pris réellement pied dans cette cité.
4 A.-M. Bénézech, L'art des Kuyu-Mbochi de la République populaire du Congo, Thèse de doctorat, Paris I Panthéon-Sorbonne, 1989
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