STATUE FANG FANG FIGURE GABON Bois, cuivre...

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STATUE FANG FANG FIGURE GABON Bois, cuivre...

STATUE FANG
FANG FIGURE
GABON
Bois, cuivre
Socle par Kichizô Inagaki (1876-1951)
Hauteur: 53 cm.

$ 340,000-570,000

PROVENANCE
Charles Ratton, Paris, France
Collection Madeleine Meunier, Paris, France, avant 1964

PUBLICATION
Laburthe-Tolr P. & Falgayrettes-Leveau C., Fang, Musée Dapper, Paris, 1991, p. 21.
Martinez-Jacquet E., Ode au grand art africain, Les statues meurent aussi, Paris, 2010, p. 164, #127.

Une oeuvre classique de la grande statuaire Ntumu du XIXe siècle
Par Louis Perrois, septembre 2016

Cette exceptionnelle effigie masculine d'ancêtre eyema-byeri, de belle taille, relève du style des Fang Ntumu du Nord Gabon.
La structure longiligne de la sculpture s'articule à partir d'un tronc cylindrique, allant du cou au bassin, en continuité. Les proportions des différentes parties accentuent l'importance volumétrique de la tête (et donc son effet symbolique), de même ampleur que les membres inférieurs, avec un tronc intermédiaire mince représentant en hauteur le total de ces deux masses opposées.
Le torse se déploie du plexus aux larges épaules, avec le modelé subtil des pectoraux en léger relief, suggérant la vision d'un ancêtre athlétique, tout en force, en phase avec le souci récurrent des Fang de leur image publique (ce que révèlent leurs coiffes sophistiquées, leurs scarifications et leurs qualités musculaires). Les bras, plutôt raccourcis sous la marque en creux des bracelets de biceps, se prolongent en oblique par des avant-bras puissants projetés vers l'avant - d'où la nécessité technique d'un tenon monoxyle les solidarisant au tronc (un détail technique assez courant sur les oeuvres de grande taille, par exemple le byeri Mabea de l'ancienne collection Fénéon / Kerchache, Catalogue Sotheby's Paris 18 juin 2014, n° 36, 67 cm)- et des mains sculptées en bas-relief avec des doigts écartés en oblique des pouces qui se rejoignent (on retrouve ce même détail sur le grand byeri de l'ancienne collection Guerre, 53 cm [in LP, Fang, 2006, pl. 22]). Les avant-bras sont décorés de bracelets monoxyles, deux du côté droit et un seul du côté gauche. L'abdomen, assez mince en largeur mais renflé au niveau du nombril présente un ombilic en cylindre, comme il se doit, restant peu visible sous la masse des mains.
Le membre viril a été sectionné, épargnant le scrotum, probablement au moment de la collecte, afin de ménager la pudeur du ou des collectionneurs
Les membres inférieurs, en position semi-assise, comportent des cuisses en oblique descendante, arrondies et fuselées au niveau des genoux, bien marqués, articulés aux mollets massifs et renflés au revers, très caractéristiques de la statuaire classique des Fang.
La stature des jambes tend à créer un effet de tension contenue. L'accentuation des volumes des jambes renforce la stabilité du personnage qui donne ainsi une impression de puissance, inhérente à la vision recherchée d'un ancêtre protecteur de ses descendants. Les pieds, très érodés, sont en position écartés, ce qui laisse à penser que l'effigie était appuyée sur un pédoncule postérieur vertical, solidaire de la partie arrière des cuisses (zone fortement érodée et recollée). Les quatre orifices aménagés dans le dos du personnage, au niveau des reins, indiquent probablement que la statue, privée depuis longtemps de son tenon postérieur, avait été fixée à son coffre-reliquaire (nsekh-byeri) par des liens de rotin ou autres. Le dos de la statue présente des épaules carénées au niveau des omoplates et un large sillon vertébral, allant de la coiffe au bassin, accentuant l'aspect longiligne du personnage.
C'est la tête, d'un volume globalement arrondi, qui est la partie la plus aboutie de cette sculpture, sous tous ses angles.
C'est là que l'artiste a donné la pleine mesure de son talent de sculpteur, en totale maîtrise de sa technique.
On peut la comparer à celle du byeri de la collection Barbier-Mueller (69 cm, réf. 1019-6, ancienne collection Josef Mueller, acquise avant 1939 chez Anthony Moris à Paris - cf. LP Byeri Fang, Marseille, 1992, p. 136-137).
On y retrouve une même harmonie volumétrique, faite de courbes et contre-courbes, surtout visibles de profil, mettant en valeur d'une part, le front ample en quart de sphère parfait avec les arcades sourcilières arquées et les joues creusées «en coeur», et d'autre part, la coiffe à crête rejetée très en arrière vers le haut du crâne et la nuque. Comme pour la statue Barbier-Mueller, «le volume parfait du grand front s'inscrit dans une sphère qui comprend aussi l'arrondi de la crête de la coiffure-casque. La courbure de la mâchoire, depuis l'oreille, répond à l'identique à celle du front, de la face et de la coiffure.» (cf. le croquis de la page 166 in LP L'art ancestral du Gabon, Genève, 1986). La seule nuance à remarquer est la facture plus virile et anguleuse de la mâchoire de la statue «Madeleine Meunier», que renforce une excroissance en saillie sur la face antérieure du cou, figurant la «pomme d'Adam» (comme sur le byeri Mabea
Fénéon/Kerchache).
A titre de comparaison, schéma structurel de la tête du byeri 1019-6 du MBM de Genève (in LP L'art ancestral du Gabon, Genève, 1986, p. 166).
Le visage aux grands yeux de cuivre (les rondelles sont fixées par des clous) présente un nez court et épaté aux ailes arrondies et une large bouche aux lèvres étirées. Le philtrum est marqué entre le nez et la lèvre supérieure, celle-ci présentant des manques qui correspondent à des prélèvements rituels (pour confectionner des remèdes «fétiches»), très habituels sur beaucoup de statues Fang.
A remarquer, dans la bouche entrouverte, le bout de la langue, en rappel symbolique de la valeur de la parole de l'ancêtre. Un autre détail est émouvant, celui de la forme anormalement étirée et pointue du lobe des oreilles, presque en «oreille de faune», rappelant celui des vieillards. Au centre du pavillon des oreilles, l'orifice auriculaire est également figuré, indiquant que symboliquement, l'ancêtre est à l'écoute des suppliques de sa parentèle.
Quant à la coiffe à double crête centrale, elle est une représentation de la coiffe postiche des Fang du Nord-Gabon et du Rio Muni voisin, nlô-ô-ngô, que tous les adultes portaient, pardessus leurs propres cheveux. Celle-ci est particulièrement soignée avec un bandeau frontal arrondi (formé de trois galons) et deux ensembles de fines tresses arquées du front à la nuque, s'articulant largement autour des oreilles. Le protège-nuque habituel, s'écartant en oblique, a été endommagé au fil du temps. L'orifice transverse des crêtes servait à fixer un majestueux plumet (mesè) de plumes d'aigle-pêcheur ou de touraco dont, faut-il le rappeler, toutes les statues du byeri étaient décorées in situ, en signe de notabilité (cf. par exemple un byéri des Fang Ntumu du Museo nacional de Antropologia de Madrid, 60 cm, très comparable à l'effigie étudiée, encore coiffé de ses plumes, collecté vers 1884- 1886 au Rio Muni par Dr Amado Osorio y Zabala, réf. 947).
A cet égard, on ne peut s'empêcher de supposer une parenté stylistique entre les oeuvres mentionnées cidessus, notamment celle de l'ancienne collection Josef Mueller et celle du musée de Madrid. Il est hautement probable que ces effigies ont été réalisées dans un même environnement ethnique et cultuel, celui des Fang Ntumu, à une même époque (XVIIIè et XIXè siècles), par des artistes ayant été en contact culturel et technique. Il est toujours hasardeux d'évoquer une «même main» ou un «même atelier» à partir de simples onservations morphologiques, mais en l'occurrence, c'est une hypothèse à considérer.
Une oeuvre classique de la grande statuaire ntumu du XIXè siècle.
La majestueuse statue d'ancêtre, 53 cm, de l'ancienne collection Madeleine Meunier est une oeuvre majeure du style phare des Fang de l'Afrique équatoriale, celui des Ntumu du Nord Gabon. D'une ancienneté patente, elle constitue un archétype de la grande statuaire classique des Fang-Beti du Golfe de Guinée, développée depuis deux ou trois siècles lors des migrations de ces communautés de l'Afrique centrale vers l'Atlantique. La qualité exceptionnelle de la facture de cette image d'ancêtre, notamment dans le raffinement de la tête et de la coiffe, mais aussi dans le modelé subtil des surfaces, atteste de la maîtrise admirable des artistes Fang, tous restés malheureusement anonyme. Par comparaison de ses caractéristiques morphologiques et divers détails de facture, on peut penser qu'elle a été réalisée dans un même atelier de sculpteur des confins de la moyenne vallée du Ntem, entre Sud-Cameroun, Rio Muni et Nord-Gabon au XIXè siècle au moins.
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