ROUSSEAU (Jean-Jacques). Importante L.A.S....

Lot 88
Aller au lot
1 500 - 2 000 EUR
Résultats sans frais
Résultat : 4 200 EUR

ROUSSEAU (Jean-Jacques). Importante L.A.S....

ROUSSEAU (Jean-Jacques). Importante L.A.S. "Rousseau", Montmorency, 12 mai 1762, 2 pp. in-4, adressées au libraire Nicolas Bonaventure DUCHESNE (c.1710-1765) à propos de la parution à venir de son traité "Emile ou De l'Education" :
"Je vous remercie, Monsieur, des trois bonnes épreuves des figures que vous m'avez envoyées. Je ne doute pas que le public ne soit assés content de l'exécution. Mais je ne puis concevoir pourquoi vous avez fait effacer le mot 'Thétis' qui étoit sur la première, et qu'il convenoit d'autant mieux d'y laisser que chacune des autres a aussi le sien.
Sur ce que vous me dites de la publication des volumes deux à deux je tenterais quelques représentations si je les croyois de quelque utilité ; mais si c'est un parti pris mon opinion n'y changera rien, et il est de la plus grande importance que vous ne fassiez rien en cela qu'avec l'aggrément de Madame la Mareschale [Mme de Luxembourg] qui voit mieux que nous ce qui convient ou ne convient pas. Si vous pouviez obtenir du moins que l'intervalle fut de peu de jours en anticipant un peu la publication des premiers volumes, les deux autres pourroient paroitre la veille des fêtes ; je pense que cela vous sauveroit un peu l'embarras de la foule dans une boutique ouverte, et que vous pourriez plus paisiblement durant les fêtes faire une première distribution de faveur et de préférence. Quant à la mienne j'espère que vous m'avertirez après à l'avance du moment où je pourrai la faire, pour que j'aye le tems de vous envoyer la notes des addresses, et vous celui de faire les envois comme nous en sommes convenus avant que rien sorte de vos magazins.
Ne négligez pas les cartons ; celui du tome I p. 23 doit être par tous sans exception : mais dans les 12 exemplaires que je vous demanderai pour Montmorenci savoir 4 in 12 et 8 in 8° je serois bien aise qu'il y en eut deux de chaque format où les autres cartons ne fussent pas collés mais joints séparément. Je vous pris de ne pas oublier de m'envoyer la Table des deux derniers volumes et la fin du pr. in 8° en bonne feuille.
Je vous remercie de vos soins pour mon Encyclopédie. Je ne tarderai pas à vous la faire parvenir. Bon jour, Monsieur, portez-vous bien, je vous salüe, ainsi que Monsieur Duchesne."
"En ce printemps 1762, Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), coule des jours paisibles entre son logement de Montlouis, près de la forêt de Montmorency, et le château du duc et de la duchesse de Luxembourg ses voisins et amis (…) C’est dans ces conditions qu’il s’apprête à publier deux livres majeurs : le Contrat social ou principes de droit politique et l’Emile ou de l’éducation. (…)
L’Emile est imprimé et mis en vente fin mai 1762 chez le libraire Nicolas-Bonaventure Duchesne rue Saint-Jacques à Paris. Duchesne, en homme d’affaire avisé et prudent, a pris soin de préparer deux éditions portant chacune une fausse adresse différente : 'A Amsterdam, chez Jean Néaulme', pour l’édition in-12°, et 'A La Haye, chez Jean Néaulme', pour l’édition in-8°. En échange de la paternité fictive de ces éditions, Jean Néaulme, libraire à La Haye, reçut le monopole des ventes hors du territoire français.
Tout d’abord, l’ouvrage, qui est l’objet de toutes les conversations, se vend bien. Mais il y a au cœur du livre IV un passage qui ne passe pas : la religion naturelle de la Profession de foi du Vicaire savoyard va provoquer les foudres du pouvoir civil et religieux.
Le 7 juin, la Faculté de Théologie de la Sorbonne condamne l’ouvrage comme 'contraire à la foi et aux mœurs' et qualifie Jean-Jacques 'd’homme tout à fait indéfinissable et incompréhensible'.
Le 9 juin le Parlement de Paris condamne à son tour l’Emile 'à être lacéré et brûlé par l’exécuteur de la Haute-Justice' en raison de ses 'principes impies et détestables'.
En outre, le Parlement 'ordonne que le nommé J. J. Rousseau (…) sera pris et appréhendé au corps, et amené ès prisons de la Conciergerie du Palais'. (…)
Début juin, le Petit Conseil de Genève condamne à son tour le Contrat social et l’Emile '[…] à être lacérés et brûlés par l’exécuteur de la haute justice, devant la porte de l’hôtel de ville, comme téméraires, scandaleux, impies, tendant à détruire la religion chrétienne et tous les gouvernements'. Rousseau est également décrété de prise de corps.
(…) Enfin, début septembre, le livre est mis à l’Index des livres prohibés par un décret de la Congrégation du Saint-Office de l’Inquisition.
Rousseau a fui la France pour Yverdon, dans l’actuel canton de Vaud, dès le 9 juin et dès lors débute pour lui la vie erratique d’un proscrit (…)" Blog Gallica, Eric Mougenot – direction des Collections, département Philosophie, histoire, sciences de l’homme, 2012.
Rousseau est par ailleurs bien entendu l'un des principaux contributeurs de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, dont il a rédigé la plupart des articles sur la musique, ainsi que l'article 'Économie politique', publié en 1755 dans le tome V de l'Encyclopédie et plus généralement connu sous le titre de Discours sur l'économie politique.
Originaire de Saint-Maurice-en-Cotentin (Manche) et fils de laboureur, Nicolas Bonaventure Duchesne débute sa carrière de libraire comme employé chez l'imprimeur-libraire parisien Pierre Prault et commence vers 1744 ou peu avant à exercer la librairie sans avoir été reçu maître. Gendre de l'imprimeur-libraire André Cailleau (168.-1751) à partir de 1747, il est reçu officiellement libraire le 6 nov. 1751, sur ordre du chancelier, malgré l'opposition de toute la communauté des libraires et imprimeurs de Paris. Il a pour commis et associé Pierre Guy, originaire de Montpellier. Mort accidentellement le 4 juillet 1765 à Paris, il laisse un fonds de librairie évalué à plus de 260 000 livres. Sa veuve Marie-Antoinette Cailleau (17..-1793) lui succède, assistée de son premier commis P. Guy, puis de son fils Jean-Nicolas Duchesne (1757-1845).
Mes ordres d'achat
Informations sur la vente
Conditions de ventes
Retourner au catalogue