André QUELLIER (1925 - 2010) Le cuvier Huile...

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André QUELLIER (1925 - 2010) Le cuvier Huile...

André QUELLIER (1925 - 2010)
Le cuvier
Huile sur panneau
55 x 38 cm
Signé en bas à droite Quellier
Titré au dos

Soyez Amant, vous serez inventif ;
Tour ni détour, ruse, ni stratagème,
Ne vous faudront : le plus jeune apprentif
Est vieux routier dès le moment qu'il aime :
On ne vit donc que cette passion
Demeurât court faute d'invention ;
Amour fait tant qu'enfin il a son compte.
Certain cuvier, dont on fait certain Conte,
En fera foi. Voici ce que j'en sais,
Et qu'un Quidam me dit ces jours passés.
Dedans un Bourg ou Ville de Province,
(N'importe pas du titre ni du nom)

Un Tonnelier et sa femme Nanon
Entretenaient un ménage assez mince.
De l'aller voir Amour n'eut à mépris,
Y conduisant un de ses bons amis,
C'est Cocuage ; il fut de la partie :
Dieux familiers et sans cérémonie,
Se trouvant bien dans toute Hôtellerie ;
Tout est pour eux bon gîte et bon logis,
Sans regarder si c'est Louvre ou cabane.
Un Drôle donc caressait Madame Anne ;
Ils en étaient sur un point, sur un point...
C'est dire assez de ne le dire point ;
Lorsque l'Époux revient tout hors d'haleine
Du cabaret, justement, justement...
C'est dire encor ceci bien clairement.
On le maudit ; nos gens sont fort en peine.
Tout ce qu'on put fut de cacher l'Amant :
On vous le serre en hâte et promptement
Sous un cuvier, dans une cour prochaine.
Tout en entrant l'Époux dit :
" J'ai vendu notre cuvier.
- Combien ? dit Madame Anne.
- Quinze beaux francs.
- Va, tu n'es qu'un gros âne, repartit-elle,
Et je t'ai d'un écu
Fait aujourd'hui profit par mon adresse,
L'ayant vendu six écus avant toi.
Le Marchand voit s'il est de bon aloi,
Et par dedans le tâte pièce à pièce,
Examinant si tout est comme il faut,
Si quelque endroit n'a point quelque défaut.
Que ferais-tu, malheureux, sans ta femme ?
Monsieur s'en va chopiner, cependant
Qu'on se tourmente ici le corps et l'âme :
Il faut agir sans cesse en l'attendant.
Je n'ai gouté jusqu'ici nulle joie :
J'en gouterai désormais, attends-t-y.
Voyez un peu : le Galant a bon foie ;
Je suis d'avis qu'on laisse à tel mari
Telle moitié !
- Doucement, notre Épouse, dit le Bonhomme.
Or sus, Monsieur, sortez :
Ça, que je racle un peu de tous côtés
Votre cuvier, et puis que je l'arrouse ;
Par ce moyen vous verrez s'il tient eau :
Je vous réponds qu'il n'est moins bon que beau. "

Le Galant sort ; l'Époux entre en sa Place,
Racle partout, la chandelle à la main,
Deçà, delà, sans qu'il se doute brin
De ce qu'Amour en dehors vous lui brasse :
Rien n'en put voir ; et pendant qu'il repasse
Sur chaque endroit, affublé du cuveau,
Les Dieux susdits lui viennent de nouveau
Rendre visite, imposant un ouvrage
Á nos Amants bien différent du sien.
Il regratta, gratta, frotta si bien,
Que notre couple ayant repris courage,
Reprit aussi le fil de l'entretien
Qu'avait troublé le galant personnage.
Dire comment le tout se put passer,
Ami Lecteur, tu dois m'en dispenser :
Suffit que j'aie très bien prouvé ma thèse.
Ce tour fripon du couple augmentait l'aise ;
Nul d'eux n'était à tels jeux apprentif.
Soyez Amant, vous serez inventif.
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