André QUELLIER (1925 - 2010) L'abesse malade...

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André QUELLIER (1925 - 2010) L'abesse malade...

André QUELLIER (1925 - 2010)
L'abesse malade
Huile sur panneau
55 x 38 cm
Signé en bas à gauche Quellier
Titré au dos

L'exemple sert, l'exemple nuit aussi:
Lequel des deux doit l'emporter ici,
Ce n'est mon fait; l'un dira que l'Abbesse
En usa bien, l'autre au contraire mal,
Selon les gens: bien ou mal je ne laisse
D'avoir mon compte, et montre en général,
Par ce que fit tout un troupeau de Nones,
Que Brebis sont la plupart des personnes;
Qu'il en passe une, il en passera cent,
Tant sur les gens est l'exemple puissant.

Le monde n'est qu'une franche moutonnaille. Je le répète, et dis, vaille que vaille,
Le monde n'est que franche moutonnaille.
Du premier coup ne croyez que l'on aille
A ses périls le passage sonder;
On est longtemps a s'entre-regarder;
Les plus hardis ont-ils tenté l'affaire,
Le reste suit, et fait ce qu’il voit faire.
Qu'un seul mouton se jette en la rivière,
Vous ne verrez nulle âme moutonnière
Rester au bord, tous se noieront à tas.
Maître François en conte un plaisant cas.
Ami lecteur, ne te déplaira pas,
Si sursoyant ma principale histoire
Je te remets cette chose en mémoire.
Panurge allait l’oracle consulter.
Il naviguait, ayant dans la cervelle,
Je ne sais quoi qui vint l’inquiéter.
Dindenaut passe; et médaille l'appelle
De vrai cocu. Dindenaut dans sa nef
Menait moutons. Vendez-m'en un, dit l'autre.
Voire, reprit Dindenaut, l'ami notre,
Penseriez-vous qu'on put venir à chef
D'assez priser ni vendre telle aumaille ?
Panurge dit: Notre ami, coûte et vaille,
Vendez-m'en un pour or ou pour argent.
Un fut vendu. Panurge incontinent
Le jette en mer; et les autres de suivre.
Au diable l'un , à ce que dit le livre,
Qui demeura. Dindenaut au collet
Prend un bélier, et le bélier l’entraîne.
Adieu mon homme: il va boire au godet.
Or revenons: ce prologue me mène
Un peu bien loin. J'ai posé dès l'abord
Que tout exemple est de force très grande:
Et ne me suis écarté par trop fort
En rapportant la moutonnière bande
Car notre histoire est d'ouailles encor.
Agnès passa, puis une autre Soeur, et puis une:
Tant qu'à passer s'entre-pressant chacune
On vit enfin celle qui les gardait
Passer aussi: c'est en gros tout le conte:
Voici comment en détail on le conte.

Une abbesse est
malade. Elle va
mourir si on ne
lui donne un amant. Certaine abbesse un certain mal avait
Pâles couleurs nommé parmi les filles:
Mal dangereux, et qui des plus gentilles
Détruit l’éclat, fait languir les attraits.
Notre malade avait la face blême
Tout justement comme un saint de careme,
Bonne d'ailleurs, et gente à cela près.
La Faculté sur ce point consultée,
Après avoir la chose examinée,
Dit que bientôt Madame tomberait
En fièvre lente, et puis qu'elle mourrait.
Force sera que cette humeur la mange;
A moins que de. .. l’a moins est bien étrange
A moins enfin qu'elle n'ait à souhait
Compagnie d'homme. Hippocrate n'a pas
Choisi ses mots, ni ne les arrangea.
Jésus, reprit toute scandalisée
Madame Abbesse: hé que dites-vous là ?
Fi. Nous disons, repartit à cela
La Faculté, que pour chose assurée
Vous en mourrez, à moins d'un bon galant
Bon le faut-il, c'est un point important:
Autre que bon n'est ici suffisant
Et si bon n'est deux en prendrez Madame.
Ce fut bien pis; non pas que dans son âme
Ce bon ne fût par elle souhaité
Mais le moyen que sa communauté
Lui vît sans peine approuver telle chose ?
Honte souvent est de dommage cause.

Soeur Agnès se propose
d'essayer un galant pour
encourager l'Abbesse. Sœur Agnès dit : Madame croyez-les.
Un tel remède est chose bien mauvaise,
S'il a le goût méchant à beaucoup près
Comme la mort. Vous faites cent secrets
Faut-il qu'un seul vous choque et vous déplaise ?
Vous en parlez, Agnès, bien à votre aise,
Reprit l'abbesse: or ,ca, par votre Dieu,
Le feriez-vous ? mettez-vous en mon lieu.
Oui da, Madame; et dis bien davantage:
Votre santé m'est chère jusque-là
Que s’il fallait pour vous souffrir cela,
Je ne voudrais que dans ce témoignage
D'affection pas une de céans
Me devançât. Mille remerciements
A Sœur Agnès donnés par son abbesse
La Faculté dit adieu là-dessus
Et protesta de ne revenir plus.
Tout le couvent se trouvait en tristesse,
Quand sœur Agnès qui n’était de ce lieu
La moins sensée, au reste bonne lame,
Dit a ses sœurs: Tout ce qui tient Madame
Est seulement belle honte de Dieu.
Par charité n'en est-il point quelqu'une
Pour lui montrer l'exemple et le chemin ?
Cet avis fut approuvé de chacune:
On l'applaudit, il court de main en main.
Pas une n’est qui montre en ce dessein
De la froideur, soit nonne, soit nonnette,
Mère prieure, ancienne, ou discrète,

On fait courrir le mot
et de nombreux galants
se présentent. D'autres
soeurs la suivent. Le billet trotte: on fait venir des gens
De toute guise, et des noirs, et des blancs,
Et des tannés L'escadron, dit l'histoire,
Ne fut petit, ni comme l'on peut croire
Lent à montrer de sa part le chemin.
Ils ne cédaient à pas une nonnain
Dans le désir de faire que Madame
Ne fut honteuse, ou bien n'eût dans son âme
Tel récipé possible à contrecœur
De ses brebis à peine la première
A fait le saut, qu'il suit une autre sœur.
Une troisième entre dans la carrière.
Nulle ne veut demeurer en arrière.
Presse se met pour n’être la dernière

Finalement l'Abbesse se
décide et un jouvenceau
lui fait son affaire. . Que dirais-je de plus? enfin l’impression
Qu'avait l'abbesse encontre ce remède,
Sage rendue à tant d'exemples cède.
Un jouvenceau fait l’opération
Sur la malade. Elle redevient rose,
Œillet, aurore, et si quelque autre chose
De plus riant se peut imaginer.
Ô doux remède, ô remède à donner,
Remède ami de mainte créature,
Ami des gens, ami de la nature,
Ami de tout, point d'honneur excepté.
Point d'honneur est une autre maladie -
Dans ses écrits Madame Faculté
N'en parle point. Que de maux en la vie !
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