André QUELLIER (1925 - 2010) La mandragore...

Lot 135
Aller au lot
200 - 300 EUR
Résultat : 180 EUR

André QUELLIER (1925 - 2010) La mandragore...

André QUELLIER (1925 - 2010)
La mandragore
Huile sur panneau
55 x 38 cm
Signé en bas à droite Quellier
Titré au dos

Au présent conte on verra la sottise
D'un Florentin. Il avoit femme prise,
Honnête et sage, autant qu'il est besoin,
Jeune pourtant, du reste toute belle :
Et n'eût-on cru de jouissance telle
Dans le pays, ni même encor plus loin.
Chacun l'aimoit, chacun la jugeoit digne
D'un autre époux : car, quant à celui-ci,
Qu'on appeloit Nicia Calfucci,
Ce fut un sot en son temps très-insigne.
Bien le montra lorsque, bon gré, mal gré,
Il résolut d'être père appelé;
Crut qu'il ferait beaucoup pour sa patrie
S'il la pouvoit orner de Calfuccis.
Sainte ni saint n'étoit en paradis
Qui de ses vœux n'eût la tête étourdie ;
Tous ne savoient où mettre ses présents.
Il consultoit matrones, charlatans,
Diseurs de mots, experts sur cette affaire :
Le tout en vain ; car il ne put tant faire
Que d'être père. Il étoit buté là,
Quand un jeune homme, après avoir en France
Étudié, s'en revint à Florence,
Aussi leurré1 qu'aucun de par delà;
Propre, galant, cherchant partout fortune,
Bien fait de corps, bien voulu de chacune.
Il sut dans peu la carte du pays ;
Connut les bons et les méchants maris,
Et de quel bois se chauffoient leurs femelles2,
Quels surveillants ils avoient mis près d'elles,
Les si, les car, enfin tous les détours ;
Comment gagner les confidents d'amours,
Et la nourrice, et le confesseur même,
Jusques au chien : tout y fait quand on aime3;
Tout tend aux fins, dont un seul iota
N'étant omis, d'abord le personnage
Jette son plomb4 sur messer Nicia
Pour lui donner l'ordre de cocuage.
Hardi dessein! L'épouse de léans,5
A dire vrai, recevoit bien les gens;
Mais c'étoit tout; aucun de ses amants
Ne s'en pouvoit promettre davantage.-
Celui-ci seul, Callimaque nommé,
Dès qu'il parut fut très-fort à son gré.
Le galant donc près de la forteresse
Assied son camp, vous investit Lucrèce
Qui ne manqua de faire la tigresse
A l'ordinaire, et l'envoya jouer.6
Il ne savoit à quel saint se vouer,
Quand le mari, par sa sottise extrême,
Lui fit juger qu'il n'étoit stratagème.
Panneau n'étoit, tant étrange semblât,
Où le pauvre homme à la fin ne donnât
De tout son cœur, et ne s'en affublât.
L'amant et lui, comme étant gens d'étude,
Avoient entre eux lié quelque habitude;
Car Nice étoit docteur en droit canon :
Mieux eût valu l'être en autre science,
Et qu'il n'eût pris si grande confiance
En Callimaque. Un jour, au compagnon
Il se plaignit de se voir sans lignée.
A qui la faute? Il étoit vert galant,
Lucrèce jeune et drue, et bien taillée.
Lorsque j'étois à Paris, dit l'amant.
Un curieux y passa d'aventure.
Je l'allai voir : il m'apprit cent secrets,
Entre autres un pour avoir géniture ;
Et n'étoit chose à son compte plus sûre.
Le grand Mogol l'avoit avec succès
Depuis deux ans éprouvé sur sa femme :
Mainte princesse et mainte et mainte dame
En avoient fait aussi d'heureux essais.
Il disoit vrai : j'en ai vu des effets.
Cette recette est une médecine
Faite du jus de certaine racine,
Ayant pour nom mandragore; et ce jus
Pris par la femme opère beaucoup plus
Que ne fit onc nulle ombre monacale
D'aucun couvent de jeunes frères plein7:
Dans dix mois d'hui8 je vous fais père enfin,
Sans demander un plus long intervalle,
Et touchez là : dans dix mois, et devant,
Nous porterons au baptême l'enfant.
Dites-vous vrai? Repartit messer Nice :
Vous me rendez un merveilleux office.
Vrai; je l'ai vu : faut-il répéter tant?
Vous moquez-vous d'en douter seulement?
Par votre foi, le Mogol est-il homme
Que l'on osât de la sorte affronter?
Ce curieux en toucha telle somme
Qu'il n'eut sujet de s'en mécontenter.
Nice reprit : Voilà chose admirable,
Et qui doit être à Lucrèce agréable.
Quand lui verrai-je un poupon sur le sein?
Notre féal, vous serez le parrain ;
C'est la raison; dès hui9 je vous en prie.
Tout doux, reprit alors notre galant;
Ne soyez pas si prompt, je vous supplie :
Vous allez vite; il faut auparavant
Vous dire tout. Un mal est dans l'affaire ;
Mais ici-bas put-on jamais tant faire
Que de trouver un bien pur et sans mal ?
Ce jus doué de vertu tant insigne
Porte d'ailleurs qualité très-maligne,
Presque toujours il se trouve fatal
A celui-là qui le premier caresse
La patiente ; et souvent on en meurt.
Nice reprit aussitôt : Serviteur ;
Plus de votre herbe ; et laissons là Lucrèce
Telle qu'elle est : bien grand merci du soin.
Que servira, moi mort, si je suis père?
Pourvoyez-vous de quelque autre compère :
C'est trop de peine : il n'en est pas besoin.
L'amant lui dit : Quel esprit est le vôtre !
Toujours il va d'un excès dans un autre.
Le grand désir de vous voir un enfant
Vous transportoit naguère d'allégresse;
Et vous voilà, tant vous avez de presse,
Découragé sans attendre un moment.
Oyez10 le reste; et sachez que nature
A mis remède à tout, fors11 à la mort.
Qu'est-il de faire afin que l'aventure
Nous réussisse, et qu'elle aille à bon port?
Il nous faudra choisir quelque jeune homme
D'entre le peuple, un pauvre malheureux,
Qui vous précède au combat amoureux,
Tente la voie, attire et prenne en somme
Tout le venin : puis, le danger ôté,
Il conviendra que de votre côté
Vous agissiez sans tarder davantage ;
Car soyez sûr d'être alors garanti12.
Il nous faut faire IN ANIMA VILI
Ce premier pas, et prendre un personnage
Lourd et de peu, mais qui ne soit pourtant
Mal fait de corps, ni par trop dégoûtant,
Ni d'un toucher si rude et si sauvage
Qu'à votre femme un supplice ce soit.
Nous savons bien que madame Lucrèce,
Accoutumée à la délicatesse
De Nicia, trop de peine en aurait.
Mes ordres d'achat
Informations sur la vente
Conditions de ventes
Retourner au catalogue