Souvenirs historiques décembre 2021
le 13 décembre 2021 à 14h00

Autographes
CURIE (Marie, 1867-1934).

CURIE (Marie, 1867-1934).
CURIE (Marie, 1867-1934).

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Descriptif

CURIE (Marie, 1867-1934).

Intéressante lettre tapuscrite signée "M. Curie", Paris 27 février 1923, 1 p. in-4 sur papier à entête de l'Institut du Radium, laboratoire Curie, adressée à Jean PERRIN (1870-1942, prix Nobel de Physique 1926, sous-secrétaire d’état à la recherche scientifique du gouvernement Blum en 1936, créateur du Palais de la Découverte à Paris, fondateur du C.N.R.S., enterré au Panthéon), auprès de qui elle exprime, en lui conservant toute son amitié, une velléité de réclamation de priorité sur l'explication chimique de la fluorescence, abondamment détaillée. Avec une note autographe de Jean Perrin en marge du 3e paragraphe "j'ai dit cela (je ne sais si avant que Marie Curie l'ait pensé ou dit ailleurs) dès 1921 Radiation and Chemistry pp. 13-14".
"Cher ami,
Je vous remercie pour l'envoi de la notice sur vos travaux scientifiques. J'ai eu grand plaisir à revoir en détail l'histoire de votre belle activité. Permettez-moi cependant, bien que ce ne soit pas mon habitude, de faire une petite réclamation.
Vous considérez qu'avant vos travaux l'explication chimique de la fluorescence n'était pas aperçue, et qu'aucune explication du phénomène de thermoluminescence n'avait été donnée. A ce point de vue vous êtes dans l'erreur. J'ai exposé dans mon Traité les phénomènes de phosphorescence produits par les rayons du radium ainsi que le phénomène de thermoluminescence qui est en relation avec ces mêmes rayons, et j'ai indiqué, comme probable, que ces phénomènes étaient dus à des transformations chimiques. Il vous est facile de vous en assurer en relisant les pages sur la phosphorescence (vol. II 216 à 222) et les passages relatifs à la thermoluminescence (vol. II pages 223 et 224). Vous remarquerez aussi, que dans certain cas, la nature chimique de la transformation est supposée connue. Il est bien clair que j'aurais pu difficilement me dispenser d'un essai d'explication, quand la tranformation des substances phosphorescentes est aussi visible que plusieurs de celles citées dans mon Traité (action des rayons du radium et des rayons X, platinocyanure de baryum, sulfure de zinc, verre se colorant, etc..).
Il est certain qu'en ce qui concerne les rayons du radium, l'action chimique ne résulte pas toujours de la radiation électromagnétique. Je pense donc, qu'une réaction chimique peut être provoquée soit par une radiation électromagnétique, soit par une radiation corpusculaire dont l'effet peut être désigné comme choc. Selon la nature de la réaction, l'un ou l'autre de ces procédés est plus efficace, et il est probable que, dans certain cas, un seul de ces procédés est applicable. La réaction des ions en solution ne me paraît pas devoir rentrer, nécessairement dans la première catégorie.
Excusez-moi, mon cher Ami, pour cette velléité de réclamation de priorité.
Je vous envoie mes meilleures amitiés."
Après avoir étudié parallèlement à l'École Normale Supérieure et à la Sorbonne entre 1891 et 1894, Jean Perrin postule en 1898 à la fonction de chargé de cours de chimie-physique de la faculté des sciences de l'université de Paris, poste pour lequel il se trouve en concurrence avec Pierre Curie, de 11 ans son aîné. Perrin obtient toutefois le poste à la faveur de son statut de normalien et d'agrégé et grâce à l'influence de l'illustre rapporteur de sa candidature, Henri Poincaré. Il devient aussi professeur à l'École normale supérieure de Sèvres en 1900 et y enseignera jusqu'en 1925.
C'est dans le cadre de l'École normale supérieure, et dans le contexte de l'affaire Dreyfus, que Jean Perrin s'entoure d'un groupe d'amis indéfectibles, par affinités politiques notamment (socialisants, et farouchement dreyfusards) : Émile Borel, Pierre et Marie Curie et Paul Langevin. Ils militent tous à la Ligue des droits de l'homme dès sa fondation, et participent également aux premières universités populaires. Le couple Borel et le couple Perrin seront d'un grand secours pour Marie Curie lors de la mort tragique de Pierre Curie en 1906 et lors de l'affaire Curie-Langevin en 1911.
Au cours de leur longue amitié, ils organiseront des dîners entre intellectuels, auxquels participent Paul Painlevé, Paul Adam, Charles Péguy, Léon Blum, Édouard Herriot, entre autres. En 1907, les familles du "clan" décident d'élever conjointement et eux-mêmes leurs enfants en dehors de l'institution scolaire publique. Une communauté de vacances vient même à se créer à l'Arcouest (Bretagne) qui devient "Sorbonne Plage".

Lot expertisé par Mme Elvire Poulain-Marquis (elvirepoulain@gmail.com).