Arts d'Orient & de l'Inde ; Tableaux orientalistes
le 17 juin 2019 à 14h00

ART ORIENTALISTE

Estimation : 20 000 € - 30 000 €

Descriptif

Astrolabe maghrébin portant le nom de Ibrahim ibn Sa‘îd al-Sahlî sur le trône, XIXe siècle.
Laiton, D. 125mm, inscriptions en coufique occidental.

L’araignée marque la position de trente-et-une étoiles par des index courbés ou en forme de crochets montés sur des bases ornées de un ou trois trous peut-être à l’origine munis de pointes d’argent. Cinq des étoiles ne sont pas nommées. Il y a quatre mudir (petites caboches pour tourner l’araignée) en argent et un index de Capricorne (al-murî) carré avec ligne indicatrice centrale. Les signes zodiacal ne sont pas divisé ; le bar droit Est-Ouest est en ligne rompue.

Les vingt-six étoiles nommées en ordre d’ascension droite
ι Ceti dhanab al-qayṭūs ذنب القيطوس
ζ Ceti qayṭūs قيطوس
α Orionis mankib al-jawzāʾ منكب الجوزا
α Tauri al-dabarān الدبران
β Orionis rijl al-jawzāʾ رجل الجوزاء
α Canis Maioris al-ʿabūr العبور
α Canis Minoris al-ghumayṣā الغميصا
α Aurigae al-ʿayyūq العيوق
? Cancri zubān al-saraṭān زبان السرطان
? Hydrae al-shujāʿ الشجاع
α Leonis qalb al-asad قلب الاسد
γ Corvi al-ghurāb الغراب
α Virginis al-aʿzal الاعزل
ο Ursae Maioris al-dubb الدبّ
α Bootis al-rāmiḥ الرامح
α Coronae Borealis fakka فكّة
α Serpentis ʿunuq al-ḥayya عنق الحيّة
α Scorpionis qalb al-ʿaqrab قلب العقرب
α Ophiuchi raʾs al-ḥawwāʾ رأس الحوّا
α Lyrae al-wāqiʿ الواقع
α Aquilae al-ṭāʾir الطاير
γ Capricornus dhanab al-jadī ذنب الجدي
ε Delphini al-dulfīn الدلفين
α Cygni al-ridf الردف
ε Pegasi al-faras الفرس
β Pegasi mankib منكب

Le limbe de l’instrument, fondu en une seule pièce avec le kursî (trône) à cinq lobes de chaque coté de l’étrier et l’anneau, est attaché au dos pour former la mère (umm) avec huit rivets visibles insérés avant la gravure. Il porte une échelle de 360° numéroté en abjad tous les cinq divisions et divisé à 1°.
La mère ne porte aucune inscription.
Le dos, Le trône porte l’inscription
Fait par
Ibrāhīm ibn Saʿīd
al-Sahlī dans la ville de Tolède ṣanaʿuhu
Ibrāhīm ibn Saʿīd
al-Sahlī bi-madīna Ṭulīṭa صنعه
ابراهيم بن سعيد
السهلي بمدينة طليطة


Les tympans

Les almucantars sont tracés pour tous les 5° sauf sur le tympan 4a où ils sont tracés tous les 6° ; les azimuts sont tracés tous les 10°, et les lignes des heures inégales sont tracés en-dessous de l’horizon ainsi comme les arcs pour crépuscule (al-shafaq, الشفق), l’aube (al-ẓuhr, الظهر), la prière de l’après-midi (al-ʿaṣr, العصر), et du matin (al-fajr, الفجر). L’ouest (maghrib, مغرب), l’est (mashriq, مشرق), et midi (al-zawāl, الزوال) sont aussi marqués.
Les tympans sont inscrits


1a Le site élevé [Medina]
25° 30′ al-Madīna al-Musharraf
25 30 المدينة المشرفة
كه ل
1b Makka et Gorgan
21° 40′ Makka wa Jurjāna
21 40 مكة وجرجانة
كا م
2a Tangers et Fez
35° Ṭanja wa al-Fas
35 طنجة والفس
له
2b Marrakesh et Alexandrie
31° 30′ Marrākash wa Iskandariyya
31 30 مراكش واسكندرية
لا ل
3a Fez, Meknes, et Rabat
34° Fās wa Meknās ve Rabaṭ
34 فاس ومكناس وربط
لد
3b Villes du Soudan
27° Bilād Sūdān
27 بلاد سودان
كز
4a sans inscription [Latitude 0]
4b Tous les latitudes al-Jamīʿ al-ʿurūḍ الجميع العروض

Commentaire

De l’artisan Ibrâhim ibn Sa‘îd al-Sahlî travaillant à Tolède, quatre astrolabes et un globe céleste signé nous sont parvenus, ainsi qu’un globe céleste non signé qui peut lui être attribué. Ces instruments datent d’entre H459 et 478 (ère chrétienne 1066/7 à 1085/6). Ils sont caractérisés par une calligraphie en coufique occidental élégant et un tracé des lignes et divisions très précis. Le présent astrolabe présente plusieurs similitudes, notamment dans le choix des étoiles, avec les quatre astrolabes signés et datées, mais se distingue d’eux par une écriture plus faible et un tracé approximatif – le mauvais positionnement de certaines des divisions du carré des ombres par exemple rend ce graphisme inutilisable. La date de 0° Ariès pose un problème. Sur d’autres de ses astrolabes al-Sahlî marque cette date au 14 mars qui est correcte pour le troisième quart du XIe siècle ; sur notre astrolabe est indiqué au 13 mars, qui correspond plutôt à la fin du XIIIe ou début du XIVe siècle. Ces faits suggèrent que notre astrolabe est une copie tardive d’une œuvre d’al-Sahlî. De telles imitations d’astrolabes de fabricants renommés sont déjà connus, par exemple deux astrolabes fait à la manière d’Ibn Battûtî du milieu du XIXe siècle conservés au Musée Royal de Greenwich, illustrés et décrits par François Charrette dans Koenraad van Cleempoel (ed), Astrolabes at Greenwich…, Oxford & Greenwich 2005, 302-306.

L'expert

Anne-Sophie JONCOUX

Anne-Sophie
JONCOUX

Expert