Suzanne VALADON

Suzanne VALADON

Cette femme artiste une des meilleures femmes peintres de Paris (Ecole de Paris). Travaille jusque dans sa vieillesse.

(Pierre du Colombier, L’amateur d’art)
Pareil ensemble de dessins de Suzanne Valadon n’avait jamais, je pense, été exposé. Certes Valadon a été un peintre complet, et il existe d’elle notamment, des natures mortes d’une harmonie puissante. N’empêche que, délesté du poids de la couleur, le dessin est de plus grande race encore. A Dieu ne plaise que l’on oublie que, sans Degas, Suzanne Valadon, la terrible Maria, comme il disait, n’aurait probablement jamais dessiné, qu’il lui a mis le crayon gras en main, qu’il lui a ouvert un monde. Cela posé, on se demande si le génie du dessinateur n’était pas encore plus instinctif chez elle que chez lui. Degas retravaille ses dessins, en tire des calques dans une approche obstinée de la forme. On dirait que Valadon n’a pas besoin de cela : du premier coup la forme « y est ». Elle possède aussi une étonnante assurance des ensembles. La plupart des dessinateurs, même des plus grands, à force de concentrer leur attention sur un morceau, sont entraînés à des disproportions, à des déséquilibres qu’il leur faut corriger. Rien de cela chez Suzanne Valadon. L’ensemble surgit sans retouche. « Durs et souples, dit, dans sa préface, Claude Roger-Marx, rapportant un mot célèbre de Degas. « Durs » : entendons-nous. Durs par l’acuité de la technique, mais souvent d’une douceur inattendue, lorsqu’elle prend pour modèles des petits garçons, des petites filles, qui ne sont pas encore nubiles, aux corps trop maigres, aux coudes trop pointus. Elle excelle à rendre cet âge ingrat, ces baigneuses enfantines, ces adolescents qui s’essuient, un âge gauche et tendre, en général négligé des artistes et où celle-ci témoigne d’une sensibilité qu’on lui a parfois contestée.
(Galerie Paul Pétridès)