René Jules LALIQUE

René Jules LALIQUE

Né en avril 1860 dans le département de la Marne, René Jules Lalique grandit à Paris où sa famille déménage peu de temps après sa naissance. Là, il débute à l’âge de 16 ans comme apprenti auprès du joaillier Louis Aucoc, suit les cours du soir à l’école des Arts décoratifs de Paris, puis traverse la Manche pour étudier au Sydenham Art College de Londres en 1878. De retour en France, il s’installe à son compte et dessine à partir de 1882 pour plusieurs grandes maisons de joaillerie parisiennes. Puis, et alors qu’il n’a que 25 ans, René Lalique reprend l’atelier du joaillier Jules Destapes et y développe une conception nouvelle du bijou en usant de matériaux dit "pauvres" comme l’ivoire, les pierres semi-précieuses, la corne, l’émail et le verre (en lieu et place des diamants et pierres précieuses). Ces créations avant-gardistes séduisent nombres de mondains, d’artistes et d’intellectuels et Lalique se verra (notamment) commander des parures de scène pour Sarah Bernhardt. Il se liera également d’amitié avec le collectionneur Calouste Gulbenkian qui lui commandera cent cinquante bijoux et objets d’art entre 1895 et 1905.

En 1900, l’Art Nouveau et René Lalique triomphent à l’Exposition universelle de Paris.
La critique est laudative à l’image d’Emile Gallé qui écrit à propos de l’artiste qu’il possède "joliesse des métiers, virtuosité amoureuse, talentueuse passion des matériaux aimables, entente des colorations, sens des exquises musiques". Peut-être le maître Nancéen avait-il pressenti la nouvelle voie artistique qu’explorait déjà René Lalique et qui rejoignait la sienne : la verrerie. Dès 1890 en effet, Lalique commence à expérimenter l’art du verre où il trouve le médium idoine pour traduire le foisonnement de ses idées. L’artiste y expérimente sans relâche et les techniques nouvelles qu’il développe nourrissent toujours plus son imagination. Lalique deviendra ainsi le père d’une production verrière d’une rare qualité plastique, où le verre s’invente dépoli, mat ou patiné tandis qu’il en expérimente tous les effets de transparence, d’opacité ou d’opalescence.

Sa rencontre avec le parfumeur François Coty en 1907 est décisive, René Lalique se dirigeant vers une production industrielle pour répondre aux commandes de son nouveau commanditaire. Ce faisant, l’artiste demeure toutefois fidèle à l’esprit de l’Art Nouveau en cherchant à concilier Art et industrie pour permettre au plus grand nombre d’accéder à ses créations. "Le peuple est le réservoir de l’art à venir ; c’est lui qu’il faudrait initier, au lieu de le gaver d’horreurs qui le dévoient. Il faut mettre à sa portée des modèles qui éduqueront son œil, il faut vulgariser la notion esthétique. Les objets d’art coûtent trop cher. Changeons ça !". Lalique loue en 1909 la verrerie de Combs-la-Ville, qu’il achète quatre ans plus tard et où il termine sa transition artistique en se consacrant au seul art du verre. Pour marquer solennellement cette nouvelle orientation de son entreprise, Lalique organise à Paris en décembre 1912 une exposition entièrement dédiée à sa production de verreries. Le succès restant au rendez-vous au lendemain de la Première Guerre mondiale, celui qui "sans cesser d’être un artiste est devenu un industriel" fait construire à Wingen-sur-Moder la Verrerie d’Alsace, où il débute en 1921 une production d’objets usuels destinés à inscrire le luxe et l'esthétisme dans le quotidien : vases, coupes, chandeliers, bouchons de radiateurs (…)

A l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de Paris, en 1925, Lalique expose les réalisations issues de cette approche nouvelle, aux motifs plus épurés mais dont les sources d’inspiration demeurent la Nature et les femmes.


Sa vision continue à séduire et l’artiste répondra à l’envie à des projets éclectiques comme la décoration des wagons-restaurants de l'Orient Express (1929), de la salle à manger des premières classes du paquebot Normandie (1936), ou à la réalisation d’œuvres d’art sacré comme les vitraux de l'Église Saint-Nicaise à Reims. À l’étranger, il réalise (notamment) les portes d’entrée de la résidence du Prince Asaka Yasuhiko (l’actuel Palais Teien de Tokyo).

La première rétrospective dédiée à Lalique est organisée au Musée des Arts Décoratifs de Paris, en 1933 et l’artiste continue à créer sans relâche jusqu’à la mise sous séquestre par l’armée allemande de son usine de Wingen-sur-Moder, en 1940. René Lalique s’éteint le 1er mai 1945 à l’âge de 85 ans sans l’avoir vu redémarrer.
A propos de son ami disparu, le collectionneur et mécène Calouste Gulbenkian déclarera : "Au regret d'avoir perdu un ami très cher s'ajoute la peine infinie que nous éprouvons toujours devant la disparition d'un grand homme. Sa place est parmi les plus grands dans l'Histoire de l'Art de tous

Un trésor se cache peut-être chez vous...