Nathalie DU PASQUIER

Nathalie DU PASQUIER

Nathalie du Pasquier naît à Bordeaux le 14 février 1957. Elle étudiera quelques mois aux Beaux-Arts de Bordeaux après l’obtention de son baccalauréat, avant d’entreprendre entre 1975 et 1977 un long voyage qui la mènera de l’Afrique à l’Australie, en passant par l’Inde. Après avoir vécu quelques mois à Rome, la jeune Du Pasquier décide finalement de poser ses valises à Milan, où elle s’installe en 1979. Là, elle dessine des tissus qu’elle propose aux imprimeurs sur soie de la région de Côme et travaille également comme illustratrice avant de participer à la création du groupe Memphis autour de la figure tutélaire d'Ettore Sottsass en 1981.
Plus jeune membre du collectif, Nathalie Du Pasquier imprime pourtant sa marque sur l’esthétique Memphis, au sens propre même puisque c’est elle qui conçoit une grande partie des motifs qui habillent objets, meubles et textiles du groupe.

En 1985, Sottsass quitte le groupe Memphis (avant de le dissoudre en 1988) et Nathalie du Pasquier se lance dans la peinture qui deviendra vite son médium principal . Dès lors, celle qui dira plus tard : "je n’avais pas choisi de faire du design et m’étais laissé entraîner dans tout ça. J’étais un peu énervée par le personnage que l’on avait construit de moi, de fille un peu mignonne, française" invente patiemment les formes de son travail personnel.
Parmi ses œuvres, on trouve notamment des natures mortes dont elle contredit la verve méditative par l’incongruité des objets représentés, comme un orange côtoyant des haltères ("Bright still life with orange", 2001 – 2002) ou la curieuse cohabitation d’une fleur, d’une tasse à café et d’un flacon de correcteur liquide ("Con Binchetto", 2000). Comme une réminiscence de ses préoccupations de designeuse, l’œuvre picturale de Nathalie Du Pasquier semble interroger le rapport entre industrie et nature, entre modernité et culture populaire, ou encore s’intéresser au prosaïque du quotidien. L’artiste évoque d’ailleurs dans un article de presse ce qui participe de son inspiration : "les miniatures persanes, Ingres, Giotto, Piero della Francesca, les temples indiens, Sánchez Cotán, Sottsass, El Lissitzky, Morandi, Giorgio De Chirico et Savinio, les miniatures françaises du Moyen Âge, Le Corbusier, la forme des fleurs, les couleurs des poissons exotiques, la beauté du monde animal, les imprimés japonais, les albums de Tintin et Milou (…) et bien d’autres choses."

En 2016, Nathalie Du Pasquier fait l’objet d’une rétrospective à la Kunsthalle de Vienne. Regroupant une centaine de ses œuvres depuis Memphis jusqu’à ses réalisations les plus contemporaines, l’exposition sera également le point de départ d’une véritable science de la mise en scène qui fait aujourd’hui la grande singularité du travail de l’artiste. Depuis lors, en effet, ses scénographies cherchent plus à créer des situations, des moments qu’à seulement mettre en valeur ses œuvres. Les expositions de Du Pasquier deviennent ainsi des expériences à part entière, qui restent en mémoire longtemps après qu’on les a quittées.

Enfin, en parallèle de sa pratique de la peinture, Nathalie Du Pasquier renouera parfois avec le design par des collaborations ponctuelles, notamment avec des acteurs du textile et de la mode. Elle étendra même ses motifs post-Memphis au design de luxe avec des créations pour Hermès (foulard en soie "Zêta" en 2017) ou de tissus de robes pour Valentino. Après plus de 40 ans de créations, l’artiste conserve cependant (et fort heureusement) un recul amusé et provocateur face à l’engouement qu’elle rencontre : "C’est fabuleux, à 60 ans, d’avoir été découverte comme ça. En vieillissant, on devient de plus en plus ambitieux."