常玉 SANYU

常玉 SANYU

Chang Yu (né en 1895 ou 1901 à Nanchong, Chine, et mort en 1966 à Paris), qui vécut en France sous le nom de Sanyu, est une figure majeure de l’Ecole de Paris. Considéré par beaucoup comme le “Matisse chinois”, son art opère une subtile transition entre la tradition asiatique et les recherches avant-gardistes européennes.

Issu d’une famille aisée, possédant une importante usine de tissage de soie dans la province chinoise du Sichuan, Sanyu reçoit une solide éducation artistique. Son père, peintre animalier, lui enseigne le dessin et Zhao Xi le forme à la calligraphie. Il étudie, dans un premier temps, au Japon (1918-1919), puis vient parfaire sa formation à l’université de Shanghai (1920), à Berlin (1921-1922) et à Paris (en 1921 puis en 1923).

Sanyu est l’un des premiers artistes chinois qui réussit à bénéficier du programme d'études initié par l'Université de Pékin, avec les autorités françaises. Après un rapide passage de quelques semaines dans l’atelier de Francois Flameng à l'École nationale supérieure des beaux-arts, il décide de se former à l’École de la Grande Chaumière. Dans cette académie libre, il apprend à dessiner le nu sur modèle vivant (un genre absent dans l’art traditionnel chinois) et croque les portraits des autres étudiants.

En 1921, il cofonde avec d’autres artistes et intellectuels chinois résidant en Europe la société du Chien Céleste (Tiangouhui), sur le modèle de la Société du Cheval Céleste (Tianmahui) expérimentée deux ans plus tôt à Shanghai.

En 1929, la crise économique affecte les affaires de sa famille en Chine, et Sanyu se trouve dans une situation beaucoup plus délicate. Il entame une recherche sur la ligne et réduit sa palette au blanc, au noir et au rose. Certains critiques parlent de l’époque rose de Sanyu.

En 1931, le marchand d’art Henri-Pierre Roché (qui avait arrangé la rencontre de Pablo Picasso avec Gertrude Stein en 1905) remarque son talent et lui achète une importante part de sa production : 109 tableaux, 600 dessins et 34 gravures. Sanyu se détache du nu à partir de 1932. Il se penche alors sur le portrait animalier et les compositions florales.

Sanyu expose régulièrement dans les salons parisiens : 12 fois au Salon des Indépendants, 4 fois au Salon des Tuileries, 3 fois au Salon d’Automne et 2 fois au Salon d’Hiver.

En 1933, il participe à l’Exposition d’art chinois contemporain au musée du Jeu de Paume. L'événement remporte un immense succès et l’exposition est, par la suite, présentée dans six autres villes européennes : Bruxelles, Berlin, Milan, Francfort, Moscou et Leningrad.

En 1948, le bureau parisien de l’Office d’information du gouvernement chinois organise une exposition intitulée “Quatre peintres chinois en France”. Aux côtés de Pan Yuliang, Xiao Yu et Zao Wou-ki, Sanyu présente douze peintures et cinq sculptures.

En 1966, Sanyu meurt asphyxié par une fuite de gaz dans son atelier de la rue de la Sablière. L’artiste ne reçoit aucun hommage de la part de la critique. Ses œuvres sont vendues par lots aux enchères publiques à l’Hôtel Drouot, sans liste, ni catalogue.

L'œuvre de Sanyu tombe dans l’oubli jusqu’à la fin des années 70. En 1978, Jean-Claude Riedel - qui avait acheté le fonds détenu par la veuve d’Henri-Pierre Roché ainsi que de nombreuses œuvres vendues en 1966 - inaugure sa galerie parisienne, située au 12, rue Guénégaud, avec une exposition consacrée au peintre franco-chinois.

“Je ne vois chez Sanyu que des formes pudiques à la chinoise, mais imposées par une expression violente dans ce trait d’une pureté implacable, une épuisante virginité cernée de noir. C’est là que se manifeste l’Occident, c’est là que quarante années de Montparnasse hurlent leur fécondité” - Jean-Claude Riedel, 1997

Aujourd’hui, seuls 299 toiles et un peu plus de 2000 croquis et aquarelles de Sanyu sont connus. Considéré depuis les années 2000 comme un artiste de premier plan sur le marché de l’art, ses peintures sont très recherchées des collectionneurs et, lors des ventes aux enchères, les prix s’envolent pour très souvent dépasser les 4 millions d’euros. A titre d’exemples :

- En 2016, l’huile sur masonite Chrysanthèmes dans un vase en verre (années 50) a été vendue 103,58 millions de dollars hongkongais (record).

- En 2017, l’huile sur toile Pot de fleurs ou pivoines fut emportée à 8 797 500 d’euros à Paris.

- En 2018, la toile Pot de pivoines (années 40-50 ; 79,5 x 65 cm) a été adjugée aux enchères 68,9 millions de dollars hongkongais.

- En 2019, l’huile sur masonite Five nudes (1950) a été vendue à Hong Kong 33,9 m$