Jean-Jacques WALTZ
dit HANSI (1873-1951) :
Une Vie pour l’Alsace





Jean-Jacques WALTZ, né le 23 février 1873 à Colmar, fait partie de la première génération ayant grandit après l’annexion de l’Alsace à l’Empire allemand par le traité de Francfort signé le 10 mai 1871. Issu d’une famille profondément enracinée dans le terroir, il descend de générations d’artisans chapeliers, boulangers et bouchers ayant toujours témoignés de leur fidélité à la France.

     Son père André Waltz, boucher de profession et homme de culture autodidacte, devint bibliothécaire puis conservateur du musée Unterlinden à Colmar, transmettant à son fils le goût des arts et de la culture française. Sous la domination allemande, la ville passe de vingt quatre mille habitants en 1875 à quarante six mille en 1914.Les allemands établis, souvent d’origine prussienne, sont essentiellement fonctionnaires, magistrats, soldats, et représentent un dixième de la population totale . Elève au lycée impérial, le jeune Jean-Jacques, développe un esprit frondeur typiquement alsacien et conteste les méthodes de l’enseignement germanique ; résultat, il passe le plus clair de son temps à croquer avec sarcasme ses professeurs et se révèle très doué pour le dessin.

     En 1892, Jean-Jacques Waltz, entreprend des études de dessinateur textile dans la société d’ Enseignement Professionnel du Rhône. A partir de 1895, il s’inscrit aux cours des Arts Décoratifs des Beaux Arts de Lyon, et perfectionne son dessin.
 


 
     En 1896, il revient en Alsace et s’intéresse aux mouvements artistiques qui se développent à Strasbourg autour d’artistes comme Spindler, Laugel, Stoskopf qui viennent de créer la Revue Alsacienne illustrée. Il obtient un emploi de dessinateur textile à Cernay, puis chez Herzog à Logelbach. Il délaissera cet emploi en 1907, pour se consacrer pleinement à son art. Durant cette période, il réalise de nombreuses gravures à l’eau forte, menus, cartes postales, et aquarelles qui lui permettent d’affirmer son style penchant vers l’art nouveau, alors en vogue.

     Jean-Jacques Waltz publie en 1906 des caricatures de touristes allemands éditées sous le nom de Vogesenbilder, qu’il signe sous le pseudonyme de Hansi (la contraction de ses prénoms Hans Jacob). Le succès est immédiat, sa carrière est lancée.
 


 
     Après la restauration du château de haut Königsberg, symbole du pouvoir prussien, il publie une brochure, se moquant aussi bien des touristes allemands que du pouvoir politique. Puis, encore plus incisif, il publie en 1908, le Professor Knaschké. Cette histoire décrit le voyage à Paris, d’un professeur prussien, aussi ridicule que prétentieux. L’ouvrage plaît au public alsacien mais passe aussi de l’autre côté des Vosges et conquiert le public parisien. Le livre devient un véritable bestseller national, dépassant les soixante quinze mille exemplaires. La notoriété de Hansi est désormais établie et il devient un des symboles de résistance contre le pangermanisme. Il est reçu et célébré avec son ami Zislin par les dessinateurs parisiens Forain, Wilette, Poulbot, Steinlen.

     Jusque-là, le pouvoir allemand en Alsace, n’avait pas pris ombrage des caricatures de Hansi. Mais Knatscké, ainsi que les caricatures à l’encontre du professeur Gneisse, sont à l’origine d’une série de procès à son encontre. Le 14 juillet 1909, Hansi est condamné à 500 marks d’amende. Ce qui ne l’empêche pas de poursuivre son travail d’artiste, faisant paraître Portes et Tours d’Alsace, un porte-folio de dix aquarelles de monuments alsaciens.
 


     A Noël 1912, paraît un ouvrage d’envergure, l’Histoire d’Alsace racontée aux petits enfants de France, imprimé en français à Paris par Floury. Le très beau livre réalisé avec son ami Victor Huen, dans lequel Hansi raconte à sa façon l’histoire d’Alsace, a un immense succès en France. L’ouvrage se montre résolument hostile à la germanisation de l’Alsace.
     En 1913, la tension entre l’Allemagne et la France devient très forte et l’actualité fournit à Hansi de nombreuses occasions de manifester sa farouche opposition à l’Allemagne. Un incident potache au café central de Colmar se transforme en affaire judiciaire. Le 18 janvier 1914, Hansi pénètre dans cet établissement et se dirige vers une chaise que vient de libérer un officier allemand. Avant de s’y asseoir, il prend un morceau de sucre, l’allume et l’agite au dessus du siège afin de purifier l’air…Ce geste provocateur le conduit au tribunal. Il est condamné, en mai 1914 par la haute cour de Leipzig, à un an de forteresse. Laissé en liberté provisoire afin de régler sa situation administrative, Hansi réussit à fuir en France.

     Cette évasion rocambolesque, son engagement immédiat au 152 éme régiment d’Infanterie, dès la déclaration de guerre en aout 1914, à l’âge de 41 ans, font de Hansi un héros national. Les allemands eux-mêmes confortent ce statut en le désignant comme traître et en placardant dans toute la région son avis de recherche.

     Hansi,  grâce à son excellente connaissance de la langue allemande, exerce au début de là première guerre mondiale, les fonctions d’interprète puis, est affecté à l’état major à Epinal, et enfin dans les services du deuxième bureau à Paris où il participe à la guerre psychologique, rédigeant tracts, affiches, et journaux qui inondent les lignes ennemies et sapent le moral des troupes allemandes.

     Il poursuit néanmoins ses travaux artistiques en faisant publier en 1918, le Paradis Tricolore, et en préparant la publication de l’Alsace heureuse qui paraît en 1919.
 


 
     Le 18 novembre 1918, Hansi à l’honneur émouvant de revenir dans sa ville natale en défilant à la tête du 127ème régiment d’Infanterie. A « Colmar-en-France » comme il aime désormais à dire, il retrouve sa famille, ses amis, ses habitudes.

     Sa nomination au poste de conservateur du musée d’Unterlinden en 1923, après la mort de son père, qui occupait les mêmes fonctions, marque une nouvelle étape. Il organise la présentation du fameux retable d’Issenheim, afin de le mettre en valeur et de permettre son étude, il réorganise le musée en créant de nouvelles salles et une cave alsacienne.

     Hansi délaisse les polémiques publiques et son art s’épanouit dans un style plus apaisé. Il réalise de beaux ouvrages très richement illustrés. Colmar-en-France  qu’il publie en 1923, est un hommage à sa ville natale. La merveilleuse histoire du bon Saint Florentin d’Alsace en 1925, un récit destiné aux enfants. Le clocher dans les vignes en 1929 et Au pied delà montagne sainte Odile en 1934, sont des ouvrages extrêmement documentés de la même conception artistique que Colmar-en-France. La précision et la finesse du trait, la qualité des dessins, textes, gravures, aquarelles forcent l’admiration. On découvre un artiste minutieux, attachant beaucoup d’importance à la restitution du détail et à la qualité de ses productions, en particulier dans les trois publications concernant l’Art héraldique en Alsace, publiées en 1937, 1938 puis en 1949.
 


     Hansi est sans cesse sollicité et fais feu de tous ses crayons : objets publicitaires, vaisselles, cartes postales, étiquettes de vin, enseignes. Certains logos publicitaires crées par lui, comme la fameuse cigogne des Potasses d’Alsace, ont fait le tour du monde.

     Lorsque la seconde guerre mondiale éclate, Hansi est un artiste comblé, reconnu…mais loin d’être oublié par l’Allemagne. Dès le 4 septembre 1939, il décide de fuir en Bourgogne, puis il s’établit en juin 1940, à Agen, où s’est repliée la préfecture de Colmar. Un soir d’avril 1941, il est sauvagement agressé par trois agents de la Gestapo, assommé et laissé pour mort sur le trottoir dans une mare de sang…sauvé, guéri de ses blessures, il part clandestinement en Suisse, s’installe à Lausanne, en novembre 1942. Ensuite jusqu’à la fin de la guerre, grâce au soutien de ses amis et malgré un état de santé déficient, Hansi reprend ses travaux de peinture.

     En juin 1945, il regagne Colmar, et découvre sa maison pilée et dévastée par les nazis. Réinstallé définitivement chez lui, fin 1946, il se consacre à nouveau à sa charge de conservateur du musée Unterlinden.

     A partir de 1948, sa santé vacillante se dégrade fortement mais il poursuit sa tâche et réalise deux derniers livres, en 1949 et 1950, Mme Bissinger prend un bain et le premier phonographe.

     Le 10 juin 1951, à l’âge de soixante dix huit ans, Jean-Jacques Waltz, le grand Hansi, décède à Colmar. Sa ville, et à travers elle, toute la Nation, lui font des obsèques solennelles. Un musée lui est désormais consacré à Colmar, la ville qu’il aimait tant, présente une remarquable collection d’œuvres originales retraçant la diversité et la qualité du travail de l’artiste Hansi.*
Bibliographie principale :
Yannick Scheibling et Roland Muller « Tout Hansi », La Nuée Bleue, 2009, Strasbourg