PACO RABANNE
ON STAGE

Le lundi 12 avril prochain, la maison MILLON en collaboration avec Pénélope Blanckaert, rend hommage à l’un des créateurs les plus inventifs du 20e siècle: Paco Rabanne. La vente aux enchères dévoile 156 tenues et une vingtaine d’accessoires depuis 1977 jusqu’en 1994 rassemblés par Jorge Zulueta et Jacobo Romano, fondateurs du Grupo Accion Instrumental. Créées à l’origine pour les podiums, les pièces deviennent costumes de scène et support de création pour cette compagnie de théâtre qui a pour ambition de révolutionner le lexique de l’Opéra traditionnel. Paco Rabanne, c’est une philosophie. Il rompt les codes et crée des pièces originales à la fois sculpturales et séductrices en plastique moulé, métal martelé, jersey d’aluminium et fourrure tricotée. Ses robes légendaires en cotte de maille allaient définir une ère nouvelle, faisant évoluer les formes dans un style toujours emblématique de la maison à ce jour. A la frontière de la mode et de l’oeuvre d’art, ces créations, parfois faites d’acier, de soie métallisée, de papier froissé, de rhodoïd, de plumes d’autruche, de tulle… demeurent encore aujourd’hui des témoins avant-garde de ces quarante dernières années. Remerciements à la maison Paco Rabanne pour sa collaboration, et notamment Clément Migeon en charge du patrimoine et des archives.

CONTACTS PRESSE
Agence Béatrice Martini RP
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Béatrice Martini beatrice@beatricemartini.com

Anna Pantellini
anna@beatricemartini.com
www.beatricemartini.com

VENTE LE LUNDI 12 AVRIL À 14H
Expositions publiques : Vend. 9 & Sam. 10 avril, de 11h à 18h
Salle VV, 3 rue Rossini 75009 Paris 

Responsable de la vente
Célia lecocq
c.lecocq@artprecium.com
Tél. +33 (0)6 61 08 93 33

Curator & Expert
Pénélope Blanckaert
penelopeblanckaert75@gmail.com
Tél. +33 (0)6 13 43 29 29

1979, rue du Cherche-Midi : Jacobo Romano et Jorge Zulueta, fondateurs du Grupo Accion Instrumental - créé à Buenos Aires et renouvelant le genre de l’opéra traditionnel - rencontrent Paco Rabanne pour la première fois dans ses bureaux parisiens. Les prémices d’une longue collaboration avec le couturier prophétique à la subversion chevillée au corps, et les débuts, également, d’une prolifique collection composée à quatre mains par les deux artistes au gré de leurs créations : costumes issus directement des défilés de Paco Rabanne, antirobes dont ils feront des personnages à part entière de leurs opéras, pièces emblématiques qui racontent un futurisme si avant-gardiste qu’il semble n’avoir jamais été rattrapé par le présent. Cette rhapsodie couture est proposée aux enchères dans la continuité des ventes de 2012 et 2014. A peine une décennie plus tard, une ère semble s’être écoulée depuis ces deux premiers chapitres, tant le monde de la mode a été bouleversé, et tant le regard porté sur la maison s’est métamorphosé. Entre-temps, Julien Dosséna est passé par là. A 38 ans, le créateur à la tête de la maison qui pâlissait malgré le scintillement de ses archives métalliques, en a ravivé l’aura. Son interprétation contemporaine du langage PR mâtinée d’un respect intelligent des archives a su cueillir tous les lauriers et ranimer la belle endormie. Un état d’esprit novateur qui se prolonge jusque dans la collaboration du service patrimoine de la maison, venu enrichir généreusement le catalogue. Et si, au-delà du talent incontestable de Dosséna, les créations plus que pionnières de Paco Rabanne avaient éternellement rendez-vous avec leur époque ? Loin d’être datée, la démarche créative du couturier trouve aujourd’hui un écho troublant dans les fondements de l’actualité.Passé maître du grand écart temporel, « Paco » a su mieux que quiconque puiser dans l’histoire pour la projeter dans l’avenir ; il en va ainsi de ces robes d’inspiration médiévale taillées pour le siècle à venir ou de ces pièces émanant d’un passé lointain ayant pourtant un cran d’avance sur leur époque. Ou l’art - si contemporain - de télescoper sans filtre et sans détour historicisme et futurisme. Aluminium brossé et métal, Rhodoïd et PVC, catadioptres, papier, ruflette ou bandelettes magnétiques… Autant de matériaux venant d’un tout autre monde que celui de la couture et recyclés en robes, manteaux, bustiers ou chapeaux pour servir sa vision d’une mode qui n’a d’autres limites que celles qu’il lui dessine. A l’heure des questionnements sur la responsabilité environnementale de la mode, cette démarche de recyclage apparaît éminemment visionnaire. Et la transgression l’est tout autant : faisant fi de l’univers codifié et protocolaire de la haute couture de l’époque, le factieux couturier ne se plie qu’à sa propre liberté et ouvre la voie à diverses entreprises de désacralisation de la haute couture. La toile tailleur ne doit pas quitter l’atelier ? Qu’à cela ne tienne, sa rigidité l’inspire et il la fera défiler. Le cuir est sacré ? Il le morcelle pour mieux le riveter. La préciosité d’une étoffe doit être respectée ? Il perfore le daim, brûle la soie, galvanise la dentelle et l’entoilage, scotche les plumes. En somme, la haute couture se doit d’être comme ci ! Qu’on ne compte pas sur lui, il la fera comme ça. Et que dire de cette provocation de l’inconfort ? Alors que le corps des femmes a depuis bien longtemps été libéré de tous ses carcans, Paco Rabanne revendique haut et fort les robes importables et les chaussures immarchables : ses souliers à la poulaine gouvernent la démarche, tandis que la pesanteur de ses robes « brutales », selon ses propres mots, contraignent le corps et imposent à la silhouette une tenue contre nature. A l’heure, Covid oblige, de la mode glorifiant l’ultra-confort, sa provocation n’a pas pris une ride. « Je suis un Méditerranéen et un traditionaliste absolument contre le pantalon pour la femme ! », assénait le couturier sur France Inter en 1971. Au siècle du pluriféminisme, l’insoumis Paco, qui offusquait déjà de son temps, ne se lasserait pas de choquer encore aujourd’hui avec ses propos fracassants. Révolutionnaire un jour, révolutionnaire toujours… Paco Rabanne fut un prophète bien au-delà de son époque ; son irrévérence a pavé le chemin foulé un demi-siècle plus tard par des âmes créatives telles qu’Iris von Herpen, Gareth Pugh, Demna Gvasalia, Daniel Roseberry ou Ronald Van Der Kemp. Précieuse liberté offerte par l’héritage d’un Paco Rabanne qui flirtait ouvertement avec le monde de l’art notamment avec ses « pacotilles » en Rhodoïd réminiscentes de l’Op’art, qui présentait en avant-coureur ses créations dans des galeries, et qui a, plus qu’aucun autre, utilisé le vêtement comme laboratoire et moyen d’expression plastique. Associé à son nom, il a légué un patrimoine si singulier que nombre de créateurs bien intentionnés s’y sont heurtés sans parvenir à l’apprivoiser. Dosséna, lui, évite habilement autant la paraphrase que la parodie, et préfère parler de « signes » : des stigmates, des symboles qu’il distille ça et là en les retranscrivant et en les sophistiquant pour les inscrire dans le présent. Un pas de côté mené avec grâce et subtilité dans un parfait équilibre entre identité littérale et souffle contemporain. Pénélope Blanckaert, curator et expert