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Vie de sainte Marie Egyptienne pénitente, suivie de Vie de saint Syméon stylite
Traduites par Robert Arnaud d'Andilly et présentées par Jacques Lacarrière
2-905614-01-3 - 152 p. - 1985 - 9,15 €
CHAPITRE QUATRE
Saint Syméon sort du Monastère, demeure trois ans dans une petite cellule, et plusieurs années ensuite sur une Colonne, où il fait quantité de Miracles, et soutient plusieurs tentations du Diable. Il est visité par le Roi des Sarrazins.Étant sorti secrètement du Monastère, il s'en alla assez proche de là, et y bâtit avec des pierres sèches une petite cellule où il demeura trois ans, et plusieurs personnes venaient vers lui pour implorer l'assistance de ses prières, et il fit ensuite une petite colonne de quatre coudées de haut, et demeura quatre ans dessus. La réputation de sa sainteté augmentant et se répandant de tous côtés, on lui fit une autre colonne de douze coudées de haut, sur laquelle il demeura douze ans. Et depuis on lui en fit une autre de vingt coudées, sur laquelle il demeura encore douze ans. Tous les habitants des environs s'assemblant, ils bâtirent auprès de sa colonne deux chapelles, et une autre colonne de trente coudées de haut sur laquelle il demeura quatre ans, et commença à faire des miracles. Car plusieurs affligés de divers maux venant vers lui, les malades étaient guéris, les possédés étaient délivrés, les lépreux étaient nettoyés, les aveugles recouvraient la vue, les sourds l'ouïe, et les paralytiques la santé. Il convertit aussi plusieurs Infidèles à la Religion Chrétienne, savoir des Sarrazins, des Perses, des Arméniens, des Laotes et d'autres qui entendant parler de lui et de ses miracles le venaient trouver et l'adoraient.
Le Diable ne pouvant souffrir la vertu de Syméon, prit la forme d'un Ange resplendissant de lumière, qui avec un chariot et des chevaux de feu tous étincelant d'éclairs lui apparut auprès de sa colonne, et lui dit : « Syméon écoute ce que Dieu te mande par moi. Je suis un de ses Anges, et il m'envoie avec ce chariot et ces chevaux de feu pour t'enlever comme j'ai autrefois enlevé Élie. Ton temps est arrivé, monte donc auprès de moi sur ce chariot qui t'est envoyé par le Dieu du Ciel et de la Terre afin que nous allions ensemble dans le Ciel, et que tu y sois vu des Anges, des Archanges, de Marie Mère de N. Seigneur, des Apôtres, des Martyrs, des Confesseurs et des Prophètes. Car ils auront joie de te voir, et que tu pries avec eux le Dieu qui t'a créé à son Image. Je m'acquitte de ma commission, ne diffère pas davantage à monter sur ce chariot. » Syméon après avoir achevé son Oraison dit: « Seigneur, voulez-vous ravir dans le Ciel un pécheur tel que je suis ? » Et levant le pied droit pour monter sur ce chariot, il leva en même temps la main droite et fit le signe de la Croix. Aussitôt le Diable disparut avec toute cette vision, ainsi que la poussière est emportée par le vent, et Syméon reconnut sa tromperie.
Étant revenu à lui, il dit à son pied : « Tu ne retourneras point en arrière, mais tu demeureras levé comme tu es jusqu'à ma mort, et jusqu'à ce que Dieu appelle à lui ce pauvre pécheur. »
Le Diable durant la rigueur du froid lui fit venir un ulcère à la cuisse, qui la pourrit de telle sorte qu'il en sortit quantité de vers, lesquels tombaient de son corps sur ses pieds, de ses pieds sur la colonne, et de la colonne à terre. Il demeura ainsi sur un pied durant une année entière, et un jeune homme nommé Antoine, lequel le servait, et qui a vu et écrit ceci, ramassait par son commandement les vers qui tombaient ainsi à terre, et les lui redonnant en haut, il les remettait sur sa plaie, et leur disait comme un autre Job : « Mangez ce que Dieu vous a donné. »
Sa grande réputation l'ayant fait connaître à Basilic Roi des Sarrazins, il le vint trouver, et comme il le considérait debout et priant sur cette colonne, il vit tomber un ver de son corps. Aussitôt il courut, et prenant ce ver avec foi le mit sur ses yeux (ce qui était en son pays une marque de vénération). Syméon l'apercevant lui dit : « Pourquoi faites-vous cela, et me faitess fort en le faisant ? Ne croyez-vous pas bien que c'est un ver tombé de mon corps qui est tout pourri ? » A ces paroles le Roi ouvrit la main, et y trouvant une très belle perle répondit au Saint : « Ce n'est nullement un ver, mais une perle de très grand prix. » Alors le Saint Homme lui dit : « Elle vous est donnée pour récompense de votre foi, et sera bénie entre vos mains durant tous les jours de votre vie. » Ainsi ce Prince s'en retourna plein de foi.
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