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Anne Devarieux
Maine de Biran. L'individualité persévérante
2-84137-157-3 - 16/24 ;434 p. - 2004 - 28 €
De la lecture de Maine de Biran, Stendhal affirme quelle lui fit connaître « le bonheur habituel ». Peut-on rendre plus bel et plus paradoxal hommage à celui qui ne connut que des états fugitifs et ponctuels, ignora les transitions, ne vécut pour ainsi dire que de courte haleine ? La seule continuité de son être fut dêtre ramené sans cesse à soi. Biran aura voulu retrouver et fonder, par delà nos habitudes dont la première est de vivre, le sens de lindividualité. Ecrire, cétait installer la durée, heure après heure, jour après jour.
Le métaphysicien de lexpérience intérieure aura trouvé en Stendhal un lecteur à la hauteur de lécriture du moi, un écho qui ne sépuise ni ne sessouffle. Si sens de lindividualité persévérante il y a, cest dans le sentiment deffort que Biran alla le chercher. A la persévérance de celui qui ne se départit jamais de létonnement dêtre un moi, répond celle dune écriture ou acoustique singulière dont la voix apparaît comme le canon, la « marque du vrai ».
Cest que luvre ici fait entendre sans rien donner à voir : actes de « vouloir sensibilisé », lincantation et le ressassement biraniens rendent le son de leffort auquel on ne peut sans naïveté ôter toute affectivité, tout timbre et cadence propres.
A partir dun même thème (le moi), Le philosophe harpiste développa autant de variations. Leffort immanent, inintentionné, dessine la figure dun moi toujours aux aguets, dune vigilance sans répit. Sentinelle tendue, le moi possède lacuité moins dun regard que dune écoute. Il faut alors comprendre comment le mouvement ouvre un espace intérieur, des temporalités et des manières de sy adosser. Temps et mouvement se nouent dans une métaphysique de lindividu, sorte dantagonométrie que son auteur appelle « arithmétique intérieure ».
Mais s« il y a bien des manières de dormir ou de veiller », cest que subsiste une matière quaucun mouvement natteint. Dès lors, scindée entre intuition simple et affection pure, la sensibilité exige que lon pense le statut dune intériorité sensible. Ce sont en effet trois et non deux ordres de faits que le philosophe thématise : celui de laperception (ou réflexion), de la représentation, et enfin du « sentiment immédiat ». Le musicien français de la philosophie sest affecté de sa propre puissance et a toujours gardé le sentiment dun véritable malheur : sa trace affective est mélancolie. La tension qui travaille léthique biranienne, vrai fond de son uvre, cest elle quil sagit dexprimer, jusque dans son irrésolution.
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